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Affaires de femmes - Anne Bouillon

  • 10 mai
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 mai

L'essai d'Anne Bouillon, Affaires de femmes : Une vie à plaider pour elles, illustre le travail titanesque de l'avocate pour protéger la parole des femmes et défendre leurs droits au sein d'une société encore profondément misogyne et violente. À travers son expérience du barreau, elle livre un témoignage crucial sur la réalité judiciaire des violences sexistes.


Statue d'un ange tenant une couronne de laurier, debout sur une colonne ornée. Fond blanc, ambiance majestueuse et intemporelle pour illustrer la justice et l’essai Affaires de femmes d'Anne Bouillon

« Je défends des femmes contre leurs agresseurs et il me faut parfois les défendre aussi contre la justice. »


Le constat est sans appel : à travers le monde, une femme meurt toutes les 11 minutes sous les coups d'un partenaire ou d'un membre de sa famille, et une femme est victime de viol toutes les 9 minutes. Dans l'écrasante majorité des cas, les auteurs de ces violences sont des hommes. L'autrice Anne Bouillon défend ces femmes dans l'arène judiciaire et témoigne dans son essai Affaires de femmes, qui retrace le parcours de nombreuses clientes qu'elle a accompagnées.


On pourrait espérer un monde judiciaire où le sexisme n'a pas sa place et pourtant... il y est solidement installé. Banalisation des violences conjugales, justifications sexistes, chambres d'écho de discours misogynes : c'est toute une culture qu'il faut démonter. Il s'agit d'un travail remarquable pour la Cause des femmes, si chère à Gisèle Halimi. Un combat de tous les instants, à la croisée de la culture du viol, de la culture du féminicide et de celle de l'inceste. À travers ce récit, on réalise à quel point notre société baigne encore dans une culture patriarcale violente. Pour prolonger cette lecture, l'essai a également été adapté en roman graphique sous le titre : Les femmes ne meurent pas par hasard.


Portraits de femmes en bleu et orange sur fond blanc. Texte: "Anne Bouillon, Affaires de Femmes, Une vie à plaider pour elles". Moods déterminés.
© L'iconoclaste

Pourquoi lire cet essai d'Anne Bouillon ?


Alors que les mots des hommes saturent l'espace public, la voix des femmes est trop souvent silenciée ou discréditée. Suspecte, jugée inutile, elle se heurte à un mur : si la présomption d'innocence des accusés est rappelée à l'envi, celle des victimes est quasi inexistante, ces dernières portant souvent la responsabilité totale de l'accusation. À travers cet essai, Anne Bouillon tord le cou aux préjugés et éclaire d'une lumière froide la réalité du terrain.


Le traitement médiatique et la haine systémique


Il est crucial de se pencher sur le traitement médiatique de ces violences. Comme le propose Rose Lamy dans Défaire le discours sexiste dans les médias, il faut dénoncer la relégation des féminicides aux rubriques « faits divers ». Longtemps banalisés, parfois même utilisés comme « clickbait » avec un humour douteux, ces crimes sont le fruit d'une construction historique millénaire. Cette banalisation est aujourd'hui amplifiée par les réseaux sociaux. Pauline Ferrari, dans Formés à la haine des femmes, nous révèle comment des bulles toxiques masculinistes ciblent les plus jeunes. On minimise l'impact de ces discours et on responsabilise les victimes dans un gaslighting institutionnalisé, par complaisance mais aussi par manque de moyens et de projet politique global.


Le coût du patriarcat et la double peine


Anne Bouillon rappelle un élément glaçant :


« Chaque année en France, sur les 213.000 femmes victimes de violences physiques ou sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint, seules 18% déposent plainte. »

Reconnaître l'ampleur du problème demanderait de déconstruire un mythe tenace. Lucile Peytavin a d'ailleurs estimé le coût de la virilité à plusieurs dizaines de milliards d'euros par an. Pourtant, pour justifier l'absence de solutions concrètes, on continue de discréditer la parole des femmes au motif qu'elles ne seraient pas de « bonnes victimes » et qu'elles « désirent ou recherchent » ce qui leur arrive . C'est la victimisation secondaire : après l'agression, elles deviennent victimes des institutions. Une double peine où le doute profite à l'accusé et où la menace de diffamation sert de bâillon.


Sortir de la figure du « monstre »


Finalement, le silence semble arranger un système judiciaire qui ne pourrait supporter un afflux massif de plaintes. Pour que cela change, Anne Bouillon nous invite à dépasser la figure du « monstre ». L'image du monstre dédouane les hommes violents (« je ne suis pas comme lui »). Il faut au contraire leur apprendre qu'ils sont régis par des mécanismes de domination qui les dépassent, sans pour autant les déresponsabiliser. Lire cet essai d'Anne Bouillon, c'est accepter de libérer la parole des femmes pour enfin interroger une masculinité coûteuse à tous les niveaux de notre société.


Ces citations à retenir dans l'essai Affaires de femmes d'Anne Bouillon


À travers ces citations, vous comprendrez mieux le travail essentiel d'Anne Bouillon pour la cause des femmes et l'état des lieux alarmant des violences sexistes dans notre société. Son regard d'avocate nous offre une perspective juridique et humaine indispensable.


« Notre condition transcende nos statuts sociaux, nos lieux de vie, nos métiers, nos origines, nos croyances. Nous faisons l'expérience de notre sexe et donc du sexisme, de la misogynie ou de la violence du patriarcat, et cela constitue notre dénominateur le plus commun. »

« À défendre l'une puis l'autre, puis une autre encore, je défends désormais la cause des femmes. »


« La culture du viol, cette idée qui veut que la victime d'un viol soit coresponsable, a éloigné durablement les femmes de la justice dans une crise de confiance terrible. »

« La violence sexuelle structure notre société (...) Le viol comme phénomène social a été nié, banalisé, puis criminalisé et sa définition a de maintes reprises été réformée. »


« Les femmes meurent en masse parce que les hommes les tuent. Les hommes les tuent parce qu'elles sont des femmes. »

Aller plus loin dans vos lectures sur ce thème


Le sujet des violences sexistes est éprouvant, mais il est nécessaire de s'informer pour comprendre l'environnement politique dans lequel chacun et chacune évolue. Pour approfondir ce thème, je vous conseille la lecture du Prix Goncourt des lycéens, La nuit au cœur de Nathacha Appanah, qui décortique la mécanique infernale des féminicides. Dans un registre tout aussi frappant, l'essai d'Ivan Jablonka, La culture du féminicide, met en lumière comment la banalisation des représentations de femmes mortes a façonné notre regard au fil des siècles. Le bilan des violences masculines et de leurs conséquences est tel qu'il peut donner le vertige. L'actualité récente nous le rappelle cruellement avec le témoignage de Gisèle Pelicot, Et la joie de vivre, qui revient sur l'affaire des viols de Mazan. La philosophe Manon Garcia, qui a suivi ce procès historique, propose d'ailleurs une réflexion majeure dans son essai Vivre avec les hommes. Face à ces constats, la question du vivre-ensemble se pose légitimement. L'éducation apparaît alors comme un fil d'or, à condition d'y mettre les moyens nécessaires et de regarder la réalité en face.

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