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Ma pile à lire : plus de 60 livres d’autrices à découvrir

Photo du rédacteur: Marion Marten-Pérolin
Marion Marten-Pérolin
23 oct.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Ma PAL (pile à lire) est un reflet fidèle de ma ligne éditoriale : des autrices exigeantes, des voix féministes, de la littérature du monde entier. Essais féministes fondateurs, romans primés, réécritures de la mythologie grecque, récits intimes de femmes... Voici les livres que je compte lire dans les mois (ou années) à venir, et pourquoi ils m’attendent dans ma bibliothèque.


Panneau vintage BOOKS en noir et blanc entre deux murs, face à la mer, ambiance calme et un peu mystérieuse pour illustrer ma PAL.

Je lis entre trois et cinq livres par mois, parfois plus, et pourtant ma pile à lire ne désemplit pas. C’est peut-être le propre de toute lectrice : plus on lit, plus on découvre, et plus la liste s’allonge. Ma PAL est aussi un programme, une promesse que je me fais à moi-même, celle de ne pas passer à côté des voix qui comptent. Et je n'ai pas la prétention d'écrire que cette liste n'évoluera pas et que j'ai déjà un stock suffisant : on apprend toujours et on découvre toujours de nouvelles pépites.


Lire des femmes est un choix, et c’est un choix politique. Pas parce que les autrices écrivent mieux que les auteurs, mais parce que, naturellement, spontanément, on se tourne plus facilement vers les hommes. Ils ont plus de notoriété, plus de visibilité, plus de place dans les programmes scolaires, dans les listes de best-sellers, dans les jurys littéraires. Ce n’est pas un hasard : c’est le résultat d’une société sexiste qui a longtemps tout fait pour torpiller l’écriture des femmes, comme le documente Joanna Russ dans Comment torpiller l’écriture des femmes.


Dans ma PAL figurent des autrices oubliées, effacées, primées puis ignorées, des femmes que l’histoire littéraire a sacrifiées sur l’autel de la notoriété masculine. C’est pourquoi je suis de près les grands prix littéraires du monde entier et la place qu’y occupent les femmes (Prix Femina, Women's Prize for fiction, Prix Pulitzer ou le Booker Prize) encore trop rare, encore trop peu célébrée.


Vous trouverez ici des essais féministes fondateurs que je n’aurais pas dû attendre aussi longtemps pour lire tels que Backlash de Susan Faludi, Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, Femmes, race et classe d’Angela Davis. Des romans qui traversent les continents et les siècles, de Christine de Pisan à Svetlana Alexievitch en passant par Arundhati Roy et Alice Munro. Des réécritures de la mythologie grecque ou des contes et quelques récits intimes qui disent l’essentiel là où les essais théorisent.


Vous remarquerez que certaines autrices reviennent plusieurs fois dans cette liste. Ce n’est pas un hasard : quand une plume me hante, comme celle de Margaret Atwood (La Servante écarlate) ou de Madeline Miller (Le chant d'Achille), je veux la lire dans sa (quasi) totalité, suivre son évolution, comprendre comment elle s’est construite. Lire le premier livre d’une autrice, c’est aussi souvent saisir quelque chose d’essentiel sur son oeuvre et son message.


Et puis il y a les thèmes qui me poursuivent : les violences masculines envers les femmes, l’invisibilisation des voix féminines, les différentes façons dont le féminisme se pense et se vit selon les cultures, les époques, les corps. Je veux entendre toutes ces voix, pas seulement les plus connues, pas seulement les plus consensuelles, pour mieux saisir la complexité et la richesse du mouvement féministe et de la vie de la moitié de l'humanité.


Les essais de ma PAL


Les essais féministes nourrisent ma pensée et enrichissent ma vision du monde. Les textes de cette liste posent les fondations théoriques de tout ce que j’analyse sur ce blog et viennent compléter les livres déjà lus :

  • Susan Faludi : Backlash

  • Simone de Beauvoir : Le Deuxième sexe

  • Angela Davis : Femmes, race et classe

  • bell hooks : Ne suis-je pas une femme ?

