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Pourquoi je choisis mes livres (aussi) pour leur maison d’édition

  • Photo du rédacteur: Marion Marten-Pérolin
    Marion Marten-Pérolin
  • 24 juin
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 27 juin

Pour moi, la littérature est un réel plaisir et un besoin quotidien. Toute la journée, je grappille la moindre minute pour lire. Avec plusieurs dizaines de livres dévorés chaque mois, je choisis mes lectures au coup de cœur selon le thème, mais aussi, bien souvent, par affinité pour une maison d'édition ou une collection spécifique.


Main prend un livre sur une étagère de romans en noir et blanc, avec des titres visibles et une ambiance calme pour illustrer le choix d’un livre.

Ne dit-on pas que la couverture ne fait pas le livre ? Si l'adage est connu, il s'avère pourtant parfois trompeur. Le travail graphique des maisons d'édition joue un rôle puissant pour faire émerger un texte parmi la multitude d'ouvrages qui saturent les rayons. Je ne sais pas comment vous choisissez vos livres en librairie, peut-être avancez-vous avec une idée précise en tête avant de vous arrêter à cet achat précis.


A mes yeux, chaque visite est une véritable quête. Celle d'un titre présélectionné, bien sûr, mais aussi celle d'une découverte fortuite, d'un coup de cœur imprévu. Cela passe par le sujet, mais aussi, très souvent, par l'esthétique. Ce titre qui, pour une raison étrange, fait vibrer notre âme avec cette couverture intrigante, ces lettres d'or, ce dessin ou cette photographie qui éveille un écho familier sans que l'on puisse encore savoir pourquoi... Résultat : je ressors presque toujours les bras chargés.


Au fil du temps, j'ai développé une affection particulière pour certaines collections, chacune pour des raisons différentes. Voici mes maisons d'édition et collections favorites...


Mes éditeurs fétiches (une liste non-exhaustive)


Quand on fait un palmarès, c'est souvent relatif, à un point de vue, à une période, à un thème... Il n'y a donc pas à proprement parler de "meilleure" maison d'édition. Chacune se complète et couvre des domaines différents. Si les éditeurs historiques comme Gallimard, Grasset et Le Seuil incarnent le prestige classique, et que des indépendants comme Actes Sud, Les Éditions de Minuit portent l'audace littéraire, ma bibliothèque se structure autour de coups de cœur thématiques et politiques bien précis, notamment féministes.


1. Les éclaireurs


Ces maisons ont en commun un talent rare : repérer une voix singulière avant tout le monde, et lui offrir l'écrin qu'elle mérite. Engagement, intimité, audace... voici celles qui m'ont permis de découvrir des autrices devenues, depuis, des incontournables de ma bibliothèque.


  • L'Iconoclaste : Ma référence pour leur sens du récit intime et percutant. C'est l'écrin de Mathieu Palain, Jean-Baptiste Andrea ou Titiou Lecoq (Les grandes oubliées), mais aussi des engagements juridiques et féministes d'Anne Bouillon (Affaires de femmes).

  • Emmanuelle Collas : Une maison indispensable pour son ouverture internationale qui accompagne notamment Djaïli Amadou Amal (Les Impatientes).

  • Julliard : Une maison historique qui continue de faire de la place aux voix radicales de notre époque, à l'image d'Ovidie.

  • Rue Fromentin : Une structure audacieuse qui a eu le nez fin en traduisant l'immense Madeline Miller (Le Chant d'Achille) bien avant son succès massif en format poche.


2. Les laboratoires d'idées


Ici, pas de fiction, mais des essais qui décortiquent, théorisent et bousculent. Ces maisons et collections ont fait le pari de l'exigence intellectuelle accessible.


  • La Collection ALT (Éditions de La Martinière) : Il s'agit-là de mon coup de cœur absolu. Cette collection de mini-manifestes percutants et ultra-accessibles, pensés pour la jeunesse coûte seulement 3 euros et s'adresse à toutes et à tous.

  • Zones : Ce label est incontournable pour la théorie radicale et le féminisme pop, accessible mais incisif. C'est ici que bat le cœur des essais de Mona Chollet (Réinventer l'amour ou encore Sorcières) et de tant d'autres essais féministes de ma bibliothèque (Comment torpiller l'écriture des femmes de Joanna Russ notamment).

