La Saison de l’ombre - Léonora Miano
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Dans La Saison de l’ombre, Léonora Miano explore l'ombre d'une tragédie qui s'apprête à recouvrir tout un peuple. À travers ces pages, l'autrice revient sur le traumatisme de la capture et l'effroi d'un village dont les hommes se volatilisent brutalement. Récompensé par le Prix Femina, ce roman sonde les prémices de la Traite transatlantique, ou commerce triangulaire, un crime contre l'humanité dont l'onde de choc résonne encore aujourd'hui.

« Lorsque le temps aura passé, lorsque des lunes se seront ajoutées aux lunes, qui gardera la mémoire de toutes ces déchirures ? »
Léonora Miano.
Avec son roman La Saison de l’ombre, Léonora Miano se fait la gardienne de la mémoire de ces peuples disloqués par la Traite transatlantique À travers la disparition de douze hommes au cœur de la brousse subsaharienne, elle dépeint le regard des mères pleurant leurs premiers-nés, volatilisés au cours d'un grand incendie.
Le récit nous plonge dans la sidération d'un village qui découvre, avec effroi, l'implacable système mis au point pour capturer les siens. On y suit la trahison des peuples côtiers, intermédiaires d'un commerce macabre avec les « hommes aux pieds de poule », ces Européens venus échanger des vies humaines contre des armes à feu, des textiles et d'autres babioles.
Au fil des pages, Léonora Miano sublime le deuil impossible des familles et la douleur d'une trahison fratricide qui allait changer le destin du continent à jamais. Ce roman a été récompensé par le Prix Femina et le Grand prix du roman métis lors de sa publication en 2013.

Quelle est l'histoire de La Saison de l’ombre de Léonora Miano?
L’intrigue du roman La Saison de l’ombre se déploie comme une enquête mystique. L’opprobre pèse sur les mères des douze disparus : pour préserver le village du "poison" de leur tristesse, elles sont regroupées à l'écart, dans une case isolée. C'est là, dans cet espace de relégation, qu'une ombre étrange s'installe et que des voix leur parviennent, les échos d'enfants qu'elles ne reverront peut-être jamais.
Face à ce deuil impossible, des visions surgissent : certaines comprennent que leurs fils est dans "le territoire de l'eau", captifs d'embarcations inconnues. Comment ces hommes ont-ils été capturés ? Par qui et pour quelles sombres raisons ? Ces questions hantent les mères et les anciens, alors que les corps les plus vigoureux du clan deviennent la monnaie d'échange d'un commerce qui relève du crime contre l'humanité.
Pourquoi lire La Saison de l’ombre de Léonora Miano ?
Lire La Saison de l'ombre, c'est lever le voile sur un pan méconnu de l'histoire de l'esclavage, la capture d'hommes par d'autres clans pour le compte des puissances européennes. Cette lecture est une invitation nécessaire à garder en mémoire ces déchirures originelles.
En nous plongeant dans cette période allant du XVe au XIXe siècle, Léonora Miano nous rappelle que l'absence et l'incompréhension étaient décuplées par l'isolement géographique. Sans nos moyens de communication modernes, la disparition des êtres aimés devenait un abîme de doutes, où les croyances ancestrales peinaient à expliquer l'horreur indicible des actes commis. Ce roman nous permet de ressentir, de l'intérieur, le choc culturel et humain de cette « saison » où le monde a basculé dans l'ombre, Mwititi.
Ces citations du roman de Léonora Miano
J'ai souligné pour vous quelques citations importantes du roman La Saison de l'ombre de Léonora Miano.
« L'ombre est aussi la forme que peuvent prendre nos silences. »
« Chez eux, on pense que celui qui ne rêve pas a cessé de vivre. »
« L'amour des mères pour leurs fils n'a que faire du désastre pour trouver son chemin : il est, lui-même, l'étoile. »
Aller plus loin dans vos lectures
Si l'univers de Léonora Miano vous touche, sachez qu'elle a également été couronnée par le Prix Goncourt des Lycéens pour Contours du jour qui vient, un titre qui figure sur ma liste de lecture !
Et si, comme moi, vous vous passionnez pour les voix féminines puissantes, je vous suggère de découvrir :
Maryse Condé (Prix Nobel alternatif) avec l'indispensable Moi, Tituba sorcière...
Toni Morrison et son chef-d'œuvre Beloved
Marie NDiaye avec Trois femmes puissantes, qui lui a valu le Prix Goncourt.
Chimamanda Ngozi Adichie, une autrice que j'aime particulièrement, récompensée par le Women's Prize pour L'Autre Moitié du soleil, un texte essentiel pour saisir les enjeux de la guerre du Biafra.
Djaïli Amadou Amal, dont la plume nécessaire dans Les Impatientes ou Cœur du Sahel dénonce avec courage les violences faites aux femmes et le poids des traditions.
Avec toutes ces lectures, vous en apprendrez plus sur les guerres qui déchirent nos cœurs, sur ces chaînes qui pèsent sur notre héritage et sur ces traditions barbares qui touchent aussi bien les hommes que les femmes, à travers le monde entier et depuis des siècles... Puissent ces livres transmettre cette mémoire indispensable pour comprendre nos ombres et ce monde dans lequel nous vivons.


