Formés à la haine des femmes - Pauline Ferrari
- 9 mai
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Dernière mise à jour : 12 mai
Dans son essai édifiant Formés à la haine des femmes, la journaliste indépendante Pauline Ferrari analyse les rouages des discours masculinistes qui pullulent sur les réseaux sociaux. Ce texte publié en 2023, construit comme une enquête, décrypte l'endoctrinement des plus jeunes et l'émergence de bulles sexistes. Ces espaces propagent des idées rétrogrades qui mettent à mal le vivre-ensemble et le respect fondamental des femmes.

«La pensée masculiniste et antiféministe est aussi omniprésente que diffuse : toutes ces communautés ne sont qu'un miroir déformant de ce qui se joue hors ligne. Considérer les masculinistes comme des monstres, des fous ou des déviants marginaux est une diversion occultant le grand ballet de la domination masculine qui, lui, sévit dans toutes les sphères de notre société.»
Les réseaux sociaux sont-ils le miroir de nos peines ? À travers l'essai Formés à la haine des femmes, Pauline Ferrari traque les contenus misogynes qui se propagent comme des virus. La cible privilégiée de ces discours ? Les adolescents. Armés d'un accès illimité aux plateformes et soumis à des algorithmes obscurs, ils deviennent les proies d'une rhétorique violente.
Sous couvert de bienveillance, car ces discours sont parfois d'une insidiosité redoutable, ces influenceurs et communautés prétendent aider les jeunes hommes à obtenir une «meilleure vie». Pourtant, les modèles proposés sont rarement synonymes de joie de vivre. Loin d'être des loups solitaires ou des monstres, ces masculinistes sont organisés et portent une pensée d'extrême droite (misogyne, homophobe, raciste et antisémite), nous explique l'autrice, spécialiste des nouvelles technologies.
À travers ces ambassadeurs de la mort, c'est une tentative de garder le pouvoir, d'assurer la reproduction du patriarcat et de sa légitimité sur le dos des femmes. Cette haine délibérée est à opposer à la misandrie décrite par Pauline Harmange dans Moi les hommes, je les déteste. Là où le masculinisme est un outil de domination, le texte de Pauline Harmange est un cri du cœur né de la détestation du sexisme et de la violence: une réaction légitime face à l'oppression masculine.

Prédation du corps et de l'esprit
On pourrait penser que les contenus masculinistes sont des phénomènes isolés, sans grande incidence sur l’esprit des plus jeunes. Ce serait faire une erreur d'analyse majeure. En réalité, les investissements idéologiques de ces communautés portent leurs fruits. Pour preuve, l'essai de Pauline Ferrari publié en 2023 démontre l'organisation de la promotion d'idées mortifères qui s'ancre petit à petit dans les esprits. C'est ce que révèle une étude Ipsos publiée en 2025: la génération Z est aujourd’hui très clivée sur le sujet de l’égalité femmes-hommes, prouvant qu'avec des moyens importants, et une organisation bien rodée, ces contenus atteignent leur objectif.
« 57 % des membres de la Gen Z à travers le monde trouvent que l’on en demande trop aux hommes dans la promotion de l’égalité (43 % en France). Chez les Gen Z, au niveau global, 6 hommes sur 10 partagent cette opinion contre près de 4 femmes sur 10, démontrant une importante polarisation selon le genre au sein de cette génération. »
Désarmés face aux algorithmes et aux bulles d’information, les adolescents plongent la tête la première dans un monde viriliste violent. Ils subissent de plein fouet les attentes d’un moule toxique. Cette banalisation de la violence surfe sur le besoin d’amour et de reconnaissance de jeunes adultes qui, parfois en difficulté dans leurs relations, se tournent vers des gourous payants. Ces derniers leur expliquent, sans jamais donner la parole aux principales concernées, ce que « veulent » les femmes et comment les séduire.
Du contrôle à la violence extrême
Plus grave encore, certains de ces contenus glissent vers l'apologie du crime, expliquant comment abuser des femmes. Ce scandale a été mondialement mis en lumière par le procès des viols de Mazan et l'affaire Gisèle Pelicot. C’est cette réalité, celle d’une prédation organisée et numérisée, que décortique Pauline Ferrari au fil des pages de cet essai.
