Moi les hommes, je les déteste - Pauline Harmange
- 22 mars
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 mai
Moi les hommes, je les déteste de Pauline Harmange est un pamphlet sur la misandrie. Une détestation des hommes justifiée par des siècles de misogynie, qu'elle explique dans ce court essai féministe ayant fait grand bruit lors de sa parution, allant jusqu'à indisposer certains hommes de pouvoir qui ont tenté de le faire censurer.

« Tant qu'il y aura des hommes misogynes, des hommes qui s'en lavent les mains et une société qui les accepte et les encourage, il y aura des femmes qui, lassées, refuseront de faire encore les frais de relations épuisantes et parfois même dangereuses. »
Telle est à mes yeux la citation la plus percutante de cet essai de Pauline Harmange, Moi les hommes, je les déteste. Ce texte féministe érige la misandrie comme un rempart à la misogynie ambiante dans laquelle les femmes baignent depuis des siècles. Une misogynie dangereuse pour elles, soumises à une violence systémique, dans l'intimité comme dans le domaine public.
Dans un monde pensé par des hommes pour des hommes, les avancées significatives ont dû être arrachées de haute lutte par des féministes engagées contre des lois bafouant leurs droits. Pourtant, reconnaître la violence systémique décrite par l'autrice ne va pas de soi. La silenciation des voix féminines est bien plus commode au bon fonctionnement du patriarcat, et les privilèges masculins ne sont pas toujours faciles à déconstruire. Pour y parvenir, il faut du dialogue et de l'écoute, certes, mais aussi parfois de la fermeté, de la colère, et non de la douceur ou de la docilité !

Pourquoi lire Moi les hommes, je les déteste de Pauline Harmange ?
Pauline Harmange invoque la misandrie comme un « principe de précaution » face à la misogynie, cette dernière étant responsable de violences systémiques que l'on a trop souvent tenté de faire passer pour de simples faits divers, déniant ainsi la réalité éprouvée par de nombreuses femmes. Selon l'autrice, qui se revendique misandre, ce postulat est un moyen de se révéler à soi-même, une véritable « porte de sortie » face à la violence structurelle envers les femmes. Cette détestation ne s'adresse pas à des individus isolés sans raison, mais se base sur l'observation d'un groupe social ; elle est alimentée par la somme de connaissances acquises par la pensée féministe sur la domination masculine.
L'essai interroge la place des femmes dans le système patriarcal et pose une question fondamentale : pourquoi la haine des femmes, construite et héritée par des siècles de culture, est-elle à ce point admise alors que la misandrie est perçue comme une menace, quand elle n'est en réalité qu'une réaction à la première ? La réponse à ce déséquilibre devrait être politique, passant par des choix plus protecteurs, mais aussi par l'éducation et la justice. Dans ce contexte, la misandrie et la sororité apparaissent alors comme des bouées de sauvetage nécessaires dans un monde à la dérive. Et sur la construction de la haine des femmes, je vous invite à lire l'essai éclairant de Pauline Ferrari, Formés à la haine des femmes. La journaliste y décortique comment la misogynie n'est pas innée, mais inculquée, notamment à travers les nouveaux canaux de socialisation masculine en ligne.
Ces citations à retenir de cet essai de Pauline Harmange
Pour capter l'essence de Moi les hommes, je les déteste de Pauline Harmange, j'ai sélectionné pour vous quelques citations.
« Les hommes qui croient que le patriarcat n'est que le fruit de l'imagination des féministes et non une réalité, font également partie du système sexiste. »
« Pourquoi les hommes détestent-ils les femmes, eux ? »
« Les masculinités toxiques qui nous oppressent sont forgées dans les cercles masculins fermés. »
« Je parlerai donc de misandrie comme d'un sentiment négatif à l'égard de la gent masculine dans son ensemble. »
« Le moins que puisse faire un homme face à des femmes au discours misandre, c'est de se taire et d'écouter. »
Aller plus loin dans vos lectures féministes
On entend souvent parler de féminisme radical. Détester les hommes ou se détourner de l'hétérosexualité serait, pour certains, une forme de radicalité extrême. Toutefois, ce terme de « radical » doit être pris avec précaution : ces choix de vie ne sont finalement que l'aboutissement d'une pensée féministe désabusée face aux rapports de pouvoir réels entre les genres. C’est une suite logique, une acceptation de soi et un choix éclairé qui s’opère sans violence.
Pour aller plus loin, je vous suggère la lecture de La chair est triste hélas d'Ovidie, qui revient sur la décision d'une grève du sexe hétérosexuel après des années de rapports empreints de violence. Je pense également, sur ce thème, à l'essai Vivre avec les hommes de la philosophe Manon Garcia, qui livre ses réflexions suite au procès Pelicot. On y apprend que des dizaines d'hommes ont abusé d'une femme qui avait littéralement l'apparence d'une morte. Ces images, filmées par Dominique Pelicot et diffusées lors du procès, ont profondément choqué la philosophe, et il y a de quoi. Cela pose une question de fond : comment vivre avec les hommes et les aimer lorsque l'on assiste à de telles représentations de la violence masculine ? Des hommes ordinaires, nos pères, nos frères, nos amis, se rendant dans une maison pour abuser d'une femme sédatée. Cette interrogation rejoint l'enquête de Mathieu Palain sur les auteurs de violences conjugales, ainsi que le texte de Francis Dupuis-Déri, La crise de la masculinité, autopsie d'un mythe, qui déconstruit le discours d'hommes s'accrochant à leurs privilèges plutôt que d'accompagner l'émancipation des femmes.
Je pense également aux essais essentiels de Valérie Rey-Robert, Le sexisme, une affaire d'hommes ou Une culture du viol à la française, ainsi que La culture du féminicide d'Ivan Jablonka, qui nous révèlent à quel point nous baignons dans un monde misogyne. Dès lors, la misandrie revendiquée avec joie par Pauline Harmange apparaît comme un moindre mal, une conséquence directe de siècles de violences. Une des solutions se trouve peut-être chez bell hooks avec À propos d'amour, qui souhaitait ériger l'amour en valeur politique universelle. Car cette violence prend racine dans une socialisation où l'amour, le vrai, fait le plus souvent défaut.


