Le manifeste, pour une moitié du monde
« Une citation, c’est l’essence d’une histoire », écrit Gloria Steinem. Depuis l'enfance, je les collectionne.
Je les souligne au fil des pages, je dévore les recueils, je traque la phrase unique qui porte l’âme d’un livre.
Je compile les mots, j'en explore les définitions, je tisse des liens entre les œuvres. Je chéris les épigraphes qui m’ouvrent de nouveaux horizons.
Car la lecture est pour moi une amie fidèle : elle m’accueille quand le quotidien pèse, elle me console autant qu’elle m’oblige à ouvrir les yeux. Elle me fait voyager, pleurer, et me donne des ailes.
Pourtant, le réveil est tardif : on réalise soudain que l’on n'a lu que des hommes.
Les plus illustres nous ont séduites: Romain Gary, Victor Hugo, Joseph Kessel, Maupassant… et même si je les aime, je préfère donner de la visibilité aux autrices à travers mes articles et mes recueils de citations. Je pense à Gisèle Halimi, Annie Ernaux, Maryse Condé, Toni Morrion, Neige Sinno, Manon Garcia, George Sand et tant d’autres...
Les grandes absentes
En constatant que les voix féminines étaient les grandes absentes de ma bibliothèque (à l'exception de quelques polars ou témoignages que j’aimais adolescente), j'ai pris conscience de ce manque et compris qu'il n'était pas trop tard.
Il était simplement temps de collecter les livres des femmes.
Cette prise de conscience, je la dois à Alice Zeniter et son ouvrage Toute une moitié du monde. Elle nous y interpelle avec force :
« Toute une littérature à laquelle il manque une moitié du monde, ça fait quand même beaucoup. Ça se pose là, comme un trou béant. »
Le constat est sans appel en plus de ne pas être massivement lues, les femmes sont les invisibles des grands prix. Ceci explique aussi certainement cela.
En 2026, on ne compte que 18 lauréates du prix Nobel de littérature et 13 lauréates du Goncourt, face à plus de cent hommes pour chacun. Est-ce parce que les femmes écrivent moins bien ? Ou parce qu’on ne leur a pas laissé de place dans les livres d’histoire et les bibliothèques ? Peut-être leur parole manque-t-elle d’espace et de reconnaissance pour être entendue.
Un lieu à soi
Virginia Woolf, dès 1929 dans Une chambre à soi, soulignait déjà cette nécessité : pour créer, une femme a besoin d'un lieu calme et d'une autonomie financière. Quand le quotidien et les tâches domestiques vous assaillent, le temps manque pour enfanter un chef-d’œuvre.
Aujourd’hui, les femmes reprennent leur place.
« Je voudrais écrire un livre, mais hélas ! les femmes n’écrivent pas ! Ce sont seulement les hommes qui nous assomment de leur prose. Je fais une exception pour certains poètes. » peut-on lire dans Moi, Tituba sorcière... de Maryse Condé, Prix Nobel alternatif de littérature.
On redécouvre des plumes invisibilisées que ni vous ni moi n’avons étudiées à l’école, car l’histoire unique fut trop longtemps celle des hommes. Ce manque de modèles, la petite fille que j’étais ne le percevait pas.
Désormais, je veux rassembler les œuvres de ces romancières et chercheuses. Je veux leur offrir un espace dédié pour diffuser leurs pensées et leurs mots.
Ceci est mon anthologie de la littérature féminine...