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Une culture du viol à la française - Valérie Rey-Robert

  • 12 mai
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 mai

L'essai de Valérie Rey-Robert, Une culture du viol à la française : du « troussage domestique » à la « liberté d'importuner », bouleverse profondément. En disséquant les mécanismes de l'impunité des violeurs et les spécificités de notre héritage culturel, l'autrice incite à un changement radical des mœurs sur un sujet qui touche de plein fouet les femmes.


Peinture murale en noir et blanc d'un visage féminin stylisé avec des motifs géométriques. Texture rugueuse du mur en arrière-plan pour illustrer le livre Une culture du viol à la française de Valérie Rey-Robert

« La culture du viol est la manière dont une société se représente le viol, les victimes de viol et les violeurs à une époque donnée. Elle se définit par un ensemble de croyances, de mythes et d'idées reçues autour de ces trois items. »


Nos représentations culturelles et notre héritage n'ont rien de neutre lorsqu'on évoque la culture du viol. L'essai de Valérie Rey-Robert, Une culture du viol à la française, revient sur l'histoire du viol en France (qu'on peut transposer dans le monde), sa pénalisation tardive, son traitement médiatique et nos préjugés sur les « bonnes » victimes. Valérie Rey-Robert déconstruit un discours qui tolère le viol, particulièrement en France, où certains héritages culturels, du « droit de cuissage » au tristement célèbre « troussage », ont longtemps été érigés en normes intouchables. Plus largement, l'essai interroge le sexisme contre lequel nous devons toutes et tous lutter pour déconstruire une virilité violente. Sur ce thème un autre essai de l'autrice nous éclaire : Le sexisme, une affaire d'hommes. Son travail pour responsabiliser les hommes, et les inciter à recadrer tout propos sexiste dans leur entourage ou à interroger leurs propres colère ou violence, est inspirant. Car le silence, le leur avant tout, est responsable de bien des maux.


Couverture du livre Une culture du viol à la française de Valérie Rey-Robert. Design minimaliste, triangle rouge et bleu. Édition Libertalia.
© Libertalia

Pourquoi lire Une culture du viol à la française de Valérie Rey-Robert ?


Des affaires de viol, il y en a tous les jours. Des victimes, il y en a des centaines, des milliers, des millions. En France, les chiffres sont vertigineux : on comptabilise un viol ou une tentative de viol toutes les 8 minutes environ, pour un total dépassant les 200.000 actes chaque année. Si les femmes sont les premières cibles de ce fléau, des hommes en sont également victimes. Pourtant, un fait reste presque impossible à affirmer publiquement sans heurter des mentalités fermées : les agresseurs sont, dans l'écrasante majorité des cas, des hommes. C'est là que réside le cœur du problème.


En refusant de nommer la source de la violence, on s'interdit de la changer. Ce refus de voir la réalité statistique empêche toute remise en question de la construction de la masculinité et maintient le système tel qu'il est. Tant que nous ne pourrons pas dire que les violeurs sont presque exclusivement des hommes, nous ne pourrons pas engager les réformes d'éducation et de sensibilisation nécessaires pour endiguer ce fléau. Lucile Peytavin, une autrice féministe qui fait bouger les lignes, a d'ailleurs calculé le coût des comportements asociaux masculins pour la société dans son essai Le coût de la virilité. Un manque a gagné estimé à plusieurs milliards d'euros chaque année... une somme qui pourrait servir à financer les services publics plutôt que de financer la violence des hommes.


Le viol comme outil de domination


Le viol exprime une volonté de détruire et de soumettre. Contrairement aux idées reçues, les agresseurs ne souffrent généralement pas de misère sexuelle ; ils sont souvent en couple et insérés socialement. Ce qu'ils recherchent, c'est l'écrasement de la volonté de l'autre. C'est l'expression d'une domination qui prévaut sur le consentement. Cette violence prend racine dans l'éducation : celle de garçons parfois formés à ne pas supporter la frustration et à considérer le refus comme un obstacle à balayer. Le plus bouleversant reste la tolérance historique de la société face à la pédocriminalité, des faits trop longtemps acceptés ou justifiés au nom de la liberté sexuelle. Je vous invite à lire les témoignages terribles de Christine Angot avec L'inceste ou de Camille Kouchner avec La familia Grande.


La réalité du viol : sidération et silenciation


L'autrice rappelle une vérité statistique dérangeante : les viols sont essentiellement perpétrés par des proches. Ils surviennent souvent sans violence physique apparente, mais par la contrainte, la surprise ou la menace. Dans l'inconscient collectif, cette réalité a du mal à s'imposer. Qu'il s'agisse d'une femme abusée sous l'emprise de l'alcool, d'une victime en état de sidération psychique, ou d'une personne droguée à son insu, comme dans l'affaire des viols de Mazan, la société peine à qualifier ces actes de viols. Le cas de Gisèle Pelicot est emblématique : sédatée et violée plus de cent fois par une cinquantaine d'hommes pour satisfaire le plaisir sadique de son époux, elle a dû affronter, en plus de l'horreur, le doute et la suspicion lors du procès. Cette négation de la parole des victimes n'est pas nouvelle ; elle s'ancre dans des siècles de silence forcé par peur des représailles.


