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L'autre moitié du soleil - Chimamanda Ngozi Adichie

  • 10 févr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 févr.

Couronné par l’Orange Prize, ce roman magistral de Chimamanda Ngozi Adichie nous plonge dans l'enfer de la guerre du Biafra à la fin des années 60. À travers des destins croisés d'une humanité bouleversante, dans L'autre moitié du soleil, l'autrice donne une voix aux victimes de ce conflit qui a déchiré le Nigeria.


"L'autre moitié du soleil" de Chimamanda Ngozi Adichie : extraits et avis de lecture
L'autre moitié du soleil : entre ombre et lumière, le récit bouleversant d'une révolution intérieure et politique.

« Puissions-nous ne jamais oublier. »


C'est par la puissance de la littérature que nous pouvons transmettre cette Histoire et honorer la mémoire des victimes. Écrire, lire et partager ces récits, c'est s'assurer que le silence ne gagnera jamais. L'Autre moitié du soleil est un roman de Chimamanda Ngozi Adichie, une œuvre terrible, d'ailleurs adaptée au cinéma par Biyi Bandele.


À mes yeux de lectrice, ce roman d'environ 700 pages fait partie de la catégorie des "petits pavés". J'avais hâte de m'y plonger car il figurait sur ma liste de lecture depuis un moment... Toutefois, je n'avais pas pleinement conscience du sujet traité : la guerre du Biafra à la fin des années 60. Cette lecture a été une véritable claque.


Attention, ce livre est dur, très dur, et comporte des scènes difficiles pour les personnes les plus sensibles.


J'avais les traits tirés en lisant certains passages, notamment une scène de viol collectif, un crime de guerre aussi atroce que fréquent. Le respect des femmes et le féminisme semblent encore désuets pour certains... alors même que ces traumatismes se transmettent de génération en génération, impactant la santé physique et mentale des descendants.


Le lecteur y découvre aussi le rôle trouble des Britanniques dans ce conflit, ainsi que des scènes de massacres insoutenables. J'ai pleuré en découvrant le passage du "roman dans le roman" intitulé : « Le monde s'est tu pendant que nous mourions ». Un passage sur ces enfants tués que les mères ne peuvent se résoudre à abandonner, emportant avec elles ce qu’il reste de leur chair...


Couverture L’autre moitié du soleil, Chimamanda Ngozi Adichie ©Collection Folio
Couverture L’autre moitié du soleil, Chimamanda Ngozi Adichie ©Collection Folio

L'intrigue de ce roman de Chimamanda Ngozi Adichie


L'autre moitié du soleil est dédié à la mémoire des grands-parents de l'autrice : ses grands-pères qu'elle n'a pas connus, morts au combat, et ses grands-mères, qui y ont survécu. Il s’agit de la guerre du Biafra, un conflit qui a endeuillé le Nigeria à la fin des années 60, avec environ 6000 morts par jour... soit plus d'un million de victimes selon certaines estimations.


Le récit s’articule entre le début et la fin des années 1960. L'autrice alterne les temporalités de manière à nous dévoiler progressivement les clés de lecture. Elle nous surprend, notamment avec les tensions entre Olanna et sa jumelle, ou encore par la révélation de l'identité de l'auteur du "roman dans le roman". Tous les personnages sont attachants, Olanna, Kainene, Odenigbo, Ugwu, Richard, même si certains commettent l'impardonnable.


À mes yeux, l'un des plus beaux personnages n'est pas Olanna, dont on tombe presque amoureux, mais Kainene. Cette femme évolue de façon magistrale : elle finit par mener l’afia attack, s’aventurant en terre ennemie pour trouver des denrées alors qu’elle dirige un camp de réfugiés mourants, privés de médicaments et de nourriture.


Ce roman nous montre ce que le monde ne voulait pas voir : la famine, le kwashiorkor (ce syndrome de malnutrition sévère qui fait gonfler le ventre des enfants), les viols, les manigances internationales, le racisme et la violence. Et le monde s'est tu pendant qu'ils mourraient. Un million de morts, des disparitions, des familles enterrant des cercueils vides... Au-delà de la fiction, ce texte puissant interroge les rivalités ethniques et l'affreuse violence humaine que l'on retrouve de tout temps et partout.


