Love - Toni Morrison
- 11 févr.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 févr.
Love de Toni Morrison est un de ces romans qui vous aspirent et vous bouleversent une fois la dernière page tournée. L’intrigue vous tient en laisse. Morale de l’histoire, le monstre n’est pas toujours celui qu’on croit.

Love de Toni Morrison est certainement une lecture que je place en haut de la pile des livres à avoir lus dans sa vie. Toni Morrison est une voix puissante dans le monde littéraire. Une de ces voix qui a reçu le Prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre. Cette autrice est d’ailleurs la première femme afro-américaine à recevoir cette distinction en 1993 (un prix qui, au passage, ne compte au total que 18 femmes primées en 2026 : c’est peu quand on sait que le prix a plus de 100 ans). Love, publié en 2002, est l’un de ses romans phares.

Quelle est l'histoire de Love de Toni Morrison ?
Sur fond de racisme et de lutte, Toni Morrison propose un roman radical qui raconte l’histoire d’un homme qui fait fortune grâce à son hôtel en bord de mer (et surtout grâce à l’héritage de son père). Un homme d’un certain âge, dévasté par des pertes, qui se remarie. Un mariage peu ordinaire de nos jours puisque l’épouse n’a pas plus de 13 ans au moment des noces.
Ce mariage abusif nous entraîne dans une société qui s’inspire de la réalité. Chez Toni Morrison, comme chez Annie Ernaux, la vérité passe par le corps (par exemple dans La femme gelée). Ici, le corps est une monnaie d’échange. Celui qu’on vend, celui qu’on prostitue. Le malaise que ressent le lecteur n’est pas seulement moral, il est physique. On sent le poids de cette enfance volée, de cette gamine qui faisait encore des châteaux de sable avant de devenir « l’épouse » de cet homme-là.
L'histoire nous plonge dans la vie de « Papa », ou Cosey, qui tient cet hôtel dansant où l'on vient chercher l'illusion de la réussite. Sous ces aspects brillants, dans ce microcosme, d'autres finissent dans des résidences de mauvaise qualité ou à l'usine de poisson. Papa est leur sauveur, leur financier, leur patriarche.
Mais tout se corse lorsqu’il disparaît. Sans consignes claires pour son héritage, sa petite-fille et sa femme doivent cohabiter dans la même maison jusqu’à ce que justice se fasse. Celle des hommes ou celle de Dieu.
Ces citations du roman Love de Toni Morrison
J'ai sélectionné pour vous quelques citations de Love de Toni Morrison, ce, pour vous aider à vous impréger de son style.
Chaque histoire possède son monstre."
"La plupart des gens épousaient de très jeunes filles, à l'époque (plus une fille était choisie jeune, mieux c'était), mais enfin, onze ans ?"
"Je me souviens de lui me racontant une histoire, l'histoire d'une enfant qui était tombée dans du crottin de cheval en courant après une petite milice et comment les Blancs avaient alors bien ri. Si cruelle, cette foule que le meurtre amuse..."
C'était un homme ordinaire détruit , comme nous tous, par la colère et par l'amour."
De la lutte contre le racisme systémique
La force de ce texte réside dans la nuance. De Malcolm X à Martin Luther King, l’autrice retrace la conquête des droits civiques et nous donne une leçon brutale sur l’amour : celui qui possède, celui qui détruit, et celui qui, parfois, tente de réparer.
L’autrice présente longuement un personnage qui lutte contre le racisme et rappelle un terrible fait divers… Un homme noir tué froidement. Et des années plus tard, où en sommes-nous ? Le racisme bat son plein. Cela n'est pas sans rappeler la mort de George Floyd aux États-Unis, tué par un policier pendant un contrôle en 2020. «I can’t breathe», disait-il dans un dernier souffle à une figure d’autorité censée protéger la société.
Toni Morrison nous pose la question : pour une personne condamnée, combien sont celles qui n’ont jamais eu d’ennuis avec la justice malgré leurs actes racistes ? Le racisme prend racine dans un passé toujours présent. Pourquoi une personne vaut-elle plus qu’une autre ? On nie l’humanité d’une grande partie de la population, aussi bien celle des femmes, que celle des personnes racialisées. Et la peine est souvent double pour les femmes. Love est un de ces romans qui vous ouvre les yeux sur cette réalité, et qu'on ne peut nier.
Et pour aller plus loin dans votre découverte de cette plume incontournable de la culture américaine, qui traite de la blessure et du traumatisme de l'esclavage, je ne peux que vous suggérer le terrible livre Beloved qui lui a valu le Prix Pulitzer en 1988.
Aller plus loin dans vos lectures de femmes
Sur le thème du racisme, je pense ici à Moi, Tituba sorcière... de Maryse Condé. Inspiré d'une histoire vraie, ce texte nous plonge dans l'horreur de la chasse aux sorcières aux Etats-Unis. Une chasse religieuse impregnée de racisme et de sexisme.
Je pense également à Djaïli Amadou Amal, avec ses deux romans Les impatientes et Coeur de Sahel, qui reviennent sur la condition des femmes dans cette partie du monde, où, là aussi, le mariage forcé des petites filles est décrié. Mais aussi à Chimamanda Ngozi Adichie, avec L'autre moitié du soleil notamment qui nous montre les séquelles de la colonisation.