  • Libertalia (Valérie Rey-Robert avec Une culture du viol à la française par exemple) ou Nada (avec Teresa Claramunt, Femmes, unissons-nous) qui privilégient la force des idées et des luttes intersectionnelles sur la pure rentabilité commerciale.


3. Mes indispensables féministes en format Poche


Les livres de poche sont parfaits pour démocratiser la pensée et transporter des classiques partout avec soi, à un tarif souvent plus avantageux pour les lecteurs.

Voici mes éditeurs préférés :


  • Points : Ma référence absolue pour faire basculer les essais féministes théoriques et pointus dans le quotidien, notamment fantastique avec Angela Carter (La compagnie des loups).

  • 10/18 : Le refuge historique des grandes voix littéraires internationales et politiques, au premier rang desquelles brille Toni Morrison (L'oeil le plus bleu par exemple).

  • Pavillons Poche (Robert Laffont) : Un écrin idéal pour les dystopies, notamment celles de Margaret Atwood (L'Odyssée de Pénélope par exemple).


4. Le catalogue Flammarion : l'équilibre des forces


Flammarion occupe une place de choix sur mes étagères en faisant cohabiter des voix majeures de la déconstruction et de la création contemporaine telles qu'Élisabeth Badinter, Christine Angot (L'Inceste) ou Alice Zeniter (L'Art de perdre).


Maisons d'édition : une question de chance et de résistance ?


Pour comprendre la trajectoire d'un texte jusqu'à nos étagères, il faut plonger dans les rouages d'un marché hautement stratégique. Voici les réponses aux questions que l'on se pose souvent de l'autre côté de la page.


Quels sont les plus grands éditeurs en France et dans le monde ?


En France, le marché éditorial est ultra-concentré et dominé par des empires financiers qui chapeautent des dizaines de sous-maisons :

  1. Hachette Livre (Fayard, Grasset, Stock, Larousse...), propriété du groupe Vivendi de Vincent Bolloré depuis fin 2023.

  2. Editis (Robert Laffont, Plon, Nathan, Pocket...), détenu par le milliardaire tchèque Daniel Křetínský.

  3. Madrigall (Gallimard, Flammarion, Casterman, J'ai Lu...), majoritairement détenu par la famille Gallimard, avec une participation d'environ 10% de LVMH.

  4. Média-Participations (Le Seuil, Dargaud, Dupuis...).


À l'échelle internationale, le géant de la littérature générale et grand public est Penguin Random House (propriété du groupe allemand Bertelsmann).


Tempête chez Grasset et crise idéologique


On ne peut pas parler des géants de l'édition sans évoquer le séisme qui secoue actuellement Grasset (maison historique du groupe Hachette). Le limogeage par Vincent Bolloré du PDG historique Olivier Nora a provoqué un exode sans précédent : plus de 240 auteurs et autrices, dont Virginie Despentes (Baise-moi) et Sorj Chalandon, ont annoncé leur départ. Quand les logiques de concentration financière et d'influence politique menacent la liberté de création, les autrices et auteurs engagés rappellent une vérité essentielle : leur plume n'est pas à vendre, et le choix d'une maison d'édition reste, plus que jamais, un acte politique.


Les bons écrivains sont-ils parfois refusés par les éditeurs ?


C'est une constante de l'histoire littéraire : le refus n'est qu'une question de ligne éditoriale ou de frilosité d'une époque. Marcel Proust s'est vu refuser le manuscrit de Du côté de chez Swann par les Éditions de la NRF (futures éditions Gallimard) avant d'être publié chez Grasset en 1913 ; J.K. Rowling a essuyé 12 refus pour Harry Potter; et Stephen King a vu Carrie rejeté 30 fois...


Les comités de lecture passent parfois à côté de chefs-d'œuvre parce qu'ils bousculent trop les codes établis. À l'inverse, l'histoire de l'édition est aussi faite de résistance : pensez aux Éditions de Minuit, nées dans la clandestinité sous l'Occupation pour contourner la censure, qui publieront plus tard La Question d'Henri Alleg (censuré en 1958). Un texte politique sur la torture pendant la guerre en Algérie.

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