Hypocrisie mondiale
Il est frappant de constater à quel point les GAFAM échouent, ou refusent, de modérer les contenus sexistes incitant à la haine, voire relevant de la traite humaine, tout en censurant activement le discours des victimes. Les mots «viol» ou «violences sexuelles» sont souvent pénalisés par les algorithmes, tout comme les représentations naturelles du corps féminin, telles que les taches de règles.Nous faisons face à une politique binaire révoltante : d'un côté, la banalisation des violences faites aux femmes, couplé au cyberharcèlement ; de l'autre, l'invisibilisation forcée de leur réalité et de leur parole.
Une mécanique infernale et meurtrière
Si l'autrice aborde la figure des Incels (célibataires involontaires), il est essentiel de rappeler que le sexisme et la misogynie tuent chaque jour, partout dans le monde, et ce depuis la nuit des temps. L'histoire est jalonnée de ces drames, à l'image du massacre de 14 jeunes femmes à l’École Polytechnique de Montréal en 1989, ciblées uniquement parce qu'elles étaient des femmes.
Cette haine n'est pas confinée au web ; elle imprègne les commissariats (comme le décrit si bien Nathacha Appanah dans La nuit au cœur), les tribunaux, la sphère politique, le monde des lettres, du sport, du théâtre, du cinéma... Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter les épisodes «Au procès des folles» ou «Inventer une thérapie féministe» du podcast Un podcast à soi de Charlotte Bienaimé sur Arte Radio.
Il n'est donc pas étonnant que la série Adolescence de Stephen Graham et Jack Thorne ait remporté de nombreux prix. En mettant en scène un féminicide au sein d'un lycée, elle illustre parfaitement le danger des discours masculinistes qui s'insinuent dans les esprits. C'est une véritable «propagande» et un viol des foules. Sur ce thème, le documentaire La Manosphère de Louis Theroux (disponible sur Netflix) est une ressource précieuse. Il met en lumière les techniques sophistiquées utilisées par les influenceurs pour diffuser massivement des contenus problématiques et recruter de nouveaux adeptes.
Ces citations à retenir dans l'essai Formés à la haine des femmes de Pauline Ferrari
Parce que cet essai est essentiel pour comprendre le monde dans lequel nos hommes évoluent, les contenus qui leurs sont proposés et le mecanisme de propagation de ces idées sexistes et mysogine, j'ai compilé pour vous des extraits de Formés à la haine des femmes de Pauline Ferrari.
« Le masculinisme, c'est une idéologie qui vise à défendre les "droits des hommes" et à dominer les femmes. »
« La violence est un continuum qui n'exclut pas les espaces numériques, et se pencher sur les chiffres des cyberviolences permet de constater l'ampleur du phénomène. »
« Les communautés masculinistes entretiennent un rapport complaisant à la pédocriminalité et à l'inceste. »
« Avec très peu de moyens, propager de fausses informations devient un jeu d'enfant, et la viralité du Web simplifie leur diffusion. »
Aller plus loin dans vos lectures féministes
Pour approfondir cette thématique et comprendre comment ces discours s'ancrent dans notre quotidien, je vous invite à découvrir plusieurs essais essentiels. Tout d'abord, Défaire le discours sexiste dans les médias de Rose Lamy, qui pointe la banalisation des violences faites aux femmes dans la presse, où certains féminicides sont dédramatisés au profit d'un humour bas de gamme ou de raccourcis dangereux. Dans cette même lignée, l'ouvrage de Valérie Rey-Robert Une culture du viol à la française analyse la construction sociétale de cette banalisation, tandis que l'essai La culture du féminicide d'Ivan Jablonka revient sur des siècles de représentations de femmes mortes, souvent érotisées, qui finissent par rendre ces tragédies ordinaires.
Par ailleurs, l'œuvre de Francis Dupuis-Déri est cruciale pour démonter le mythe de la « crise de la masculinité ». Il démontre que ce discours est en réalité une stratégie pour freiner l'avancée des droits des femmes. En désignant ces dernières comme responsables de la misère des hommes, la société patriarcale se dédouane de sa propre violence et érige les hommes contre les femmes, empêchant toute relation véritablement respectueuse et harmonieuse. Enfin, pour opposer un projet d'espoir à cette haine systémique, je ne peux que vous conseiller les essais de bell hooks : La volonté de changer ou encore À propos d’amour. Elle y propose de transformer nos rapports sociaux en érigeant l'amour en une véritable valeur politique et révolutionnaire.


