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Ariane - Jennifer Saint

Photo du rédacteur: Marion Marten-Pérolin
Marion Marten-Pérolin
11 sept.
4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Comme Thésée, accrochez-vous au fil d'Ariane pour triompher des monstres... Dans le roman Ariane de Jennifer Saint, plongez dans l'histoire de la princesse abandonnée sur une île déserte après la mort du Minotaure. Version antique du « divorce alpin », la trahison du prince athénien prouve que la lâcheté masculine ne date pas d'hier.


Statue en pierre d’une femme protégeant un enfant, devant une clôture en bois et des fleurs, ambiance douce en noir et blanc pour illustrer le roman Ariane de Jennifer Saint.

« J'ignorais que j'étais tombée sur une réalité de la condition des femmes : si irréprochable que soit la vie que nous menions, les passions et la cupidité des hommes pouvaient provoquer notre perte ; et face à cela, nous étions désarmées. »


Sinistre présage de la princesse crétoise Ariane. Manipulée par Thésée, abandonnée à son sort sur l'île de Naxos, elle devient la compagne du dieu du vin et de l'ivresse : Dionysos, un dieu de tous les excès, demi-frère de Persée.


Ariane de Jennifer Saint emporte le lecteur à travers les âges dans une réécriture féministe de la mythologie grecque qui met en lumière le destin des femmes. Ces filles, ces mères et ces épouses, victimes des dieux et des hommes, paient toujours le prix de leur colère et de leur désir de pouvoir.


Publié en 2023, Ariane est le premier livre de Jennifer Saint. Ont suivi depuis les romans Électre (2024), Atalante (2025) et Héra (2026) : autant d'ouvrages qui figurent désormais en tête de ma liste de lectures consacrées à la mythologie grecque.


Couverture bleue et or avec feuilles de vigne, grappes de raisin et silhouette; titres ARIANE, JENNIFER SAINT, POCKET


Quelle est l'histoire d'Ariane de Jennifer Saint ?


Fille de Minos et de Pasiphaé (une des filles du titan Hélios), Ariane joue un rôle terrible dans la mort du sinistre Minotaure, qui n'est autre que son demi-frère. Ariane est d'ailleurs la nièce de la sorcière Circé, que Madeline Miller met si magnifiquement en lumière dans le roman éponyme.


La princesse aide le beau Thésée à sortir du labyrinthe de Dédale grâce à un fil, un geste récompensé par une trahison terrible de la part de ce prince athénien aussi séduisant que trompeur. Mieux vaut donc se méfier des hommes, mais aussi des dieux qui adorent les drames.


Dans le mythe d'Ariane, on retrouve plusieurs destins croisés : celui de sa sœur Phèdre, mais aussi celui de Persée, devenu roi d'Argos après avoir tué Méduse, dont l'histoire a été réécrite par Jessie Burton dans son oeuvre éponyme. Car on oublie souvent que le seul « crime » de Méduse fut d'avoir été victime des avances forcées de Poséidon...


Construit en plusieurs parties, le récit de Jennifer Saint fait communier les deux sœurs d'un chapitre à l'autre, rendant la tragédie encore plus douloureuse. Les mortels n'échappent pas à leur destin : les Moires s'en assurent, et les dieux n'y peuvent rien, même lorsqu'ils les aiment profondément.


Comme pour son premier amour mortel, Ampélos, lors du drame d'Ariane, Dionysos a pu :


« [...] arracher la lumière de son âme au moment de son trépas pour lui épargner l'éternité glaciale des Enfers... »


Comme lui, Ariane flotte désormais :


« [...] parmi les astres qui éclairent le ciel nocturne, pour que l'humanité entière s'émerveille de sa beauté. »


C'est une forme de consolation de l'imaginer briller quelque part dans l'obscurité. Cette femme trahie, déçue, mais aussi comblée par la maternité. Ce que l'on retient de cette lecture, c'est la force de ces femmes qui luttent sans cesse face à des dieux se délectant de leurs pleurs et de leur peur. On y retrouve une sorte de manifeste pour le respect de la féminité sacrée ; celle qui donne la vie, en prenant le risque de perdre la sienne.


Femme en robe rouge allongée sur un divan, entourée de léopards et de fleurs, face à la mer avec des navires peinture de Ariane par John William Waterhouse.
Ariane par John William Waterhouse

En quoi ce roman est-il une réécriture féministe du mythe ?


« J'ai voulu écrire un mythe grec qui mettait les femmes au premier plan », indique l'autrice dans ses remerciements.


Souvent reléguées au second plan, derrière les faits héroïques des hommes et des dieux, les femmes comme les nymphes n'ont presque jamais la parole pour exprimer leur douleur : celle de perdre leur amour ou leur enfant, d'être mariées de force, d'être abusées, abandonnées ou trahies. L'autrice redonne donc une voix à ces héroïnes de la mythologie grecque, mais aussi des couleurs à celles qui œuvrent en arrière-plan ; comme ces ménades qui rejoignent Naxos pour y trouver du réconfort dans un monde qui leur est hostile.


Jennifer Saint a également souhaité mettre la sororité au cœur de son récit, et c'est une réussite totale : on sent que leurs destins sont tous liés, et que la douleur de l'une devient la douleur de toutes.


Ces citations à retenir dans ce roman de Jennifer Saint


Pour mieux saisir l'univers de Jennifer Saint, j'ai sélectionné pour vous ces trois citations.


« Les dieux n'ont pas à changer ce que les Moires ont décrété. Tous les mortels vivent et meurent par les fils qu'elles tissent. Et la mort intervient quand elles coupent ce fil. »


« J'ai marché parmi les mortels pendant bon nombre d'années et je connais les joies enivrantes de l'humanité. »

« Je ne permettrai plus à un homme qui ne connaissait pas la valeur des choses de me faire douter de la mienne. »


Aller plus loin dans vos lectures de réécritures de mythes par des femmes


À découvrir aussi sur ce thème : Médée de Rosie Hewlett, Les Exilées de Troie, Le Silence des vaincues et La Maison des reines de Pat Barker, sans oublier Clytemnestre de Costanza Casati. Et en version BD, je vous conseille les portraits de femmes, de nymphes et de déesses dans Femmes libres de la mythologie de Anne Lanoë (autrice) et Alice Dussutour (illustration).


Des récits essentiels pour mieux comprendre l'origine de la douleur de ces figures emblématiques de la mythologie grecque, historiquement racontées par les hommes. Ces mêmes hommes qui se montrent timides en lecture, encore plus lorsqu'il s'agit de fiction... et plus encore s'il s'agit d'une fiction écrite par une femme !

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