Citations - Gisèle Halimi
- 18 janv.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 mars
Traversée des combats de Gisèle Halimi en citations. La Cause des femmes, Le lait de l'oranger ou encore Djamila Boupacha... découvrez les fragments littéraires essentiels sur une femme qui a dédié sa vie à la justice.

"Celle qui a la chance de lire, d'écrire et qui n'aide pas les autres, les trahit", Gisèle Halimi, Le lait de l'oranger (1988).
Célèbre pour ses plaidoiries historiques, Gisèle Halimi l’est tout autant pour ses écrits. De la guerre d’Algérie à sa vie de femme engagée, elle a lutté sans relâche contre les inégalités. Une figure du féminisme et de l’anticolonialisme qui a transformé la condition féminine, en France et au-delà. Si elle n’a pas encore sa place au Panthéon, elle occupe une place indéboulonnable dans notre histoire littéraire et judiciaire.
À travers des ouvrages comme La Cause des femmes ou Le Lait de l’oranger, j'ai sélectionné pour vous des paroles de résistance de cette célèbre avocate. Voici des citations de Gisèle Halimi à retenir pour rendre hommage à cette femme de convictions.
Ma sélection de citations de Gisèle Halimi par livre
Citations de Gisèle Halimi : La Cause des femmes
Un an après le procès de Bobigny, lors duquel elle assure la défense d'une jeune fille poursuivie pour un avortement clandestin, Gisèle Halimi publie en 1973 : La Cause des femmes. Ce texte fondateur prolonge son combat judiciaire et devient le manifeste qui accompagnera la dépénalisation de l'IVG en France. Voici des citations choisies dans cet essai dont la lecture est indispensable pour comprendre la cause féministe et l'histoire de l'émancipation des femmes.

"Naître femme, pour ma génération, c'était faire partie de cette moitié de l'humanité, qui, jusqu'à sa mort, subirait toutes les discriminations. Pour la seule raison qu'on ne naissait femme que pour le devenir."
Pouvant maîtriser sa fécondité, d'animale la femme devenait humaine."
"L'humanisme, qui a phagocyté la femme sous le prétexte de la fondre dans l'individu - masculin - constitue le piège le plus redoutable de nos démocraties modernes."
Nous avons acquis les droits de la personne humaine, le droit du travail, le droit à l'avortement, le droit contre le viol... Pourquoi pas le droit à une démocratie, plus juste et plus égale, pour les femmes ?"
"Les droits conquis hier ne céderont pas au terrorisme d'aujourd'hui. Il y va de la liberté de tout citoyen et citoyenne de choisir sans contraindre l'autre."
Le féminisme permet une conquête des femmes sur elles-mêmes, sur l'incertitude initiale de leur propre identité. Enfermée dans son rôle féminin, la femme ne mesure pas à quel point son oppresseur est lui-même prisonnier de son rôle viril. En se libérant, elle aide à la libération de l'homme. En participant à égalité à l'Histoire, elle la fait autre. Eradication du rapport de domination d'un sexe par l'autre. Déplacement réciproque des rôles."
"Il est un langage que tiennent les hommes et que les femmes ne devraient jamais laisser passer. Les mots ne sont pas innocents. Ils traduisent exactement une idéologie, une mentalité, un état d'esprit. Laisser passer un mot, c'est le tolérer."
Une femme, malgré les apparences, n'est vraiment libérée que dans un monde où toutes les femmes le sont. Il y a du chemin à faire. Mais ce chemin, toutes les femmes doivent le faire ensemble dans une parfaite solidarité."
Citations de Gisèle Halimi : Djamila Boupacha
En 1962, en pleine guerre d'Algérie, Gisèle Halimi publie, avec la collaboration de Simone de Beauvoir, un ouvrage qui va secouer la conscience internationale : Djamila Boupacha. En prenant la défense de cette jeune militante du FLN, torturée et violée par des soldats français, l'avocate ne se contente pas de plaider : elle dénonce un système.
Ce livre est le récit d'une lutte acharnée pour la dignité humaine contre la barbarie d'État. Les mots de Gisèle Halimi y sont des armes, destinés à briser le silence et à mettre la justice face à ses propres ténèbres. C’est un témoignage brut, nécessaire, sur le courage d'une femme face à l'oppression la plus radicale.
Sur ce thème de la guerre, je vous invite à lire L'Art de perdre d'Alice Zeniter (une fresque historique et intime sur la guerre d'Algérie) ou encore La guerre n'a pas un visage de femme de Svetlana Alexievitch (sur la place des femmes dans la guerre...).

"Le climat passionnel de la justice à Alger m'avait depuis longtemps convaincue qu'il supprimait toute justice."
"Pour Djamila, l'Affaire, ce n'était pas seulement l'affaire Boupacha, c'était la guerre, c'était la haine."
"Ce qu'il y a de plus scandaleux dans le scandale c'est qu'on s'y habitue", écrit Simone de Beauvoir dans cet essai.
Citations de Gisèle Halimi : Le lait de l'oranger
Avec Le Lait de l'oranger, publié en 1988, Gisèle Halimi délaisse la robe d’avocate pour explorer sa propre mémoire. Dans ce récit autobiographique d’une grande sensibilité, elle remonte aux sources de son insoumission, de son enfance à la Goulette jusqu’à ses premiers combats. Entre la douceur du parfum des orangers et la rudesse des traditions, Gisèle Halimi nous livre ici les racines de son engagement. Une lecture intime qui éclaire d’un jour nouveau la femme de fer qu’elle est devenue.

"Les hommes sont comme les orangers. Il leur faut choisir ce qui les aide à vivre, ce qui les épanouit."
Pouvait-on assimiler, par exemple, les moudjahidins algériens aux malfaiteurs de droit commun ? Ils se battaient pour leur dignité d'homme. De sujets ils se voulaient citoyens. Ils récusaient la loi française, parce que loi d'exception et d'oppression."
"Réfléchis, mon homme, à tes masques virils et à leur inconfort, certains jours, certaines nuits."
Citations de Gisèle Halimi : plaidoirie au procès de Bobigny
Lors du procès de Bobigny, Gisèle Halimi a prononcé des mots qui ont ouvert la voie à la dépénalisation de l'avortement et à la loi Veil. Elle y défendait le droit des femmes à ne plus subir leur biologie comme une fatalité, rappelant que la santé et la dignité des femmes passaient par la maîtrise de leur propre vie, et donc de leur corps.
"Personne ne peut soutenir, du moins je l’espère, que l’on peut donner la vie par échec. Et il n’y a pas que l’échec. Il y a l’oubli. Supposez que l’on oublie sa pilule. Oui. On oublie sa pilule. Je ne sais plus qui trouvait cela absolument criminel. On peut oublier sa pilule.
Supposez l’erreur. L’erreur dans le choix du contraceptif, dans la pose du diaphragme. L’échec, l’erreur, l’oubli… Voulez-vous contraindre les femmes à donner la vie par échec, par erreur, par oubli ? Est-ce que le progrès de la science n’est pas précisément de barrer la route à l’échec, de faire échec à l’échec, de réparer l’oubli, de réparer l’erreur ?
C’est cela, me semble-t-il, le progrès. C’est barrer la route à la fatalité et, par conséquence, à la fatalité physiologique."
À travers ces citations, le combat de Gisèle Halimi s'éclaire et nous rappelle l'urgence de transmettre ce pan de notre histoire collective. Protéger ces droits précieux, c'est rester vigilantes face à leur perpétuelle fragilité et aux menaces auxquelles ils sont sans cesse exposés.


