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Défaire le discours sexiste dans les médias - Rose Lamy

  • 11 mai
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 mai

Avec Défaire le discours sexiste dans les médias, Rose Lamy propose une veille médiatique effarante sur le sexisme banalisé qui imprègne la presse. À travers une analyse rigoureuse, elle signe un essai indispensable sur le poids des mots, la responsabilité des journalistes et la persistance de notre héritage culturel patriarcal.


Femme en noir et blanc, examinant des journaux muraux avec intensité. Main tendue, arrière-plan flou, ambiance sérieuse pour illustrer Défaire le discours sexiste dans les médias de Rose Lamy.

« Dans les médias, les euphémismes sont innombrables quand il s'agit de qualifier une agression sexuelle ou un viol, et paradoxalement, ils pullulent surtout quand les victimes sont des mineurs. »


Rose Lamy est une sentinelle. Son travail a débuté sur Instagram, où elle compilait les titres sexistes repérés dans la presse. Cette veille informationnelle est devenue essentielle pour déconstruire un discours qui, trop souvent, déresponsabilise les agresseurs et se moque des victimes.


Avec Défaire le discours sexiste dans les médias, Rose Lamy ne se contente pas de dénoncer. Elle livre une démonstration féministe puissante sur des mécanismes misogynes si profondément banalisés que l'opinion publique n'en est même plus choquée. Il est temps de redonner aux mots leur véritable sens et de briser ce cercle vicieux de la "silenciation".


Couverture d'un livre violet avec texte blanc et bleu. Titre: "Préparez-vous pour la bagarre" par Rose Lamy.
© Points

Pourquoi lire Défaire le discours sexiste dans les médias de Rose Lamy?


Rose Lamy a écrit cet essai dans l'urgence. Elle y dénonce la banalisation des violences faites aux femmes au sein de nombreux médias nationaux. L’ouvrage s’ouvre sur un rappel nécessaire de l'affaire Cantat-Trintignant. À l’époque, une partie de la presse titrait sur le « crime passionnel » d’un homme qui « aimait trop », occultant la violence des coups portés et l’agonie de la victime, la souffrance de ses proches aussi. Le documentaire De rockstar à tueur : Le cas Cantat diffusé sur Netflix montre l'envers du décor de ce féminicide qui a bouleversé la France.


L’inversion systémique de la responsabilité


Selon l’autrice, on assiste à une véritable inversion des responsabilités. Phénomène intéressant : le traitement médiatique consacre souvent plus d'espace aux auteurs qu’aux victimes. Comme le souligne l'avocate Anne Bouillon dans son essai Affaires de femmes, le discours dominant tend même à présumer l'innocence des agresseurs tout en sous-entendant que la parole des femmes est sujette à caution. Les nuances linguistiques sont d'ailleurs révélatrices: on parle d'assassin ou d'agresseur « présumé » (ce qui est juridiquement juste), mais aussi de « victime présumée », instillant l'idée qu'elle pourrait ne pas l'être. Ces glissements de vocabulaire profitent systématiquement aux agresseurs, jamais aux victimes. Pourtant, le constat devrait être inverse : la parole des victimes, qui n'ont rien à gagner à dénoncer des violences au prix de leur épargne et de leur santé mentale, devrait être le point de départ de l'enquête. Rose Lamy fait le même constat et démontre que ce traitement médiatique n’est ni accidentel, ni anecdotique : il est le reflet d'une société imprégnée de préjugés qu'il est urgent de déconstruire pour aborder ces sujets avec dignité.


Sortir du mythe du « monstre »


Rose Lamy redonne un corps et une voix aux victimes, femmes, enfants, personnes en situation de handicap, pour contrer leur invisibilisation. Elle interroge également l'identité des agresseurs. Contrairement aux idées reçues parfois instrumentalisées par certains discours politiques, l'agresseur n'est pas systématiquement une figure marginale ou étrangère. Les procès récents (comme celui des viols de Mazan) montrent la «banalité» des profils : des voisins, des collègues, des pères de famille ou des célébrités adulées. La violence masculine traverse toutes les classes sociales et toutes les origines. En érigeant l’agresseur en « monstre » exceptionnel, on évite de regarder en face la réalité d'une domination masculine globale et d'une violence virile qui coûte cher. Pour approfondir cette réflexion, je vous conseille également la lecture de son autre essai essentiel : En bons pères de famille. Rose Lamy y décortique la place du patriarche dans notre société et comment cette figure de respectabilité sert de rempart à l'impunité masculine.


