La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne - Olympe de Gouges
- 28 févr.
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Manifeste fondateur du féminisme français, La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est bien plus qu'un simple texte de loi. Envoyé par Olympe de Gouges à Marie-Antoinette, cet écrit visionnaire dénonce les inégalités de l'époque et invite la Reine à devenir l'alliée d'une révolution sociale sans précédent : celle des droits des femmes.

« Femme, réveille-toi, (...) reconnais tes droits. »
Olympe de Gouges
Olympe de Gouges ne faisait pas dans la demi-mesure. Qu'il s'agisse de la patrie, de l'abolition de l'esclavage ou du droit des citoyennes, ses écrits sont de véritables brûlots. Sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est un texte fondateur, indispensable pour comprendre l’effacement, sinon la censure systématique, des femmes au cours de l’Histoire.
La philosophe n'hésitait pas à torpiller Robespierre dans ses écrits. Pourtant, ironie de notre mémoire collective, c'est lui que l'école érige en figure incontournable de la Révolution, tandis qu'elle reste la grande oubliée des manuels.
Morte guillotinée pour ses idées dans des conditions inhumaines, Olympe de Gouges a marqué son époque de sa plume avant de subir un long silence. Si nous avons commencé à réparer cet oubli en donnant son nom à des places et des rues, une injustice demeure: la reconnaissance suprême du Panthéon lui est toujours refusée. Preuve, s'il en fallait une, que l’accession des femmes à la liberté a fait couler autant d’encre que de sang.

Quelles causes défendait Olympe de Gouges ?
Olympe de Gouges était une visionnaire dont les combats dépassaient largement le cadre de son époque. Elle défendait d'abord le droit des femmes, mais avec une dimension sociale concrète. Elle proposait, par exemple, la création de maternités dignes pour éloigner les femmes de l’Hôtel-Dieu, un lieu où la promiscuité et le manque d’hygiène étaient alors effrayants.
Une femme courageuse
Politiquement, sa posture était singulière et courageuse : elle se disait patriote mais restait royaliste, par fidélité et par rejet de la violence révolutionnaire. Elle a dépensé une part de sa fortune personnelle pour la Nation, tout en refusant les intrigues et en militant pour une justice plus équitable. Son humanisme ne s'arrêtait pas aux frontières de l'Europe. Elle fut l'une des premières à dénoncer l'esclavage, qu'elle qualifiait de "honte absolue". Sa pièce de théâtre L’Esclavage des Noirs fit scandale en affirmant notre égalité fondamentale :
L'homme partout est égal. Les rois justes ne veulent point d'esclaves. [...] Un commerce d'hommes ! ... grand Dieu ! et la nature ne frémit pas ! S'ils sont des animaux, ne le sommes-nous pas comme eux ? »
Le crime d'être femme et clairvoyante
Le véritable "problème" d'Olympe de Gouges, aux yeux de ses contemporains, était sa condition de femme. Une femme frondeuse, qui prend la parole pour dire franchement des vérités qui fâchent, cela dérangeait l'ordre établi. Pour la faire taire, la mécanique fut implacable : on la traite de folle, on l'emprisonne, on l'envoie à l'Abbaye, puis on lui coupe la tête. Un problème de réglé ? Pas tout à fait. Car si elle a payé de sa vie ses idées aujourd'hui évidentes, sa mort n'a fait qu'illustrer l'ignominie de ses bourreaux.
Comme elle l'écrivait avec une prescience incroyable :
« Les plus grands crimes s'immortalisent, comme les plus grandes vertus. »
et encore :
« Frémissez, tyrans modernes ! Ma voix se fera entendre du fond de mon sépulcre ! »
Une folle, Olympe de Gouges ? Non. Simplement une femme d'une clairvoyance absolue qui a préféré l'échafaud au silence.
Quels droits Olympe de Gouges revendiquait-elle pour les femmes ?
Olympe de Gouges semble avoir eu un compte à régler avec le destin. Née d'une union illégitime et jamais reconnue par son père biologique, elle a puisé dans cette blessure personnelle une force incroyable pour combattre toutes les formes d'injustices.
