top of page

Femmes, unissons-nous - Teresa Claramunt

  • Photo du rédacteur: Marion Marten-Pérolin
    Marion Marten-Pérolin
  • 14 juin
  • 6 min de lecture

Avec Femmes, unissons-nous de Teresa Claramunt, faites la connaissance d'une pionnière du féminisme espagnol, ouvrière et anarcho-syndicaliste. Les éditions Nada publient un recueil de ses textes inédits, indispensables pour comprendre les racines de la lutte ouvrière au féminin.


Plusieurs mannequins en noir et blanc, têtes serrées, dont un enveloppé de plastique bulle, dans un espace sombre pour illustrer les ouvrières invisibles et le texte Femmes, unissons-nous de Teresa Claramunt.

« L'anarchie, cette belle et noble idée, rendra justice aux femmes. Pour l'anarchie, il n'y a ni race, ni couleur, ni sexe. Sœur jumelle de notre mère nature, elle donne à chacun ce dont il a besoin et prend à chacun ce qu'il peut donner. »


Il est des lectures qui vous prennent de court, qui vous bousculent, qui vous apportent un point de vue jusqu'alors inconnu. La découverte des textes de Teresa Claramunt, une sélection rigoureuse de ses discours et articles de presse publiés pour la première fois en français par les éditions Nada, fait partie de ces lectures marquantes. Ces écrits élargissent notre horizon, apportent un éclairage nouveau et révèlent des luttes atemporelles et universelles.


Avec Femmes, unissons-nous de Teresa Claramunt, découvrez la pensée de celle que l'on surnommait la « Louise Michel de Barcelone », une prolétaire anarchiste et féministe décédée en 1931... dont les obsèques furent célébrées le jour même de la proclamation de la Seconde République espagnole. Ce surnom évoque une figure immense : Louise Michel, institutrice devenue la « Vierge rouge » de l'anarchisme français, héroïne révolutionnaire dont le nom reste à jamais lié aux barricades de la Commune de Paris de 1871, et qui a su lier indissociablement la lutte ouvrière et le féminisme radical.


Couverture beige d’un livre avec nœud violet; texte TERESA CLARAMUNT, Femmes unissons-nous, NADA.


Pourquoi lire Femmes, unissons-nous de Teresa Claramunt?


Teresa Claramunt (1862-1931), contemporaine d'Emma Goldman aux États-Unis dont je vous parlais dans un précédent article, nous intéresse particulièrement pour ses revendications féministes. Elle inclut d'emblée les femmes à la lutte ouvrière afin de donner plus de poids aux mouvements contre le patronat. Se positionnant comme leader, elle incitait à l'union pour lutter contre « les seigneurs », rappelant que :

« L'industriel a pour obsession que son capital lui rapporte le plus possible, pour pouvoir se retirer des affaires immensément riche et, comme il s'imagine n'en avoir jamais assez, il exploite sans pitié hommes, femmes et enfants, pour satisfaire son ambition. »

L'autrice désigne également comme ennemie de la liberté toute autre forme de domination, dénonçant les ruses et les tromperies des puissants pour manipuler le prix des actions et parvenir à leurs fins. En évoquant la baisse des salaires, la dégradation des conditions de travail et le manque de considération des patrons, elle rappelle l'universalité de la condition des opprimés, une réalité qui nous concerne toutes et tous.


La mondialisation de l'exploitation


Cette logique destructrice fait écho au récit d'Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour. L'autrice y analysait en 2014, l'espace des supermarchés où s'entreposent en très grandes quantités des articles souvent voués au gaspillage, vendus à bas prix, ainsi que des vêtements confectionnés au Bangladesh dans des conditions insalubres qui provoquent parfois la mort des travailleurs. La réalité est en effet que certains métiers tuent. L'organisation du travail telle que nous la connaissons sous le capitalisme, augmenter les performances, générer de la croissance tout en baissant les coûts et les délais, a forcément un impact humain dévastateur, qu'il s'agisse de la santé physique ou mentale.


Un combat plus que jamais d'actualité


Le combat anarchiste de Teresa Claramunt reste d'actualité. Pensons aux métiers pénibles (qui touchent les hommes comme les femmes), aux caissières aux dos brisés, aux ouvriers morts sur les chantiers, ou encore aux infirmières décédées de la Covid-19 par manque de protection de la part de leurs employeurs... En bref, le travail s'avère dangereux dès lors que l'on déshumanise les employés au profit d'un rapport de force pervers et capitaliste. Cette injuste répartition des richesses (et des pouvoirs) crée des déséquilibres profonds dont la tendance semble, à ce jour, impossible à inverser.


