Le coût de la virilité - Lucile Peytavin
- 23 mars
- 4 min de lecture
Avec Le Coût de la virilité, Lucile Peytavin déconstruit le mythe de la virilité toxique en s'attaquant aux statistiques : accidents, agressions, emprisonnements, justice, viols, homicides et féminicides... Ces actes sont majoritairement le fait d'hommes, toutes classes sociales confondues.

« La virilité a un coût. Un coût extrêmement élevé. Hommes et femmes, nous en payons tous le prix, financier ou humain. »
Ce livre, publié en 2021, s'appuie sur un constat vertigineux : la population carcérale masculine s'élève à 96,3 %. Les prisons sont remplies d'hommes. Partant de ce chiffre, Lucile Peytavin s'est interrogée sur ce que cette statistique révèle de la violence en France, en collectant des données précises sur la délinquance et la criminalité. Avec Le coût de la virilité, Lucile Peytavin précise qu'elle ne s'attaque pas aux individus, et ne prétend pas que les femmes ne sont jamais violentes. Elle s'attaque à la virilité en tant que construction sociale. Là où une autrice comme Pauline Harmange avec Moi les hommes, je les déteste, interroge la réaction misandre des femmes à la misogynie, Lucile Peytavin, elle, décortique le coût de cette violence pour notre société patriarcale. Et l'addition est salée.
« Avec cet essai, je voudrais alerter sur les comportements asociaux des hommes à travers leur importance statistique, ouvrir une réflexion sociétale autour de la question de la virilité », explique-t-elle.
Les chiffres sur les comportements asociaux des hommes donnent le tournis :
2 millions d'auteurs d'infractions pénales traitées annuellement,
90 % des personnes condamnées,
86 % des mis en cause pour meurtre,
99 % des auteurs de viols,
ou encore 84 % des auteurs présumés d'accidents routiers mortels.
Au total, l'autrice estime à 95,2 milliards d'euros par an le coût des comportements virils sur l'économie française. Face à des sociétés souvent aveugles à ces coûts, elle déconstruit les mythes hérités des « temps des cavernes » et les justifications de rôles assignés qui relèvent d'une construction sociale misogyne. Contre les préjugés naturalistes, elle démontre que la violence n'est pas inscrite dans la nature des hommes, mais résulte de l'éducation. Elle rappelle au passage que les hommes sont aussi les premières victimes de la violence d'autres hommes.
En explorant la culture dans laquelle nous baignons (culture du viol, culture du féminicide, culture de l'inceste), on se rend vite compte de l'invisibilisation des femmes, notamment dans la littérature ou les livres d'histoire. Privées de modèles de réussite car condamnées à l'oubli, elles restent les « grandes oubliées » de l'histoire et victimes de représentations sexistes (pour reprendre le titre de l'essai Les Grandes Oubliées de Titiou Lecoq). On se rend aussi compte de la silenciation des victimes et du peu de réponses judicaires à ces violences systémiques.

Pourquoi lire Le coût de la virilité de Lucile Peytavin ?
Lire Le Coût de la virilité, c'est accéder à des statistiques et des sources solides pour comprendre ce que coûtent à la société les comportements virils. Ce livre révèle le danger que ces normes représentent pour les femmes, mais aussi pour les hommes eux-mêmes, car le coût n'est pas seulement financier : il est aussi humain.
Prendre conscience du chemin à parcourir
Combien de victimes d'accidents ou d'agressions peinent à se reconstruire ? Combien trouvent un réel réconfort dans une justice qui peine encore à pénaliser les auteurs de violences sexuelles, sexistes et conjugales ? Malgré les efforts déployés pour prendre en compte les violences conjugales, le suicide forcé ou les viols, la France a encore un long chemin à parcourir.
L'essor de discours virilistes en ligne est, à ce titre, des plus inquiétants. La journaliste Pauline Ferrari a d'ailleurs publié un ouvrage édifiant sur la radicalisation numérique des plus jeunes, rappelant que la misogynie tue, et ce, depuis des siècles : Formés à la haine des femmes.
Repenser la réponse pénale
Sur la question de la réponse carcérale, le texte de Lucile Peytavin entre en résonance avec une proposition de Lauren Bastide dans Futur·es. Ayant perdu sa sœur, tuée par un homme, Lauren Bastide soutient néanmoins la fin du monde carcéral. Elle estime que la prison, loin de préparer à la réinsertion, détruit encore un peu plus l'humanité chez les auteurs de crimes. La surpopulation carcérale, en plus de son coût financier, est synonyme de mauvais traitements. Pour approfondir cette réflexion sur l'univers carcéral, je vous conseille vivement d'écouter le travail de Charlotte Bienaimé sur la place des femmes en prison à travers l'épisode Prisonnières et visiteuses. On y découvre que la société n'a pas pensé ces structures pour les femmes, exacerbant ainsi les biais d'une société partiarcale.
Ces citations à retenir de cet essai de Lucile Peytavin
Voici les citations que j'ai choisie pour résumer l'essence de l'essai Le coût de la virilité de Lucile Peytavin.
« Les violences envers les femmes constituent in fine une dramatique manière pour les hommes de réaffirmer les rapports de pouvoir constitutifs des rapports sociaux de sexe. »
« La virilité profite aux hommes en assurant leur domination, mais les détruit dans le même mouvement. »
« Je résumerai ainsi les choses : si tous les hommes ne sont pas des criminels et des délinquants, la quasi-totalité des criminels et des délinquants sont des hommes. »
Aller plus loin dans vos lectures féministes
Il existe de très nombreuses publications féministes, et certaines entrent en résonance directe avec les thèmes abordés par Lucile Peytavin. Je pense par exemple au livre Les Couilles sur la table de Victoire Tuaillon, qui décortique la construction des masculinités. Je pense aussi aux essais de Lauren Bastide, comme Présentes, qui interroge la place des femmes dans l'espace public. Le travail de Rose Lamy est également essentiel : Défaire le discours sexiste dans les médias démonte les biais de traitement de l'information, tandis qu'En bons pères de famille met en lumière les constructions sociales autour de la figure paternelle et la protection des agresseurs.
Ces lectures sont fondamentales : le sujet reste d'actualité pour faire avancer les choses, afin d'atteindre enfin une forme de paix entre les genres, pour une vie plus riche et plus libre.


