Celui qui revient - Han Kang
- 6 mars
- 3 min de lecture
Dans Celui qui revient, Han Kang, Prix Nobel de littérature, exhume la mémoire d'une répression terrible dans la Corée du Sud des années 80, le massacre de Gwangju. À travers les souvenirs des rescapés, entre cauchemars et traumatismes, une question demeure : où s'en vont les âmes ? Errent-elles dans un lieu condamné à une nuit éternelle?

« Quand un vivant regarde un défunt, l’âme du mort ne serait-elle pas là, à côté,
à scruter son visage ? »
Han Kang
Celui qui revient s’ouvre sur une vision d'effroi : un gymnase saturé de cadavres. Cette scène inaugurale, qui hante l'œuvre de Han Kang, prend racine dans le massacre de Gwangju de mai 1980, point d'orgue de la répression sanglante menée par la junte militaire en Corée du Sud. «Ce sont les soldats qui me font peur, pas les cadavres », écrit l'autrice dans ce roman magistral.
Lauréate du prix Nobel de littérature 2024, Han Kang a été sacrée pour sa « prose poétique intense qui affronte les traumatismes historiques ». Ce sont précisément ces traumatismes que l'on retrouve au cœur de ce texte bouleversant.

Quelle est l'histoire de Celui qui revient de Han Kang ?
À travers les destins croisés de Tongho, l’enfant qui cherche son ami parmi les morts, et de Kim, l’éditrice aux prises avec la censure, Han Kang tisse un lien indéfectible entre les vivants et les défunts. Sa prose ne se contente pas de retracer l'Histoire : elle expose la fragilité de la vie humaine face à la violence d'État et cherche, par-delà les traumatismes, un chemin vers la paix pour ces âmes tourmentées.
Dans Celui qui revient, l'autrice interroge la culpabilité des survivants et le poids de leurs cauchemars. Elle explore la violence sous toutes ses formes, étatique, militaire, policière, une violance s'abattant indistinctement sur des étudiants, des femmes et des enfants.
Au fil des pages, Han Kang nous questionne sur ce que signifie « être humain » et aborde la question si délicate du souvenir et de ces cicatrices qui, jamais, ne se referment.
Ces citations de Celui qui revient de Han Kang
Voici quelques extraits marquants de ce roman magistral. Une immersion dans la prose de Han Kang, pour ne pas oublier.
« Pourquoi chanter l'hymne pour des gens tués par des soldats ? Pourquoi les envelopper du drapeau ? Comme si ce n'était pas l'État qui les avait tués ! »
« Certains souvenirs ne cicatrisent jamais. Au lieu de s’estomper avec le temps, ils persistent, et c’est plutôt le reste qui s’effrite. »
« L’homme est-il cruel par nature ? Être humilié, blessé, tuer... est-ce cela le destin de l’homme, tel que le démontre l’Histoire ? »
« Je lutte contre le fait que je suis un être humain. Je lutte contre l’idée que seule la mort peut me libérer de tout cela. Et vous, vous qui êtes un être humain comme moi, quelle réponse pouvez-vous me donner ? »
« Les souvenirs vous rappellent que les cauchemars, qui ne sont rien du tout, vous attendent en silence. »
Quelle est l'œuvre la plus célèbre de Han Kang ?
Si le nom de Han Kang résonne aujourd'hui dans le monde entier, c'est avant tout grâce à son roman La Végétarienne, qui occupe une place de choix dans ma bibliothèque. Ce texte explore l'absurdité des liens sociaux, l'impossibilité de choisir sa propre fin dans nos sociétés modernes et, surtout, la condition complexe des femmes. Cependant, son œuvre ne s'arrête pas là. Impossibles adieux et Celui qui revient s'imposent également comme ses écrits les plus marquants. Ensemble, ces textes forment une constellation littéraire pour interroger notre humanité.
Aller plus loin dans vos lectures d'autrices Prix Nobel de littérature
Les femmes couronnées par le Prix Nobel de littérature sont encore trop rares : à ce jour, elles sont moins d'une vingtaine, face à une centaine d'hommes. Ce déséquilibre flagrant impose un male gaze persistant dans nos représentations littéraires, nous privant trop souvent du regard de l'autre moitié de l'humanité. C'est pour cette raison que je vous invite, passionnément, à lire des femmes, qu'elles soient nobélisées ou non.
Pour celles qui ont reçu la "distinction des distinctions", voici mes suggestions pour prolonger vos lectures; Je vous suggère chaleureusement Beloved de Toni Morrison, un roman qui glace le sang sur la réalité du racisme. Je pense aussi à Moi, Tituba sorcière... de Maryse Condé, Prix Nobel alternatif, qui retrace le destin d'une femme noire accusée de sorcellerie à Salem. Enfin, je pense également à Annie Ernaux, incontournable pour ses récits sur la condition féminine, particulièrement La Femme gelée ou L'Événement.