Petit coup de cœur pour les mots en igbo qui parsèment le texte : « Nkem » (ma mienne), « Omalicha » (beauté), « Ejima m » (ma jumelle), « Chidiebele » (Dieu est miséricordieux) ou encore « Olanna » (Or de Dieu). La traductrice souligne d'ailleurs avec justesse la réalité multiethnique et multilingue du Nigeria, retranscrite ici avec brio.


Citations du roman L'autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie


J'ai compilé pour vous mes citations préférées de ce roman de Chimamanda Ngozi Adichie.


"Celui qui a dit qu'on était perdant à avoir des jumelles est un menteur."


Comment les gens pouvaient-ils éteindre et rallumer la flamme de leur affection, brider et débrider ainsi leurs émotions."

"Un bref instant, elle formula le voeu irrationnel de pouvoir le quitter. Puis, plus rationnellement, elle formula celui d'être capable de l'aimer sans avoir besoin de lui."


C'était ça, l'amour : un enchaînement de coïncidences qui prenaient du sens et devenaient des miracles."

"La musique n'a pas de frontières."


Nous vivons dans une période de grande malfaisance des Blancs. Ils déshumanisent les Noirs en Afrique du Sud et en Rhodésie, ils refusent de laisser les Noir américains voter, ils refusent de laisse les aborigènes australiens voter, mais le pire, c'est ce qu'ils font ici. Ce pacte de défense est pire que l'apartheid et la ségrégation, mais nous ne nous en rendons pas compte. Ils nous contrôlent en coulisse. C'est très dangereux!'"

"Quand il égouttait une casserole de haricots, le mot qui lui venait à l'esprit pour décrire l'évier visqueux était politicien."


"A l'indépendance, en 1960, le Nigeria était une collection de fragments tenus d'une main fragile."


"Quelle paix recherchons-nous ?"


La vérité est devenue une offense."

"'Si le soleil refuse de se lever, nous le ferons se lever.'"


"Ce qui comptait, c'était que les massacres avaient transformé d'anciens Nigérians en ardents Biafrais."


Tu sais ce qui m'a toujours stupéfaite ? (...) Que des Blancs civilisés mettent leurs jolis robes et leurs chapeaux et se rassemblent pour regarder un Blanc pendre un Noir à un arbre."

"Je ne pense pas que l'amour ait une raison. (...) Je crois que l'amour vient en premier et que les raisons suivent."


"Et la famine a fait dire à La Croix-Rouge internationale que le Biafra était sa plus grave urgence depuis la Seconde Guerre mondiale."


"Je crois que l'époque a eu raison de notre raison."


Grand-papa disait que ça empire toujours avant de s'arranger. 'O dikata njo, o dikwa mma.'"

"Il ne pourrait jamais décrire ce qu'il y avait de terriblement lugubre à bombarder des gens qui ont faim."


Pour aller plus loin dans vos lectures


Si vous ne connaissez pas encore la plume de Chimamanda Ngozi Adichie, je vous conseille vivement ses essais pour appréhender la clarté de sa pensée, notamment le célèbre Nous sommes tous des féministes. Ses romans, comme Americanah ou L'Hibiscus pourpre, sont quant à eux de véritables tourbillons qui vous aspireront dès les premières pages. Egalement, je vous conseille le recueil Autour de ton cou qui contient l'essence de l'oeuvre de l'autrice. Enfin, si vous êtes sensibles au thème de la gémellité, je ne peux que vous suggérer La Petite Fadette de George Sand (dans un tout autre registre). Et pour explorer plus avant les racines du racisme et les méandres de la mémoire, l'œuvre de Toni Morrison est incontournable notamment la puissance de ses romans Beloved ou Love ou encore Moi, Tituba sorcière... de Maryse Condé.

 

Dans la bibliothèque de Marion, une collection de fragments de littérature féminine, choisie avec soin pour garder une trace de la beauté des mots.

 

 

 

 

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