Contours du jour qui vient - Léonora Miano
- 31 mars
- 4 min de lecture
Une grande sagesse habite ces pages qui se dressent contre l'ombre planant sur le monde. Dans Contours du jour qui vient, Léonora Miano nous invite à rechercher la paix intérieure face à la violence, à travers les yeux d'une petite fille : Musango. Musango, dont le nom signifie "la paix" en langue douala du Cameroun. Un texte puissant, que l'autrice dédie à toute une génération en quête de lumière.

« Nous n'aimons rien autant qu'éteindre toutes les lumières, afin de ne laisser brûler que les brasiers qui nous consument de notre vivant, faisant du lendemain une impossibilité. »
Avec la lecture de Contours du jour qui vient de Léonora Miano, j'ai touché du doigt la pureté du cœur d'un enfant, seul rempart, semble-t-il, à la folie humaine. Un cœur rempli d'amour, de paix, de compassion et de courage. Un cœur tendre que la lumière habite et qui rayonne malgré les épreuves.
Après avoir lu La Saison de l'ombre, œuvre de l'autrice récompensée par le prix Femina, je me suis intéressée à ce texte qui a reçu le prix Goncourt des Lycéens en 2006. Publié il y a tout juste vingt ans, ce livre nous raconte une tragédie : celle des migrants économiques qui « font l'Europe », comme en guerre contre leur propre condition, un exil, une survie. Tout un système est décrit ainsi dans le roman : « Des passeurs les emmènent par les déserts du Tchad et du Niger, vers la Méditerranée où des canots les attendent. » Une traversée dont on connaît les dangers et face à laquelle nous n'apportons encore aujourd'hui que trop peu de solutions. Sur ce sujet, je vous invite à écouter l'épisode Migrantes et combattantes d'Un podcast à soi de Charlotte Bienaimé.
A travers ces pages parfois difficiles, l'autrice nous fait cependant un cadeau magnifique: un apaisement, un rai de lumière pour chasser l'ombre, en nous forçant à la reconnaître et à la combattre. Car selon l'autrice, la misère n'est qu'une circonstance, pas une sentence.

Quelle est l'histoire du roman Contours du jour qui vient de Léonora Miano?
Au cœur de l'Afrique équatoriale, dans le pays imaginaire du Mboasu, l'espoir semble avoir péri avec la guerre civile. La misère y rend les hommes fous. C'est dans ce monde hostile que Musango, une petite fille chassée par sa propre mère qui la considère comme responsable de tous ses maux, entame son errance. Pendant trois ans, elle survit dans un lieu de passe, témoin du désespoir absolu des femmes qui tentent de tomber enceintes pour espérer traverser la frontière vers l'Europe. Ce passage m'a rappelé le destin tragique de Khady Demba dans Trois femmes puissantes de Marie NDiaye...
Au-delà de la tragédie migratoire, Contours du jour qui vient de Léonora Miano explore le lien complexe, parfois tortueux, entre mères et filles. La maternité est un chemin escarpé dans un monde qui banalise les violences faites aux femmes. Musango ne cherche pas seulement à survivre, elle cherche l'amour maternel, la tendresse. C'est finalement en plongeant vers son âme ancienne qu'elle puise la force d'opposer la lumière à l'ombre et de reconnaître sa propre valeur. La beauté de ces pages, c'est la force insufflée par l'autrice, d'espérer le jour qui vient, de reconnaître sa valeur, d'opposer le bien au mal, et la lumière à l'ombre.
Ces citations à retenir de ce roman de Léonora Miano
Parce que cette lecture m'a bouleversée et parce que les citations permettent de transmettre à la fois la beauté des mots et la profondeur de leur sens, voici quelques passages de Contours du jour qui vient qui ont marqué ma lecture.
« Il n'est que des ombres alentour, et c'est à toi que je pense. »
« La mort qui m'habite ne parvient pas à triompher de moi, de l'idée que je ne suis pas née pour rien. »
« J'observe attentivement la scène en me disant que c'est donc cela, seulement ces quelques secousses, rien que ce râle et ce petit filet de liquide translucide au bout du gland... C'est seulement pour cela que des hommes hantent les ruelles obscures des villes du monde, à l'affût d'un orifice capable d'engloutir le néant qui les habite, d'un trou qui puisse recevoir leur misère, comme le fond d'une poubelle sur lequel on ne se retournera pas, après y avoir déposé ses ordures. »
« Le bonheur va et vient. On ne peut pas l'emprisonner. C'est un grand voyageur. »
« La vie n'est encore qu'une longue élégie. »
Aller plus loin dans vos lectures de femmes
Bien sûr, je n'ai pas lu tous les romans du monde sur la condition féminine, et encore moins sur le racisme systémique. Je cherche constamment de nouvelles pépites pour enrichir ma vision du monde, notamment chez Alice Walker que je dois encore découvrir. Dans ma bibliothèque, je compte néanmoins de grandes autrices : je pense à Chimamanda Ngozi Adichie avec Americanah ou L'Autre Moitié du soleil, qui racontent ces destins féminins s'opposant à la violence et à la guerre, des récits que l'on ne retrouve pas toujours sous la plume des "grands auteurs" masculins. Je pense également aux livres de Djaïli Amadou Amal, avec Les Impatientes ou encore Cœur du Sahel, sur le patriarcat en Afrique et ses conséquences sur les femmes, parfois très jeunes... Enfin, pour ces histoires qui nous racontent le monde à hauteur d'enfant, me viennent en mémoire Vu du ciel de Christine Angot ou l'indispensable L'Oeil le plus bleu de Toni Morrison. Puissent ces idées de lectures vous inspirer.