Son combat majeur reste celui de la justice pour les femmes, une cause qu'elle porte avec une détermination sans faille.
L'objectif central de sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est d'instaurer un véritable « contrat social » entre les hommes et les femmes. Pour Olympe de Gouges, l'égalité n'est pas seulement une question de principe, c'est une nécessité pratique : elle invite les hommes à l'équité pour garantir le bonheur commun, le maintien de la Constitution et la préservation des bonnes mœurs. En somme, elle soutient qu'une société ne peut être stable et juste si la moitié de ses membres est maintenue dans l'ombre.
Citations de La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges
Voici des citations importantes issues de ce texte politique et féministe d'une penseuse trop longtemps oubliée.
"Homme, es-tu capable d'être juste?"
Préambule :
Considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, (elles) ont résolu d'exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme."
Article 1er : "La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits."
Article 4 : "L'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose , ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison."
Article 10 : "La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également le droit de monter à la tribune."
Article 12 : "La garantie des droits de la femme et de la citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée à l'avantage de tous, et nous pour l'utilité particulière de celles à qui elle est confiée."
Postambule :
Femme, réveille-toi ... reconnais tes droits."
"Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la Révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé."
"Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir; vous n'avez qu'à le vouloir."
Dans le bon sens du Français
"La justice et l'humanité sont violées chaque jour."
Dans Pronostic sur Maximilien de Robespierre :
L'innocence ne temporise point quand elle peut terrasser la calomnie : l'imposture, au contraire cherche toujours des subterfuges."
Aller plus loin dans vos lectures féministes
Ce texte puissant rejoint mon Panthéon personnel des penseuses, aux côtés de Gisèle Halimi qui a dédié son existence à la lutte contre les injustices et au progrès féministe.
Il entre aussi en résonance avec l'essai indispensable de Titiou Lecoq, Les Grandes Oubliées.
Pour approfondir la question de la condition féminine et son évolution depuis le Moyen Âge, je vous conseille particulièrement les travaux de Valérie Rey-Robert, notamment Une culture du viol à la française. Elle y retrace l’évolution des mœurs, du « troussage de domestique » à la « liberté d’importuner », cette fameuse « galanterie à la française » qui fait trop souvent fi du consentement.
Dans la même lignée, La Culture du féminicide d'Ivan Jablonka nous éclaire sur le traitement pictural puis cinématographique des meurtres de femmes. Il montre comment ces crimes ont toujours été sexualisés et esthétisés, contrairement aux homicides masculins. Ce besoin de neutraliser les femmes par la violence se retrouve dans l'essai incontournable de Mona Chollet, Sorcières : la puissance invaincue des femmes. Elle y dresse un panorama précieux de cette époque où l'on brûlait les femmes par milliers. Si certains hommes furent également accusés d'hérésie, l'immense majorité des victimes étaient des femmes : des guérisseuses, des femmes seules, âgées ou simplement insoumises à l'ordre établi.
Et pour comprendre comment la science a pris le relais de la religion dans cette entreprise de domestication, je vous conseille vivement Le Bal des folles de Victoria Mas. Ce roman revient sur l’enfermement des femmes à la Pitié-Salpêtrière et sur le traitement des « aliénées » par un corps médical exclusivement masculin. On y découvre une médecine qui, sous couvert de science, a souvent fait preuve d'une grande cruauté pour briser celles qui ne rentraient pas dans le rang. Dans la même veine, Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle Yon revient dans une enquête sur son arrière-grand-mère sur la psychiatrie au XXe siècle notamment l'usage de la lobotomie pour "guérir" les femmes.
Enfin, je ne peux que vous suggérer de visionner le film Le Dernier Duel, qui relate un viol célèbre du XIVe siècle : celui de Marguerite de Carrouges. On y mesure ce que risquaient déjà les femmes qui osaient parler à l’époque : la mort, que ce soit sous les coups du mari ou par la main de la justice en cas de dénonciation jugée «calomnieuse». Une fois de plus, le destin des femmes dépendait entièrement de la bonne volonté de leur conjoint et des hommes de lois.