L'invisibilisation des victimes masculines


Un autre tabou persiste : le viol des hommes. Valérie Rey-Robert souligne que la société refuse d'imaginer qu'un homme puisse être victime d'un autre homme. Cette négation est catastrophique pour la reconstruction de ces victimes dont la souffrance est doublement invisibilisée par les stéréotypes de la force masculine.


Lire Une culture du viol à la française de Valérie Rey-Robert permet donc d'accéder à de précieuses informations sur les violences sexuelles dont les femmes sont les cibles principales et de mieux comprendre la difficile reconstruction des victimes qui ont parfois du mal à se considérer comme telles. Là aussi, le coût pour la société est énorme...


Le rôle de la presse : euphémismes et fabrique de « monstres »


Dans la presse, le recours aux euphémismes est fréquent. On évite de nommer les auteurs de viols ou, pire, on fabrique des figures de « monstres » pour rassurer l'opinion: l'idée étant que les agresseurs ne peuvent être nos pères, nos frères, nos amis ou nos voisins. Pourtant, la statistique est formelle : il n'existe pas un profil type de violeur. Ils appartiennent à toutes les origines, tous les âges et toutes les classes sociales. L'affaire Pelicot en est l'illustration la plus glaçante. Sur le banc des accusés, on retrouve des hommes de 20 à plus de 70 ans : pompiers, journalistes, pères de famille, époux... Cette réalité dérange, car elle met à mal nos mécanismes de déni.


L’analyse des « Unes » de journaux révèle d'ailleurs un traitement à deux vitesses. On ne traite pas de la même manière une personnalité influente, défendue par ses pairs avec des arguments complaisants, et un homme d'origine étrangère. Comme le soulignent de nombreuses autrices féministes, le système tend à présenter l'étranger comme le seul danger réel, servant au passage des agendas politiques clairs. Ce mécanisme produit une dérive très grave : la minimisation des actes commis par les « nôtres ». Pour le «patriote», l'ami, le collègue, on plaidera le « dérapage » nous dit l'autrice. On cherchera des excuses (« il n'est pas comme ça ») tout en fouillant avec une violence inouïe la vie intime de la victime. Qu'elle soit adulte ou enfant, elle devient la cible : on interroge sa tenue, son comportement, sa moralité, pour la rendre responsable du viol qu'elle a subi. C'est le stade ultime de la culture du viol : transformer l'agression en une faute de la victime pour préserver l'image de l'agresseur.


Le mythe des fausses accusations


On théorise souvent sur les « fausses accusations ». Mais au profit de qui ? Pour moins de 10% de plaintes infondées, on en vient à suspecter 100% des plaignantes, jetant un doute systématique sur leur version des faits.

Le traitement judiciaire aggrave ce parcours:

  • Classements sans suite : Le manque de preuves matérielles conduit souvent à l'abandon des poursuites, ce qui ne signifie en rien que l'agression n'a pas eu lieu.

  • Correctionnalisation : On juge parfois aux tribunaux correctionnels pour «agression sexuelle» ce qui relève techniquement du viol (qui devrait être jugé aux Assises), minimisant ainsi la gravité du crime pour désengorger les tribunaux.


Ces citations à retenir dans l'essai de Valérie Rey-Robert sur la culture du viol


Ces extraits issus de l'essai de Valérie Rey-Robert, Une culture du viol à la française, éclairent la mécanique de nos biais sexistes et l'urgence de déconstruire nos imaginaires collectifs.


« On parle de culture du viol pour expliquer qu'il existe, dans la plupart des sociétés, des idées reçues et des préjugés au sujet du viol, des violeurs et des victimes. Ces préjugés conduisent inexorablement à entretenir une atmosphère où les coupables se sentent victimes et les victimes, coupables. Ils empêchent de lutter efficacement contre les violences sexuelles et contribuent à maintenir un climat où le nombre de viols ne peut baisser. »

« La culture du viol est répandue dans toute la société ; elle est partagée par les victimes, leurs proches, les policiers, les gendarmes, les médecins, les juges, les avocats, les journalistes... Bref, par tous ceux qui, de près ou de loin, auront à traiter des violences sexuelles. »


« Lutter contre la culture du viol implique donc, avant tout, de lutter contre nos propres préjugés sexistes. »

Aller plus loin dans vos lectures d'essais féministes


Si le féminisme vous intéresse, notamment pour comprendre l'histoire de la domination masculine, les discours sur la virilité et, plus largement, cette construction sociale qui nous façonne, je vous invite à explorer ces œuvres majeures :


Bien entendu, cette liste n'est qu'un point de départ. Il existe de nombreuses autres voix essentielles pour comprendre les différentes vagues du mouvement et les freins rencontrés. Se documenter, à travers les témoignages et les archives historiques, est le seul moyen d'obtenir une vision précise de l'invisibilisation de la douleur des femmes et de la réalité des violences masculines.

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