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Histoire de la femme cannibale - Maryse Condé

  • 16 mars
  • 3 min de lecture

C'est au Cap, en Afrique du Sud, que nous transporte Maryse Condé avec Histoire de la femme cannibale. Dans ce roman, le personnage principal, Rosélie, se sent apatride, esseulée, jugée constamment pour la couleur de sa peau et ses origines, au sein d'une société violente post-apartheid.


Une main tient des pinceaux pour illustrer la place de la peinture dans Histoire de la femme cannibale de Maryse Condé

« Les femmes sont les premières victimes de la violence des gouvernements. Il n’existe pas de dictature sans sexisme. » Maryse Condé


J'ai découvert la plume de l'autrice guadeloupéenne Maryse Condé par son texte célébre Moi, Tituba sorcière.... Elle y redonne vie à une femme noire accusée de sorcellerie à Salem à la fin du XVIIe siècle, en 1692 sur fond de racisme et d'obscurantisme. Prix Nobel de littérature alternatif, Maryse Condé a été primée pour une œuvre qui explore sans relâche les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme. Dans Histoire de la femme cannibale, elle nous plonge cette fois dans l'Afrique du Sud post-apartheid, évoquant notamment la prison Robben Island (où Nelson Mandela a été emprisonné) et le bidonville Khayelitsha. À travers le personnage de Rosélie, on ressent la violence des relents racistes d'une société qui peine à guérir, et la réprobation constante qui pèse sur le couple mixte qu'elle forme avec Stephen, dont le secret terrible finit par la détruire. Sur ce thème, je vous conseille de visionner le film Loving de Jeff Nichols sur un couple mixte qui veut se marier dans une Amérique profondément raciste.


Couverture du livre Histoire de la femme cannibale de Maryse Condé


Quelle est l'histoire de Histoire de la femme cannibale de Maryse Condé ?


Alors que son compagnon se fait assassiner en pleine rue, Rosélie découvre une part manquante de son histoire. En plein deuil, elle revient sur des épisodes de sa vie avec lui, dans l’incompréhension totale de la haine des autres. Ce texte m’évoque tout de suite une forme de gaslighting, ce concept décrit par Hélène Frappat dans un essai sur le sujet. C'est comme si les impressions de Rosélie étaient invalidées systématiquement ; comme si elle ne pouvait pas s’affirmer, prendre position, choisir et quelque part qu'elle était trop sensible aux autres. Elle, originaire de la Guadeloupe, qui a vécu aux États-Unis, en France, en Afrique, ne sait plus vraiment où est sa terre, ni où elle habite, si on l'aime ou on la desteste. On sent la sensibilité de l’artiste dans un monde traumatisé par la ségrégation, où le racisme se lit dans les regards pendant que les bouches restent closes.


Elle revient sur sa relation aux hommes, à la peinture aussi, et s’intéresse particulièrement à un fait divers : une femme ayant découpé son mari. Un "double" à qui elle parle en songe. Sur fond de pédocriminalité, ce texte magistral me semble aussi riche qu’un roman de Romain Gary. Je pense à Clair de femme qui m’avait beaucoup marquée par sa prose pleine d’allusions historiques et politiques. C’est exactement ce qu'on retrouve chez Maryse Condé, dont je n’avais pourtant jamais entendu parler pendant mes études ! Un manque incroyable pour les lectrices et pour notre culture.


Ces citations de ce roman de Maryse Condé


Pour vous transmettre une part de la puissance de Histoire de la femme cannibale de Maryse Condé, j'ai selectionné pour vous quelques citations.


« Ainsi, des gens passent leur temps à se repaître de fiction, c'est-à-dire à se passionner pour des vies jamais vécues, des vies en papier, des vies en caractères d'imprimerie, à les analyser, à tirer la leçon de mondes de fantaisie. »

« Les romanciers ont peur d'inventer l'invraisemblable, c'est-à-dire le réel. »


« La vie est un manège qui n'arrête pas de tourner. Seuls ceux qui dorment sous terre ne bougent pas. »

« Le chagrin est un marathonien qui seul gère sa course. »


« Khayelitsha était l'un des plus monstrueux héritages de l'apartheid. »


Aller plus loin dans vos lectures de grandes autrices


Sur les thématiques du racisme et de l'esclavage, je vous conseille de découvrir la plume de Léonora Miano. Son roman La Saison de l'ombre (Prix Femina) revient avec force sur l'origine de la Traite atlantique, à travers la capture des hommes dans les villages d'Afrique subsaharienne. Je vous recommande également chaudement l'œuvre de Toni Morrison, Prix Nobel de littérature. Son chef-d'œuvre Beloved, couronné par le Prix Pulitzer, est un texte terrible sur la vie dans les plantations et les conséquences, d'un point de vue maternel, de la loi sur les esclaves fugitifs. Ces lectures sont essentielles pour comprendre le monde dans lequel nous vivons et notre héritage marqué par la violence, le racisme et le sexime, mais aussi par la création, l'amour et l'espoir.

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