Le sexisme, une affaire d’hommes - Valérie Rey-Robert
- Marion Marten-Pérolin

- 13 mai
- 5 min de lecture
Nous baignons dans un monde de références misogynes et celles-ci imprègnent nos imaginaires et notre quotidien. L'essai Le sexisme, une affaire d'hommes de Valérie Rey-Robert est un livre essentiel pour comprendre ce phénomène et, surtout, pour apprendre à le combattre efficacement. L'autrice nous offre des clés de lecture indispensables pour sortir du déni collectif et engager un véritable changement des mentalités.

« Je prends le pari un peu fou que la violence que les hommes exercent sur les femmes, mais aussi sur les enfants, entre eux et sur eux-mêmes peut drastiquement diminuer si nous acceptons d'examiner ce qui la produit. »
Pour Valérie Rey-Robert, cette violence est avant tout le fruit de la virilité et de la misogynie. Réalités insidieuses de notre société, il est essentiel d'en comprendre les mécanismes pour pouvoir les combattre efficacement.
Dans son essai Le sexisme, une affaire d'hommes, l'autrice décortique les différentes formes de sexisme et démontre comment les hommes sont à la fois les acteurs et les bénéficiaires du système patriarcal. Elle passe également au crible la virilité, cette construction qui pousse les hommes à une violence qu'ils exercent aussi bien sur les autres que sur eux-mêmes.
En nommant le sexisme et en identifiant clairement les auteurs de violences, Valérie Rey-Robert pose les bases d'une révolution féministe nécessaire. Le sexisme relève de la responsabilité des hommes : ils doivent lutter contre leur propre penchant à la domination, mais aussi prendre la parole et défendre les femmes dans leurs cercles où la misogynie est encore trop souvent banalisée, voire valorisée.