  • Collectif : La culture de l'inceste

  • Christine Van Geen : Allumeuse ! Un mythe pour dominer les femmes

  • Collectif : It's Been Lovely But I Have to Scream Now

  • Chloé Thibaud, Lio : Désirer la violence - Ce(ux) que la pop culture nous apprend à aimer

  • Benoîte Groult : Ainsi soit-elle

  • Jennifer Tamas : Au NON des femmes

  • Aline Jalliet : Une voix à soi


Les récits de ma pile à lire


Entre le témoignage et la littérature, les récits occupent une place à part dans ma bibliothèque, notamment ceux des autrices comme Christine Angot (L'inceste notamment) ou Neige Sinno (Triste tigre). Dans ma PAL, deux livres qui disent l’indicible de la violence patriarcale et des hommes :

  • Gisèle Pelicot (et Judith Perrignon) : Et la joie de vivre

  • Simone Veil : Une vie


Les romans dans ma PAL


Le cœur de ma PAL. Des romans qui traversent les siècles de Christine de Pisan au XVe siècle à Lilia Hassaine (dont j'ai lu Panorama) aujourd’hui, et les continents, de l’Inde d’Arundhati Roy (Le Dieu des petits riens) à la Suède de Selma Lagerlöf. Des Prix Nobel, des Prix Pulitzer, des voix que je connais déjà à travers d’autres œuvres et dont j’attends de découvrir d’autres facettes :


  • Carole Martinez : Le coeur cousu

  • Lola Lafon : Chavirer

  • Christine de Pisan : La Cité des dames

  • Lauren Groff : Matrix

  • Arundhati Roy : Le Ministère du Bonheur Suprême

  • Louise Erdrich : Celui qui veille

  • Donna Tartt : Le Chardonneret

  • Djaïli Amadou Amal : Le harem du roi

  • Simone de Beauvoir : Les Mandarins

  • Claudie Hunzinger : Un chien à ma table

  • Madame de La Fayette : La Princesse de Clèves

  • Irène Némirovsky : Suite française, L'ennemie

  • Delphine de Vigan : Je suis Romane Monnier

  • Selma Lagerlöf : La légende de Gosta Berling, Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, Des trolls et des hommes, Le Violon du fou

  • Margaret Atwood : C'est le coeur qui lâche en dernier, La Femme comestible, Graine de sorcière, Le dernier homme

  • Karine Tuil : Les choses humaines

  • Angela Carter : Bien malin qui connaît son père, Love, Le magasin de jouets magique

  • Han Kang : Impossibles Adieux

  • Anne Carson : Les Hommes à leurs heures perdues, Norma Jeane Baker de Troie

  • Lilia Hassaine : JE

  • Marguerite Duras : Le Vice-consul, India Song, L'Amante anglaise

  • Sylvia Plath : La Cloche de détresse

  • Lydie Salvayre : Pas pleurer

  • Nancy Huston : Lignes de faille

  • Svetlana Alexievitch : La Fin de l'homme rouge

  • Alice Munro : Trop de bonheur


Les réécritures sur la mythologie grecque


La mythologie grecque est l’un des grands fils conducteurs de ce blog. J’ai déjà consacré des chroniques à Ariane et Électre de Jennifer Saint, à Galatée, Le chant d'Achille et Circé de Madeline Miller, à Médée de Rosie Hewlett, à Clytemnestre de Costanza Casati, à la trilogie de Pat Barker. Il me reste toutefois encore beaucoup de lectures de ce genre :


  • Jennifer Saint : Atalante, Héra

  • Natalie Haynes : Dans les yeux de Méduse

  • Noémie Fachan : L'oeil de la Gorgone

  • Luna McNamara, Marguerite Sauvage : Psyché & Éros

  • Madeline Miller : Mestra


Youpi, je viens de finir ces livres Pat Barker de ma liste : Les exilées de Troie, La Maison des reines


Aux origines des contes et les réécritures au féminin


Mon attrait pour les réécritures féministes ne se limite pas à la mythologie grecque. Les contes ont eux aussi façonné mon imaginaire, comme celui de toute une génération biberonnée à Charles Perrault, aux frères Grimm, puis à Disney. Mais peu à ceux écrits par des femmes, et la différence est flagrante. Comme le souligne Jennifer Tamas dans son analyse Barbe bleue, contre-enquête, ces récits transmettent depuis des siècles une certaine vision de la domination masculine : normalisée, romanticisée, invisible. Lire Madame d’Aulnoy, la Comtesse de Ségur, Angela Carter (La compagnie des loups et autres nouvelles notamment), c’est commencer à voir ce que la version officielle des contes a toujours voulu nous cacher.


  • Marie-Catherine d’Aulnoy : Contes de fées

  • Henriette-Julie de Castelnau de Murat : Contes de fées queer

  • Mademoiselle de la Force & Mademoiselle L’Héritier : Finette Cendron et autres contes féministes du XVIIe siècle

  • Gabrielle-Suzanne de Villeneuve : La Belle et la Bête

  • Amélie Nothomb : Barbe bleue


Nouvelles et poésie :


Grande admiratrice de Victor Hugo, Jacques Prévert, Apollinaire, Sully Prudhomme, j’ai toujours eu un rapport passionnel à la poésie : ma bibliothèque compte de nombreuses anthologies. Pourtant, on oublie trop souvent la poésie au féminin, ses voix singulières et souvent invisibilisées. Margaret Atwood poète est une découverte que j’attends avec impatience.