Pourtant, depuis des décennies, des voix alertent sur les travers d’un système malade. Qu'on soit d'accord ou non avec l'anarchisme, qu'on le considère ou non comme une organisation sociale viable, force est de constater les failles de notre démocratie. Face à la violence contre les manifestants exercée par un État qui devrait pourtant protéger les plus faibles, les simples « rustines » politiques ne suffisent plus à combler des écarts qui se creusent de jour en jour.


Des conquêtes sociales arrachées de haute lutte


Car ces droits que nous tenons aujourd'hui pour acquis ne sont pas tombés du ciel. Ils ont été arrachés dans la rue, dans les usines, parfois au péril de la vie des manifestants et des grévistes. En France, les congés payés datent de 1936, fruit du Front populaire et d'une mobilisation ouvrière sans précédent. La semaine de 40 heures, puis de 35 heures, a été le résultat de décennies de pression syndicale. La Sécurité sociale, créée en 1945, est une construction collective née des cendres de la guerre et d'une volonté de ne plus jamais abandonner les plus faibles.


Teresa Claramunt, qui militait déjà pour la journée de 8 heures à la fin du XIXe siècle, aurait reconnu dans toutes ces victoires le fruit de ce qu'elle appelait « l'union ». Mais elle aurait aussi noté que ce qui a été conquis peut être repris. Qu'il s'agisse des retraites, du chômage ou de la valeur du travail, on en attend toujours plus des travailleurs. On les blâme pour leurs arrêts maladie, on traque la moindre de leurs faiblesses, on limite les ruptures conventionnelles... dans un monde validiste et sexiste qui file à toute vitesse et écrase la liberté sur son passage. La vigilance reste de mise face aux annonces politiques qui menacent ces droits acquis.


Ces citations à retenir dans cet essai féministe et anarchiste


Pour comprendre la vision de l'anarchisme défendu par Teresa Claramunt et vous donner un aperçu de la force de sa plume et de sa rhétorique, j'ai sélectionné ces quelques citations issues de Femmes, unissons-nous :


« Ne méprisez pas les femmes car nous sommes aussi capables que vous, et même plus. »

« Malgré le progrès qui avance sans cesse, bien que lentement, il est prouvé que les lois des hommes qui excluent les femmes sont ridicules et fausses. Et si, de prime abord, elles satisfont la vanité de ces petits tyrans, elles contribuent finalement à leur asservissement et réduisent à néant leurs grands combats en faveur de la liberté. »


« L'anarchie n'est pas une abstraction, une chimère (...) L'anarchie est la pratique de la vie, l'œuvre de chacun, l'œuvre de toutes et tous. »

« Aucune classe laborieuse ne souffre autant des effets du développement odieux des inventions mécaniques que les ouvriers et ouvrières du textile. Sur une période de trente ans, les machines ont énormément évolué, et pourtant, les heures de travail n'ont absolument pas diminué. »


Aller plus loin dans vos lectures féministes


Pour prolonger la réflexion, tournons-nous vers l'autrice de la postface de cet ouvrage : Irene. Cette militante féministe fait partie de ma pile à lire, notamment avec son essai : La Terreur féministe : Petit éloge du féminisme extrémiste. On entend souvent parler de « féminisme radical », une expression parfois assimilée de manière outrancière au nazisme afin de discréditer tout discours d'émancipation. Pourtant, il existe un féminisme anarchiste, tout comme il existe un écoféminisme. Le féminisme est composé de mouvements et de vagues qui se complètent, se répondent ou parfois s'opposent. Il est essentiel de s'intéresser à chaque plume, à chaque courant de pensée, pour se forger sa propre opinion. Comprendre le prisme depuis lequel écrivent ces femmes est déjà un début de reconnaissance, et un signe de respect.


Le féminisme n'est pas une chimère, pour reprendre les mots de Teresa Claramunt sur l'anarchisme, c'est la vie même. Il est nécessaire partout, car les inégalités liées au genre demeurent trop nombreuses. Les violences masculines envers les femmes et les enfants restent un fléau systémique, parfaitement analysé par Valérie Rey-Robert dans ses essais sur le sexisme et la culture du viol. Pour comprendre l'autre dans sa dignité complète, le validisme, le classisme et le racisme doivent également entrer dans notre champ d'analyse.


Pour explorer ces dynamiques, voici trois fondations littéraires que je vous invite à découvrir :


Lire ces femmes permet de mieux saisir l'histoire dans laquelle s'inscrit la lutte féministe depuis des décennies, et même des siècles.

bottom of page