Une femme - Annie Ernaux
- 3 févr.
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Dernière mise à jour : 10 févr.
Une femme d'Annie Ernaux : la littérature face au deuil. À travers le portrait d'une mère disparue, l'autrice livre dix mois d'un corps-à-corps avec l'écriture pour la retenir le temps d'un manuscrit.

"Il me semble maintenant que j'écris sur ma mère pour, à mon tour, la mettre au monde."
Annie Ernaux rend un dernier hommage à sa mère dans son récit autobiographique, Une femme. Ce livre lui permet de retracer ses derniers instants, mais aussi de revisiter l'histoire de leur vie commune.
En écrivant ce texte, l'autrice dont l'oeuvre a été couronnée du Prix Nobel de littérature, cherche à "donner naissance" à sa mère une seconde fois : la porter au monde et l'immortaliser dans le temps suspendu des pages.
J’y ai perçu un clin d'œil subtil à l’incipit de L’Étranger d'Albert Camus : "Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas." Chez Annie Ernaux, la mémoire est plus précise, presque chirurgicale. Elle se souvient exactement de la date qui marque le début du récit et de son deuil : "Ma mère est morte le lundi 7 avril...". Ce sont ces mots qui lancent une aventure littéraire d'une exigence extrême, un corps-à-corps avec les souvenirs qui aura duré dix mois.

Pourquoi lire Une femme d'Annie Ernaux ?
Lire ce livre, c'est remonter à la source de l'enfance d'Annie Ernaux pour mieux comprendre l’histoire de ses parents. C’est aussi saisir les raisons de son sacre littéraire (Prix Nobel 2022) : son immense travail sur la mémoire et cette voix si juste qu'elle offre aux plus modestes. Elle y brosse le portrait de sa mère, une ancienne ouvrière devenue commerçante.
On y découvre une femme qui ne se sent plus à sa place dans le nouveau monde bourgeois de sa fille, habitée par la peur constante de "dénoter" par ses manières. Pourtant, derrière cette distance sociale, la mère et la fille s'aiment profondément et partagent un amour viscéral pour les livres.
Quand la mémoire s'efface
Devenue mère à son tour et après le décès de son père (raconté dans La Place), Annie Ernaux accueille sa mère. Mais l'atmosphère devient vite pesante : la mère se sent de trop, étrangère à cet univers qui n'est pas le sien.
Le pire advient avec l'apparition de la maladie d'Alzheimer. La mémoire se dissout, les rôles s'inversent : la mère redevient une enfant qu'il faut protéger ou placer. Pour la fille, le choc est immense. Pourtant, même si la mère ne se rappelle plus toujours qu'elle est sa fille, elle reste son monde, sa racine.
Un miroir universel
Une femme d'Annie Ernaux est un témoignage puissant qui résonne avec le destin de nombreuses femmes de cette génération ayant traversé l'Occupation.
Se plonger dans ce récit, c’est s'immerger dans le monde ouvrier normand, redécouvrir Yvetot et, au final, mieux cerner ce qui nourrit chaque page de l'œuvre d'Annie Ernaux.
Ces citations à retenir du livre Une femme d'Annie Ernaux
J'ai compilé pour vous quelques-unes de mes citations préférées de ce récit d'Annie Ernaux.
Pour tous, il était mieux qu'elle soit morte. C'est une phrase, une certitude, que je ne comprends pas."
"Elle ne sera plus jamais nulle part dans le monde."
"J'ai surmonté la terreur d'écrire dans le haut d'une feuille blanche, comme un début de livre, non de lettre à quelqu'un, 'ma mère est morte''".
Pour une femme, le mariage était la vie ou la mort, l'espérance de s'en sortir mieux à deux ou la plongée définitive."
"Son désir le plus profond était de me donner tout ce qu'elle n'avait pas eu."
"Dans le monde où elle avait été jeune, l'idée même de la liberté des filles ne se posait pas, sinon en termes de perdition."
Pour aller plus loin
Toujours sous la plume d'Annie Ernaux, je vous recommande son livre La place sur le deuil de son père. La femme gelée est également une lecture essentielle pour mieux comprendre le style, mais aussi pour se plonger dans son histoire familiale et professionnelle. Pour aller plus loin avec d'autres auteurs qui ont écrit sur la perte de la mère, je vous conseille aussi de lire Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan.