Les nouvelles, c’est un autre amour de longue date. Fan inconditionnelle de Stefan Zweig (Lettre d'une inconnue, Le joueur d'échecs, Amok, Dans la neige, Les deux soeurs, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, Le wagon plombé, Le monde d'hier...) qui a une étagère entière dédiée chez moi, j’ai toujours aimé ce format qui dit l’essentiel sans trop en faire.


  • Margaret Atwood : Circé et autres poèmes de jeunesse (dont j'ai apprécié le recueil Monstres & monstruosités.)

  • Elsa Triolet : Le Premier accroc coûte deux cents francs


Ces quelques auteurs de ma PAL


Lire les femmes ne signifie pas exclure les hommes. Certains livres d’auteurs sont incontournables, des essais sur des enjeux contemporains, de la sociologie qui apprend à reconnaître les schémas de domination, des voix qui ont nourri ma réflexion féministe autant que les autrices elles-mêmes.


Je pense à Ivan Jablonka, Francis Dupuis-Déri : des hommes qui ont choisi de penser le patriarcat de l’intérieur. Et puis il y a mes coups de cœur dont je ne peux pas faire l’économie : Gaël Faye (Petit pays, Jacaranda) dont la plume sur la guerre et le génocide transperce le cœur et En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut (dont je compte presque toutes les versions sur mes étagères), car les hommes aussi font face à la violence du patriarcat, affrontent la maladie et certains romans le disent avec une tendresse bouleversante.


Je pense aussi à Joseph Kessel et Romain Gary, qui ont une place de choix dans ma bibliothèque depuis toujours notamment avec ces textes exceptionnels : La Vallée des rubis, Le Lion, Belle de jour, L'armée des ombres, La Promesse de l’aube, Clair de femme, Education européenne, La vie devant soi, Les racines du ciel... Tout comme Albert Camus, notamment ses textes sur l'Algérie (L'hôte, L'étranger, Le premier homme, etc.). Des plumes d’une autre époque, qui vieillissent parfois mal sous le prisme féministe, et qui ont déjà la place qu’ils méritent dans les librairies et dans le cœur des lecteurs, ou qui nous livrent une certaine vision du monde, celle de l'autre moitié de l'humanité.


Cependant, leurs contemporaines, qui avaient le même talent, parfois plus, ont reçu beaucoup moins de prix, de visibilité et d’argent. Parce que la société attendait d’elles qu’elles soient mères et épouses avant d’être écrivaines, pendant qu’on pardonnait aux hommes leurs absences du foyer et leurs décennies d’aventures, qui leur donnaient précisément de quoi écrire sur autre chose que le domestique. Alice Zeniter l'explique parfaitement dans son livre Toute une moitié du monde.


Comme le souligne Annie Ernaux dans La Femme gelée : ce n’est pas un hasard si les femmes ont si longtemps écrit l’intérieur quand les hommes écrivaient le monde. Ce blog reste donc centré sur l'écriture des femmes. Pas par exclusion, mais parce qu’elles en ont encore besoin. Néanmoins, j'ai quelques auteurs sur ma PAL :


  • Sergueï Tchakhotine : Le viol des foules par la propagande politique

  • Olivier Legrain : Sauver l'information de l'emprise des milliardaires

  • Jean-Baptiste Andrea : Ma reine (parce que j'ai adoré Veiller sur elle, prix Goncourt 2023)


Lire les femmes, c’est aussi décoloniser son imaginaire. Déconstruire des siècles de représentations forgées par et pour les hommes, dans les mythes, les contes, les canons littéraires, pour y substituer d’autres récits, d’autres voix, d’autres façons de voir le monde. Les réécritures féministes de la mythologie grecque ou des contes de fées ne sont pas de simples exercices de style : elles révèlent ce que l’histoire officielle a voulu taire sur les femmes, leur pouvoir, leur résistance, leur intelligence. Elles nous aident à mieux comprendre une culture encore profondément misogyne, et à nous en émanciper.


Car parfois, on a l’impression que le temps s’est arrêté pour les femmes. Qu’elles luttent encore, partout dans le monde, pour les mêmes droits, les mêmes libertés, la même dignité. Et c’est précisément pour ça que les livres sont indispensables. Car tout est dans les livres : tous les combats, toutes les preuves de la nécessité de lire plus de femmes, de combattre le sexisme, le racisme, le validisme, l’âgisme...


La littérature n’est pas un refuge loin du monde : c’est un outil pour le comprendre, le nommer, et le transformer.

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