Pourquoi lire Le sexisme, une affaire d’hommes de Valérie Rey-Robert ?
Les statistiques sont effarantes : le sexisme tue. Et ce sont, dans une écrasante majorité, des hommes qui tuent, violent et agressent. Partout dans le monde, des femmes, des enfants, mais aussi d'autres hommes subissent de plein fouet les conséquences d'une virilité toxique. Ce phénomène a notamment été observé par l'autrice Lucile Peytavin, qui a chiffré le coût de la virilité pour la société française à près de 95 milliards d'euros par an. Pourtant, malgré ce coût humain et financier colossal, les lignes bougent peu. On accuse souvent les féministes de tous les maux, car elles décrivent un monde qui domine les femmes, instrumentalise leurs corps, profite de leur travail gratuit et les violente.
Le piège de la virilité
Valérie Rey-Robert interroge ici la construction de la virilité et la socialisation genrée qui produit des comportements violents, dès l'enfance. Si l'on schématise : on apprend aux petites filles à se taire, à être douces et dévouées, tandis que l'on incite les petits garçons à être autonomes, durs, voire agressifs. On leur apprend la compétition, le rejet de l'homosexualité et le refoulement des émotions.
Le constat est amer : cette virilité n'a rien d'inné et ne rend pas les hommes heureux. Au sein même de la masculinité, on observe une division entre les « vrais » hommes et ceux jugés « efféminés ». Le patriarcat rejette violemment tout ce qui a trait au féminin, instillant très tôt dans l'esprit des garçons la peur d'être rejetés s'ils ne se conforment pas au groupe. Ils se heurtent ensuite à une réalité difficile : l'incompréhension face au rejet des femmes. En valorisant des comportements sexistes, le patriarcat isole les hommes.
Penser que la violence, psychologique, économique ou physique, est attirante est une erreur fondamentale qui mène à une profonde misère affective. Ce script mortifère est alimenté par une « culture du viol » qui banalise les agressions et déresponsabilise les auteurs, un thème que l'autrice analyse d'ailleurs dans un autre essai essentiel.
La dérive masculiniste
Selon Valérie Rey-Robert, il existe plusieurs formes de sexisme : ordinaire, bienveillant ou institutionnel. Il est crucial de comprendre que des biais sexistes persistent, même chez ceux qui se pensent « déconstruits » ou alliés de la cause. Au lieu d'interroger le sexisme, certains hommes s'en prennent aux féministes, entrant dans une spirale masculiniste dangereuse. Ils deviennent, sans le savoir, la cible de gourous qui les manipulent pour obtenir de l'argent, les enfermant dans des discours misogynes en ligne. L'enquête de Pauline Ferrari, Formés à la haine des femmes, révèle d'ailleurs comment les algorithmes piègent les plus jeunes dans une sphère déprimante où la femme est présentée comme la cause de leur douleur.
Ce que l'autrice attend des hommes
Valérie Rey-Robert appelle les hommes à écouter les femmes et à réaliser l'impact de cette différence de socialisation. Le monde n'est pas habité de la même façon : les villes ne sont pas pensées pour les femmes, leur santé n'est pas une priorité, leur douleur est souvent niée et les violences qu'elles subissent sont minimisées. Faute de réel projet politique, la société peine à endiguer ce fléau, d'autant que les sphères de pouvoir restent majoritairement occupées par des hommes pour qui ces sujets ne sont pas toujours perçus comme des priorités.
« Si votre première réaction, lorsqu'une femme parle d'une expérience sexiste ou d'une violence sexuelle qu'elle a subie, est de penser à vous, vous faites partie du problème», précise l'autrice...
Lire Le sexisme, une affaire d’hommes, c'est comprendre que notre société est structurellement sexiste, que la virilité telle qu'elle est construite est responsable de la misère des hommes, et surtout, qu'une autre organisation sociale est possible.
Ces citations à retenir dans cet essai de Valérie Rey-Robert
L'essai de Valérie Rey-Robert sur le sexisme secoue les préjugés et interroge nos responsabilités individuelles et collectives. J'ai sélectionné ces quelques passages qui me semblent essentiels pour comprendre les rouages du patriarcat et la manière dont la virilité impacte toute la société.
« Les hommes se suicident beaucoup plus que les femmes. Les hommes meurent davantage sur la route que les femmes. Les hommes causent davantage d'accidents routiers mortels que les femmes. Les hommes ont plus d'accidents que les femmes. Les hommes sont les principaux auteurs d'homicides involontaires. Les hommes sont les principaux auteurs de meurtres et d'assassinats. Les hommes sont les principaux auteurs de tous les crimes et délits. Les hommes sont les principales victimes d'homicides. Les hommes sont les principaux auteurs de coups et blessures. Les hommes sont dans l'immense majorité responsables des violences sexuelles sur les mineur·es, les femmes et les hommes. »
« La virilité n'est ni statique ni intemporelle ; elle est historique et construite. »
« On a souvent tendance à parler de "violences faites aux femmes" en oubliant les auteurs de ces violences. »
Aller plus loin dans vos lectures féministes
Sur la question des masculinités et de la virilité, je vous invite à découvrir On ne naît pas mec, on le devient de Daisy Letourneur, ainsi que l'incontournable Les couilles sur la table de Victoire Tuaillon. Ces deux autrices décrivent et déconstruisent les normes sociales masculines qui, bien souvent, font également souffrir les principaux intéressés.
Je vous recommande également l'essai Libérées de Titiou Lecoq, qui analyse le conditionnement des femmes au soin des autres et de leur intérieur. Sur la question du sexisme et de ses conséquences historiques, son ouvrage Les grandes oubliées nous en apprend beaucoup sur l'invisibilisation des femmes à travers les siècles. Elle y dénonce un récit historique quasi exclusif, où les hommes semblent être les seuls personnages dignes de postérité.
Dans un autre registre, le travail de Svetlana Alexievitch (Prix Nobel de littérature), notamment dans La guerre n'a pas un visage de femme, est bouleversant. Elle y démontre que les femmes ont, elles aussi, fait la guerre, avant d'être renvoyées à leurs cuisines avec leurs traumatismes, privées trop souvent de reconnaissance.


