top of page

En bons pères de famille - Rose Lamy

  • 17 janv.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 févr.

À travers l'essai En bons pères de famille, Rose Lamy déconstruit le déni collectif pour rappeler une vérité fondamentale : non, la terreur n’est pas de l’amour et non, un agresseur n’est jamais un bon père.


« Les hommes violents sont aussi de bons pères de famille » écrit Rose Lamy dans son essai
Cette poupée abîmée incarne les vies brisées dans l'ombre des "bons pères de famille", là où la violence domestique est protégée par le silence de la société.

« Les hommes violents sont aussi de bons pères de famille »


C’est face à ce constat glaçant et aux chiffres vertigineux des violences intrafamiliales que l’on ressent un vide dans le coeur et une envie de vomir. Dans son essai En bons pères de famille, essai terrible qui remet les pendules à l’heure, Rose Lamy décortique le mythe du "bon père de famille", ce bouclier juridique et social qui invisibilise les violences sexistes et sexuelles.


À travers une analyse précise des discours médiatiques et judiciaires, elle met en lumière la manière dont notre langage et nos institutions protègent le patriarcat au détriment des victimes. Un ouvrage indispensable pour passer du constat à la déconstruction, et pour enfin nommer ce que le silence s'efforce de cacher : la violence masculine qui n'épargne pas plus les enfants que les femmes ou les autres hommes.


Couverture En bons pères de famille ©JC Lattès
©JC Lattès

Quel est le sujet de cet essai de Rose Lamy?


Gérer sa vie, ses économies ou son logement «en bon père de famille» est un mythe qui vole en éclats dès que l'on observe ce dont sont capables une grande partie de ces hommes dits « sans histoires». S’il existe évidemment de bons pères, l’autrice rappelle que l’expression elle-même, héritée du droit latin et du Code Napoléon, est structurellement sexiste. Elle est le vestige d’une époque où la femme, éternelle mineure aux yeux de la loi, passait de la tutelle du père à celle du mari.


Ce sentiment de propriété est un héritage dont certains refusent de se délester, au point de s’autoriser à violer leur épouse sédatée, et d’en faire profiter d’autres «bons pères de famille». Des hommes qui, lors de leur procès pour viol, arrivent en retard à l'audience au prétexte de la rentrée des classes, mais qui, pour jouir d’un corps inerte, étaient toujours à l'heure. Il est insupportable d'entendre encore : «S’il n’y a pas d’intention, il n’y a pas de viol.» C’est cette logique implacable que l’on nous assène pour justifier l’injustifiable. C’est cela, la culture du viol. Tout cela est le fait d’un homme dont la parole a mis des décennies avant d'être mise en question. Un père de famille (parmi tant d'autres sur le banc des accusés) qui a créé des fichiers pédopornographiques de sa propre fille, laquelle finit en hôpital psychiatrique pour tenter de retrouver le sommeil. Voilà l’exemple même du «bon père» dont nous ne voulons plus, et qui a pu sévir trop longtemps.


Vous me direz que les hommes ne sont pas tous les mêmes : c’est une évidence. Vous direz peut-être que les chiffres sont instrumentalisés ou que la masculinité est «en crise»: je vous répondrai de cesser de nier la réalité. Il existe un drame sociétal profond né de la toxicité des rapports que certains hommes entretiennent avec les femmes. Ne pas le voir, c’est être soit dans un déni total, soit mal informé, soit complice. Enfin, pour approfondir la notion de "crise de la masculinité", je vous invite à découvrir les travaux de Francis Dupuis-Déri. Il y démontre avec brio qu’il s’agit d’un "discours de crise" permanent plutôt que d’une crise réelle. Ce discours resurgit systématiquement dès que les femmes font un pas vers l'émancipation, et ce, depuis des siècles.


Pourquoi lire En bons pères de famille de Rose Lamy?


Dans son essai En bons pères de famille, Rose Lamy, qui est régulièrement la cible d'attaques sexistes visant son apparence ou une prétendue «haine des hommes», déconstruit l’un des piliers de notre langage juridique et social. Pourquoi l’expression «en bonne mère de famille» n’existe-t-elle pas ? Est-ce par souci de «neutralité» masculine ou le signe d’une domination patriarcale indéniable ? La colère des femmes n'est pas une abstraction face à la violence de ces hommes, elle repose sur des chiffres vertigineux. Lire cet essai permet de mieux comprendre le mécanisme de la violence envers les femmes et les enfants.


