Les impatientes - Djaïli Amadou Amal
- 1 avr.
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Les impatientes de Djaïli Amadou Amal, Prix Goncourt des Lycéens 2020, est un roman polyphonique bouleversant sur les mariages forcés au Sahel. Un texte dur sur la condition des femmes, mais ô combien nécessaire pour briser le silence.

« Depuis notre enfance, ils n'attendent que ce moment où ils pourront enfin se décharger de leurs responsabilités en nous confiant, vierges, à un autre homme. »
La lecture du roman Les impatientes de Djaïli Amadou Amal ne laisse pas indifférente. À travers la voix de trois femmes, l'autrice nous raconte la condition féminine au Sahel, dans une région où la polygamie et le mariage forcé sont érigés en traditions. Publié en 2017 sous le titre original Munyal, les larmes de la patience, puis en 2020 en France chez Emmanuelle Collas, ce roman porte un titre que je trouve magnifique. Il est ici question de patience, mais surtout de soumission. Si la patience est souvent perçue comme une vertu permettant de supporter l’insupportable, Djaïli Amadou Amal, couronnée par le Prix Goncourt des Lycéens en 2020, nous indique qu'il est des situations trop coûteuses pour rester patiente. Il arrive un moment où il faut briser ces chaînes et dénoncer la violence. C’est un thème qu’elle explore d'ailleurs avec la même force dans son autre roman, Cœur du Sahel.

Quelle est l'histoire dans Les impatientes de Djaïli Amadou Amal
Ce roman polyphonique de l'autrice camerounaise nous présente le destin de trois femmes : Ramla, Hindou et Safira. Ramla et Hindou, deux sœurs, voient leurs rêves brisés le même jour. L'une est arrachée à son amour et à ses études pour devenir la seconde épouse d'un homme riche, tandis que l'autre est livrée à un cousin violent et instable. Safira, la première épouse de l'homme que Ramla doit rejoindre, voit son foyer et son statut menacés par l'arrivée de cette « co-épouse ». Le mot « Munyal », qui veut dire patience, est alors l'arme utilisée par la société pour étouffer leurs cris.
Au cœur des concessions du Sahel, se jouent des traditions patriarcales aux conséquences terribles pour les femmes. La violence physique, verbale, mais aussi les viols conjugaux sont le lot de certaines femmes mariées à des hommes qu'elles n'aiment pas. Elles sont livrées à ces hommes au nom de la tradition pour ne pas déshonorer leur père, leur famille. Ces personnages nous fendent le cœur par la douleur qu'elles supportent au sein d'un foyer violent. C'est une violence justifiée par le mariage, et par la religion.
On peut disposer du corps des femmes à sa guise, les violenter, les dominer, sans conséquences. C'est toute la société qui le permet. Ce sont des femmes qui existent sans exister et qui, pour survivre, sombrent parfois dans la folie. Le dénoncer, c'est redonner un pouvoir à ces femmes, pour que certaines puissent enfin changer leur destinée.
Ces citations à retenir de ce roman de Djaïli Amadou Amal
La lecture du roman Les impatientes de Djaïli Amadou Amal ouvre le coeur et les yeux sur la condition féminine à travers le monde. Voici quelques citations de ce roman poignant...
« Voilà le résultat de laisser des filles trop longtemps sur le banc de l'école. Elles se sentent pousser des ailes et se mêlent de tout. »
« Ô mon père ! Tu dis connaître l'Islam sur le bout des doigts ; tu nous obliges à être voilées, à accomplir nos prières, à respecter nos traditions. Alors, pourquoi ignores-tu délibérément ce précepte du Prophète qui stipule que le consentement d'une fille à son mariage est obligatoire ? »
« Je suis une fille pour mon plus grand malheur. »
« J'ai envie de crier sans pouvoir ouvrir la bouche, de pleurer sans avoir de larmes, de dormir sans jamais me réveiller. »
Aller plus loin dans vos lectures de récits féminins
Qu’il s’agisse de fictions ou de récits biographiques, les écrits polyphoniques nous en apprennent toujours plus sur la condition féminine, sur les traumatismes, mais aussi sur la force que les femmes déploient pour se réparer. Les femmages occupent une place essentielle dans la littérature contemporaine. À ce titre, je pense au Prix Goncourt des Lycéens 2025, La Nuit au cœur de Nathacha Appanah, qui revient sur le destin de trois femmes brisées par la violence. Au centre de ce récit se trouvent les féminicides qui gangrènent nos sociétés, partout dans le monde, sans distinction d’origine, d’âge ou de couleur.
Cette thématique de la survie face à la violence masculine traverse également le Prix Goncourt 2009, Trois femmes puissantes de Marie NDiaye. Partout, des femmes sont encore tuées parce qu’elles sont femmes, souvent par un partenaire de vie actuel ou passé. Pour mieux comprendre l’histoire de cet anéantissement et la misogynie institutionnalisée, je vous invite à lire l'essai de Ivan Jablonka, La Culture du féminicide.
Avant l’effacement final, il y a toute la graduation de la violence : les coups, les agressions, le mépris. On ne peut alors que songer aux textes de Virginie Despentes notamment King Kong Théorie, mais aussi aux fictions indispensables de Toni Morrison. Dans L’œil le plus bleu, elle nous montre comment, dès l’enfance, les femmes sont conditionnées à la violence sociale, une réalité démultipliée lorsqu'elles sont noires, ce que les théories féministes nomment l'intersectionnalité.


