top of page

Ces femmes qui ont eu le prix Nobel de littérature

  • 23 févr.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 mars

En plus d'un siècle, seules 18 femmes ont été couronnées par le Prix Nobel de littérature pour l'entièreté de leur œuvre. Une place modeste leur est accordée dans ce monde fait par et pour les hommes, jusque dans l'art de décrire le monde.


Un livre éclairé tenu par des mains qui disparaissent dans le noir.

Combien de livres écrits par des femmes comptez-vous dans votre bibliothèque ? Quelle place accordez-vous réellement à leurs récits et à leurs témoignages ? Ces questions permettent de lever le voile sur une "silenciation" et une forme d'invisibilisation souvent involontaire : l'absence criante des femmes sur nos étagères.


La conséquence est profonde : en ne leur accordant pas suffisamment de visibilité ou de crédit, nous nous privons de leur vision du monde et de leur complexité. Ne pas lire les femmes, c’est accepter de ne voir qu’une moitié de la réalité.


Loin de partir en croisade contre les grands auteurs masculins que nous affectionnons tant pour la beauté des mots, je pars en croisade contre cette invisibilisation en mettant en valeur ces voix du monde entier que l'on ne saurait faire taire. C'est un choix militant de lectrice et de femme.


Qui sont les autrices couronnées par le Prix Nobel de littérature depuis 100 ans ?


Elles sont beaucoup moins nombreuses que leurs compagnons de lettres masculins, mais l'on compte à ce jour 18 femmes couronnées par le Prix Nobel de littérature, sacralisant leur voix à l'international.


Voici la liste des femmes récompensées pour leur œuvre :


  1. Selma Lagerlöf (1909)

  2. Grazia Deledda (1926)

  3. Sigrid Undset (1928)

  4. Pearl Buck (1938)

  5. Gabriela Mistral (1945)

  6. Nelly Sachs (1966)

  7. Nadine Gordimer (1991)

  8. Toni Morrison (1993)

  9. Wisława Szymborska (1996)

  10. Elfriede Jelinek (2004)

  11. Doris Lessing (2007)

  12. Herta Müller (2009)

  13. Alice Munro (2013)

  14. Svetlana Alexievitch (2015)

  15. Olga Tokarczuk (2018)

  16. Louise Glück (2020)

  17. Annie Ernaux (2022)

  18. Han Kang (2024)


J’ai une pensée particulière pour Maryse Condé, immense autrice guadeloupéenne, qui a été récompensée en 2018 par le Prix Nobel "alternatif" de littérature. Un prix créé en urgence, en plein scandale sexuel au sein de l’institution suédoise. Et si l’amertume me gagne c’est à cause du comportement d'un homme accusé de viols par 18 femmes que ce prix a dû être qualifié d'alternatif. Une fois de plus, les agissements masculins ont fait de l'ombre au sacre des femmes, reléguant une œuvre monumentale comme celle de Maryse Condé dans les marges d'une année "hors-série".


Ces lectures indispensables de lauréates du Prix Nobel de littérature de ma bibliothèque


Au-delà des chiffres, ce sont les œuvres qui comptent. Voici les lauréates qui ont, pour l’instant, trouvé une place fondamentale sur mes étagères et dont la lecture me semble essentielle pour commencer à combler ce « trou béant » dans nos imaginaires


Toni Morrison (Prix Nobel 1993)


Première femme noire à recevoir cette distinction littéraire, Toni Morrison a profondément transformé la littérature mondiale en plaçant l'expérience afro-américaine au centre du récit. Elle a été récompensée pour « sa force visionnaire et sa puissance poétique, qui redonnent vie à un aspect essentiel de la réalité américaine ». Son sacre est celui d'une voix qui a su briser le silence imposé par des siècles d’oppression. Cette quête de réappropriation de soi traverse ses œuvres majeures, notamment Beloved, roman hanté qui donne un visage et un cri aux victimes oubliées de l'histoire, et Love, qui explore les séquelles du racisme à travers l'intimité et les non-dits. L'Oeil le plus bleu, son premier roman, nous transporte dans les années 40 dans l'Ohio raciste où des petites filles noires rêvent d'avoir les yeux les plus bleus du monde pour survivre.


Annie Ernaux (Prix Nobel 2022)


À travers des récits comme L'Événement ou La Femme gelée, La Place ou encore Une femme, Annie Ernaux dissèque la condition sociale et intime avec une précision qui bouleverse. Le prix Nobel de Littérature lui a été décerné « pour le courage et l'acuité clinique avec lesquels l'autrice révèle les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle ».


Elle a ainsi fait entrer l'expérience domestique, sociale et corporelle des femmes dans le patrimoine universel. Cette attention au quotidien se retrouve particulièrement dans son récit Regarde les lumières mon amour. En s'emparant de l'espace des supermarchés, lieux généralement jugés indignes de la "grande" littérature, elle prouve que rien de ce qui compose nos vies de femmes ne doit rester invisible.


