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La femme gelée - Annie Ernaux

  • 5 févr.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 févr.

Qu'est-ce, au fond, que la vie d'une femme ? Un portrait-robot inaccessible, un conditionnement à la maternité et surtout une course à l'égalité semée d'embûches nous confie Annie Ernaux dans son récit La femme gelée, une oeuvre fondatrice publiée en 1981.


Analyse du livre La Femme gelée d'Annie Ernaux : portrait d'une femme au visage caché par une branche enneigée, symbole de l'aliénation domestique et de la condition féminine.
Dans La Femme gelée, Annie Ernaux explore le processus d'effacement de l'identité féminine au sein du couple.

« Depuis le début du mariage, j’ai l’impression de courir après une égalité qui m’échappe tout le temps. »

Annie Ernaux


Dans La Femme gelée, Annie Ernaux ne se contente pas de raconter sa vie... elle dissèque la mécanique d'une métamorphose subie. Le récit commence dans l'innocence d'une enfance où les rôles sont inversés : un père aux fourneaux, une mère aux comptes. Pour la jeune Annie, tout est possible, son corps se découvre sans interdits malgré l'ombre de l'Église. Pour elle, les livres sont des refuges. Puis vient le choc de la réalité sociale. Elle découvre que le monde a déjà dessiné un "portrait-robot" pour elle, notamment celui de la mère dévouée, une image apprise dès l'école qui, une fois acquise, "vous crève".


Une des épreuves pour cette femme de lettre est peut-être de combattre cette condition, jusque dans la création littéraire, car elle réalise très tôt que l'écriture reste une chasse gardée masculine quand la vie domestique une prison de glace pour les femmes.



Couverture du livre collection folio
Couverture de La femme gelée d’Annie Ernaux © Collection Folio

Quel est le thème de La Femme gelée d'Annie Ernaux?


Le thème central de ce livre est ce glissement : comment une jeune femme brillante et libre finit-elle par attendre un mari dans un appartement, "gelée" dans un quotidien où l'homme garde ses privilèges tandis qu'elle s'occupe de "l'élevage" des enfants ? Une femme qui pensait être égale de l'homme, asservie par le mariage et la maternité.


Cette condition féminine est silencieuse, invisible pour celui qui part travailler et qui ne considère pas le labeur domestique comme un véritable travail. Celui qui rentre et met les pieds sous la table, dans un salon astiqué et bien rangé comme par magie, par une fée du logis jamais remerciée. Celui qui ne réalise pas cette inégalité de faits.


Imaginez cette armée de femmes à poussettes dans les rues et tous ces hommes qui ne connaissent pas la ville sous cet angle, pour la plupart. Ces femmes élèvent des enfants dans des villes hostiles, pensées par des hommes pour d'autres hommes. Une notion qui rejoint, par la pratique, de nombreux essais féministes contemporains. L'espace public est au cœur de la bataille des féministes, car il est au cœur des inégalités : les femmes l'occupent comme elles peuvent, ou le traversent.


Pourquoi lire La femme gelée d'Annie Ernaux?


Lire La Femme gelée d'Annie Ernaux, c'est participer à cette mémoire collective. C'est aussi découvrir la condition d'une femme de lettres dans les années 80 : une femme comme les autres, gelée par les conventions sociales et patriarcales. Une femme sur papier glacé, interchangeable, assignée à l'élevage des enfants.


Mais ces femmes aspirent à plus. Elles veulent un espace de création à soi. Exister pour elles et par elles. Ce récit, à travers l'expérience de l'autrice, revient sur cette réalité : le mariage, la maternité, la création... et la tyrannie de l'espace domestique. C'est un pan essentiel de la mémoire d'Annie Ernaux que l'on découvre ici, une analyse qui traverse les décennies pour rester, encore aujourd'hui, d'une brûlante actualité.



Pourtant, malgré ce destin qui semblait tracé dans la glace du quotidien, Annie Ernaux a réussi l'impossible : se hisser au sommet de son art en obtenant le Prix Nobel de littérature. Elle a su, d'une certaine façon, s'imposer là où les hommes régnaient en maîtres, prouvant que l'écriture peut être une arme d'émancipation. Car si les femmes prennent aujourd'hui plus de place en librairie, leur voix reste encore trop souvent discrète ou reléguée au second plan. En atteignant ce sommet, l'autrice a forcé le monde à regarder cette réalité domestique qu'il préférait ignorer.


Ces citations de ce récit autobiographique d'Annie Ernaux


J'ai sélectionné pour les amatrices et les amateurs d'Annie Ernaux et de citations, ces extraits de ce récit de moins de 200 pages.


"Le premier écho du monde est venu à moi par ma mère."


Parmi toutes les raisons que j’avais de vouloir grandir, il y avait celle d’avoir le droit de lire tous les livres."


"Ce que je deviendrai, quelqu'un. Il le faut".


Aller plus loin dans vos lectures


Si l’analyse de cet espace domestique vous a touché, je ne peux que vous inviter à prolonger la lecture avec Regarde les lumières mon amour. Dans ce récit, Annie Ernaux s'immerge dans un autre lieu emblématique du quotidien : le supermarché. C'est un espace intrinsèquement féminin, celui des courses et de la préparation des repas, un lieu souvent jugé indigne de la bourgeoisie comme de la "grande" littérature.


Aussi, si cette lecture éveille votre curiosité sur la tyrannie domestique, je vous conseille un essai féministe de Mona Chollet : Chez soi : une odyssée de l'espace domestique. Quant au sujet épineux de la répartition des tâches ménagères au sein d'un couple hétérosexuel, je vous conseille Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale de Titiou Lecoq.

 

Dans la bibliothèque de Marion, une collection de fragments de littérature féminine, choisie avec soin pour garder une trace de la beauté des mots.

 

 

 

 

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