Le « Boy’s Club » et le poids des mots


L’essai met en lumière le concept du « Boy’s Club », ces réseaux d’hommes de pouvoir capables de présenter leur vérité comme la seule fiable et de se protéger entre-eux.

Rose Lamy cite :

« Ces hommes ont ce pouvoir de présenter leur vérité comme étant la seule valable ».

Grâce au mouvement #MeToo, cette omerta s'est fissurée, mais il y a encore du travail. Une autre autrice a travaillé sur l'aculturation des femmes aux agressions sexuelles : Valérie Rey-Robert qui explique comment les médias véhiculent une « culture du viol à la française » et des propos sexistes à foison.


Le silence comme outil de survie du système


Comment une démocratie peut-elle ignorer ses propres statistiques ?

  • Un viol déclaré toutes les 40 minutes.

  • Trois féminicides par semaine.

  • 400.000 interventions de police par an pour violences intrafamiliales.

  • Un·e Français·e sur dix victime d'inceste.


Le silence et le déni permettent de « faire société » à moindre frais. L'omerta, illustrée par l'affaire Epstein, protège aussi des élites et des hommes de pouvoir. Et en déshumanisant les victimes par des figures de style alambiquées, les médias minimisent l'horreur, comme dans l'affaire Chahinez Daoud, relatée par Nathacha Appanah dans La nuit au coeur.


Le sophisme du discrédit féministe


Enfin, l'autrice analyse la manière dont les luttes féministes sont traitées. Par un renversement rhétorique surprenant, ce ne sont plus les agresseurs masculins qui sont présentés comme responsables du trouble social, mais les femmes qui dénoncent la violence. Des femmes qualifiées de "sales connes" au plus haut sommet de l'état. En discréditant le mouvement, on évite d'engager les mutations profondes nécessaires. Lire Rose Lamy, c’est refuser ce sophisme et rappeler que « les femmes ne meurent pas par hasard » et que ce sont des hommes qui les tuent. En France on compte plus de 100 féminicides par an dans un silence médiatique assourdissant.


Ces citations à retenir dans cet essai féministe


Pour mieux comprendre le sexisme ambiant décrié par Rose Lamy, j'ai sélectionné pour vous ces extraits qui illustrent la mécanique de l'invisibilisation et de la violence.


« Dans les médias, quand la victime est évoquée, c'est uniquement dans le but d'éclairer le comportement du tueur. »

« Une bonne victime est une victime morte, parce qu'il n'y a pas besoin de la croire. »


« Un Français sur 10 affirme avoir été victime d'inceste, soit 6,7 millions de personnes, dont 5,3 millions de femmes. »

« Les premières victimes de violences sexistes et sexuelles sont les enfants : 300.000 viols commis par an, 60% sont commis sur des victimes de moins de 11 ans. »


Aller plus loin dans vos lectures féministes


Partout dans le monde, des femmes meurent sous les coups de leurs compagnons ou ex-compagnons. Partout dans le monde, elles sont en danger à cause de la violence masculine. Harcèlement, agressions sexistes, violences sexuelles : le constat est universel. Pour comprendre que ce phénomène est une construction historique, il est essentiel de se plonger dans les récits de celles et ceux qui l'analysent et le vivent.


Au-delà des essais cités dans cet article, je vous invite à découvrir les témoignages de victimes comme Christine Angot. Dans ses textes poignants, elle revient sur l'emprise paternelle, la souffrance de l'inceste et le traitement médiatique souvent défaillant de ces crimes. Je pense également à Lauren Bastide et son ouvrage Présent·es, qui évoque un féminicide l'ayant touchée de près.


Pour déconstruire les discours qui visent à freiner l'émancipation des femmes, la lecture de Francis Dupuis-Déri, La crise de la masculinité : autopsie d'un mythe, est indispensable. Il y révèle que ce discours de « crise » est un outil politique vieux de plusieurs siècles, brandi par les hommes dès que les femmes accèdent à de nouveaux droits.


Enfin, pour plonger dans la psychologie de la domination, je vous conseille l'enquête de Mathieu Palain : Nos pères, nos frères, nos amis : Dans la tête des hommes violents. À travers ses échanges avec des hommes condamnés pour violences conjugales, le journaliste dresse un portrait terrible des mécanismes de déni et des excuses que se donnent ceux qui cognent.

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