Han Kang (Prix Nobel 2024)


Son œuvre, et particulièrement La Végétarienne, Celui qui revient ou Impossibles adieux, explore la résistance par le corps et la poésie. Elle nous rappelle que la vision du monde féminine est multiple, parfois brutale, mais toujours d'une profondeur métaphorique que seule une voix singulière peut porter. L'autrice a été récompensée pour « sa prose poétique intense, qui confronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine ». En lisant Han Kang, on comprend que le corps est souvent le dernier rempart, le dernier espace de liberté face à la violence du monde.


Maryse Condé (Prix Nobel alternatif 2018)


À travers des fresques monumentales comme Histoire de la femme cannibale ou des récits plus intimes comme Le cœur à rire et à pleurer et Moi, Tituba sorcière..., Maryse Condé a exploré les thématiques de l'identité, du colonialisme, du racisme et de la mémoire avec une liberté de ton absolue. Elle a été récompensée par le Prix Nobel "alternatif" pour « son œuvre qui explore les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme avec une précision et une puissance narrative uniques ». En lui attribuant ce prix, le jury a voulu célébrer une conteuse universelle qui rappelle que la littérature est l'arme la plus puissante pour réclamer sa propre histoire.


Nobel de littérature féminin : l'histoire d'un combat de reconnaissance


Si nous connaissons toutes et tous les grands auteurs, notre mémoire collective peine encore à célébrer les grandes autrices. Le Prix Nobel de littérature, en amplifiant la voix des hommes, contribue trop souvent à invisibiliser celle des femmes. Il aura fallu un siècle pour qu’une poignée d'entre elles obtienne une distinction qui semble naturellement réservée à leurs alter ego masculins.


Depuis sa création en 1901, le Nobel a couronné plus de 100 hommes contre seulement 18 femmes. Cette disparité n’est évidemment pas le signe d’un talent moindre, mais le reflet d'une inégalité structurelle. Selon moi, on peut juger la valeur d'un monde à la manière dont il consacre les femmes qui le composent. Se pencher sur ce palmarès restreint, c’est réaliser que la vision du monde féminine n'est pas valorisée à l'égal de celle des hommes. Cette dernière se transmet de lecteur en lecteur, façonnant une mémoire collective qui exclut, de fait, la moitié de l'humanité.


Nos représentations fictionnelles sont ainsi saturées de perspectives masculines et de personnages pensés par des hommes. C'est un héritage bien mince quand on songe à toutes ces créatrices qui ont dû composer avec des conditions de vie entravées. Je pense ici à Virginia Woolf qui, dans Une chambre à soi, théorisait déjà ce manque d'espace et d'indépendance financière : les femmes ont plus de difficultés à créer car elles sont sans cesse sollicitées par le soin des autres, privées de la possibilité de s'isoler comme "ces messieurs".


Comme le rappelle Maria Santos-Sainz dans son essai Virginia Woolf, journaliste, avant d'être l'autrice incontournable que nous connaissons, Woolf était aussi journaliste. Ce métier d'observation et d'information a marqué sa plume. Car avant de décrire le monde, il faut pouvoir l'observer. Longtemps laissées à la marge, les femmes observent pourtant la société avec une acuité singulière ; il est essentiel de leur laisser enfin la place de la raconter.


Si cet effacement ne concernait que le Nobel, le problème serait moindre. Mais même en France, le Prix Goncourt n'a célébré que 14 lauréates depuis 1903. C'est trop peu. Cela révèle, encore et toujours, que l’accès à "l'espace à soi" et à l'émancipation financière demeure le nerf de la guerre pour la création féminine.


Je pense ici à l'autrice qui m'a révélé cette aberration, Alice Zeniter, à travers son livre Toute une moitié du monde. Dans cet ouvrage, elle revient avec force sur la place des femmes dans la littérature et révèle l'absence de toute une partie de l'humanité dans nos récits. Ce trou béant dans nos bibliothèques est le symbole absolu des inégalités qui persistent entre les hommes et les femmes.


Prix Nobel de littérature au féminin : ma pile de livres à lire


Parce qu'une bibliothèque militante est une bibliothèque en mouvement, voici les titres qui sont actuellement en tête de ma liste de lecture. Ils sont les prochaines étapes de mon voyage pour découvrir cette "autre moitié du monde".


Svetlana Alexievitch


Je m'apprête à découvrir son travail documentaire monumental avec La guerre n'a pas un visage de femme et La Fin de l'homme rouge.


Alice Munro


Avec le recueil Trop de bonheur, j'ai hâte de me plonger dans cette "écriture de l'ordinaire" qui a fait sa renommée mondiale.


Maryse Condé


Après avoir été bouleversée par ses textes plus intimes, je poursuis mon exploration de son œuvre avec la fresque Histoire de la femme cannibale.


Toni Morrison


Je souhaite explorer comment Toni Morrison parvient à rendre leur humanité aux invisibles, notamment dans Le Chant de Salomon, cette fresque épique sur la quête de liberté.

Ne manquez aucune chronique en vous inscrivant à la Newsletter

 

Dans la bibliothèque de Marion, une collection de fragments de littérature féminine, choisie avec soin pour garder une trace de la beauté des mots.

 

 

 

 

Le manifeste

La collection

L'anthologie

Mentions diverses

 Édité avec passion par La bibliothèque de Marion - 2026

  • Instagram
  • YouTube
bottom of page