Depuis 2016, les violences conjugales ont bondi de 60%, les femmes étant trois fois plus souvent victimes que les hommes. Pourtant, ces statistiques peinent à provoquer un sursaut collectif. Les violences sexuelles ont, elles aussi, doublé en huit ans. Le constat est implacable : moins de 1% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation.


L'effroyable quotidien des forces de l'ordre


Rose Lamy rappelle des chiffres qui donnent le vertige : «45 interventions par heure. C'est une intervention toutes les minutes et 30 secondes... 1080 interventions en 24 heures». Un constat partagé par Gérald Darmanin en 2021, alors qu'il était ministre de l'Intérieur: «Il ne se passe pas une journée sans que le GIGN ou le RAID aille libérer une femme ou des enfants pris en otage ». Les violences intrafamiliales sont devenues le premier motif d'intervention de la police et de la gendarmerie.


Le silence des « bons pères »


Où sont les «bons pères de famille» face à ce désastre ? On les entend peu s'indigner du massacre. On les entend davantage s'offusquer du féminisme. On les voit parfois nier des violences ayant entraîné des jours d'ITT, s'abritant derrière une image de «sauveur» ou de «gars sûr» pour maintenir leur pouvoir et leur emprise. Car la violence de ces «bons pères» ne se lit pas sur leur visage. Elle se niche dans leurs mots et s'imprime durablement dans leurs actes. Il est temps de regarder en face ce que ce système protège au nom d'un titre qu'ils ont dévoyé.


Ces citations dans En bons pères de famille de Rose Lamy


J'ai sélectionné pour vous des citations féministes de cet essai incontournable à mes yeux.


"Le nombre d'interventions de la police et de la gendarmerie pour violences intrafamiliales, reste très élevé, plus de 400.000, soit 45 interventions par heure."

"C'est que, dans la société des bons pères de famille, la protection de la réputation des uns compte plus que le respect de l'intégrité des corps des autres."

Aller plus loin avec ces essais sur la violence masculine


Dans la constellation des essais féministes majeurs, je retiens un autre ouvrage de Rose Lamy tout aussi nécessaire : Défaire le discours sexiste dans les médias. Ce fut ma première lecture de l’autrice, et j’en suis ressortie estomaquée par l’analyse des unes de presse traitant des violences masculines et des féminicides.


Ce travail n'est pas sans rappeler l'émoi provoqué par l'enquête Le cas Cantat de Karine Dusfour, qui expose l'affreuse réalité d'un féminicide romantisé par les médias. Sur ce même thème, j'ai lu La Culture du féminicide d'Ivan Jablonka, qui démontre comment, depuis des siècles, la société atténue et sexualise ces crimes. Nous y sommes tellement exposés que nous finissons par en être presque anesthésiés...


Cette anesthésie est précisément ce que vient briser le très remarqué récit de Nathacha Appanah, La nuit au cœur (Prix Goncourt des Lycéens et Prix Femina 2025). En racontant l'histoire de trois femmes, dont deux ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon, elle redonne un nom, un visage et une humanité à celles que les faits divers réduisent trop souvent à de simples statistiques. À travers sa plume, la violence sort de l'ombre pour redevenir ce qu'elle est : un drame humain insupportable.


Pour aller plus loin et mieux comprendre les références au procès Pélicot, je vous invite à lire Vivre avec les hommes de la philosophe Manon Garcia. Cette dernière a assisté au procès et livre un témoignage sur son rapport aux hommes.


Si vous êtes victime ou témoin de violences, des professionnels sont à votre écoute :

  • Urgence : appelez le 17 (police/gendarmerie) ou envoyez un SMS au 114.

  • Écoute et orientation : appelez le 3919 (Violences Femmes Info). Gratuit, anonyme, 24h/24 et 7j/7.

  • Aide aux victimes : contactez le 116 006 (France Victimes). appel gratuit, ouvert 7j/7 de 9h à 19h.

  • Depuis l'étranger : +33 (0)1 80 52 33 76.

  • Par mail : victimes@france-victimes.fr

 

Dans la bibliothèque de Marion, une collection de fragments de littérature féminine, choisie avec soin pour garder une trace de la beauté des mots.

 

 

 

 

Le manifeste

La collection

L'anthologie

Mentions diverses

 Édité avec passion par La bibliothèque de Marion - 2026

  • Instagram
  • YouTube
bottom of page