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Libérées - Titiou Lecoq

  • 24 avr.
  • 4 min de lecture

Pourquoi le combat féministe se gagne-t-il devant le panier de linge sale ? Dans Libérées, Titiou Lecoq décortique avec humour et précision l'histoire d'une éducation féminine façonnée par l'entretien de l'intérieur. Une plongée passionnante dans les racines de cette "vocation" domestique qui, depuis des siècles, lie le destin des femmes au soin des autres.


Huit femmes assises sur un muret, portant des robes à motifs. Elles sourient, leurs jambes étendues vers le bas, avec des arbres en arrière-plan pour illustrer l’essai Libérées de Titiou Lecoq

« L'erreur, c'est sans doute de se penser comme des individus libres et autonomes, alors qu'en réalité nous sommes porteurs d'une histoire qui nous dépasse. »


L'essai féministe Libérées de Titiou Lecoq se penche au-dessus de la pile de linge sale et des chaussettes qui traînent. Selon l'autrice, le combat féministe se gagne précisément là : devant le panier qui déborde. Cette machine qui ne va pas se lancer toute seule, cette gestion du temps pour que le linge sèche au bon moment, cette logistique millimétrée pour que les vêtements soient prêts pour attaquer la semaine... Bref, cette charge mentale invisible qui reste, encore aujourd'hui, majoritairement le lot des femmes au sein des ménages hétérosexuels. L'autrice, à qui l'on doit aussi Les grandes oubliées ou encore Le couple et l'argent, nous propose ici de faire le ménage dans notre propre histoire : celle de l'assignation des femmes au travail domestique gratuit, née d'un sexisme dont nous avons toutes et tous hérités.


Couverture de livre avec body rayé et chaussettes suspendus. Texte: LIBÉRÉES! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale. Un essai de Titiou Lecoq
© Le Livre de Poche

Un essai sur les tâches ménagères et la charge mentale


Dans Libérées, Titiou Lecoq explore l'histoire d'une éducation féminine structurellement orientée vers le soin des autres et l'entretien du foyer. Elle profite de cet essai pour réhabiliter les métiers du « care », majoritairement exercés par des femmes. Qu'il s'agisse d'assistantes scolaires, d'infirmières ou de femmes de ménage, ces professions essentielles restent pourtant les moins valorisées et les moins rémunérées de notre société. Cette invisibilité est aussi celle des femmes de ménage (ou agents d'entretien, parfois des hommes), elles œuvrent dans l'ombre, à des horaires impossibles, pour que les salariés trouvent chaque matin un bureau étincelant. Comme si une « fée du logis » était passée par là, on oublie l'humain derrière la propreté. Ce manque de reconnaissance sociale s'accompagne d'une précarité financière réelle : comment cotiser pour sa retraite ou gérer sa propre vie de famille avec des horaires aussi décalés ?


Le ménage : une charge qui reste genrée


En matière de répartition, le chantier reste immense. Encore aujourd'hui, ce sont majoritairement les femmes qui « s'y collent ». Même lorsque le foyer a les moyens d'externaliser ces tâches, c'est souvent la femme qui assume la charge mentale de contacter et de gérer l'entreprise de nettoyage. Certes, il s'agit d'une tendance générale et non d'une vérité absolue : de nombreux hommes s'investissent pleinement dans le quotidien (cuisine, courses, éducation). Pourtant, on voit ressurgir sur les réseaux sociaux une glorification des « femmes au foyer » traditionnelles, un retour en arrière qui interroge à l'heure où l'on prône l'égalité. Pour eux, plus de loisirs, pour elles, plus de tâches ingrates et invisibles.


Je pense ici au récit d'Annie Ernaux, La femme gelée, qui décrit parfaitement ces notions féministes et sociologiques.


Libérées : un plaidoyer pour le dialogue


Titiou Lecoq, qui a longuement étudié l'effacement des femmes dans l'Histoire, illustre les déséquilibres du couple. Elle raconte comment elle a elle-même lutté contre ce rôle hérité, celui de ramasser les chaussettes ou de gérer l'agenda des enfants pour que l'intérieur soit « parfait ». Elle nous invite à questionner notre rapport à l'espace domestique. Loin des vidéos YouTube de ménage compulsif où les maisons semblent «inhabitées» tant elles sont aseptisées, Titiou Lecoq propose de s'affranchir de ces diktats...


Cet essai est une bouffée d'air frais. La solution proposée par l'autrice réside dans le dialogue et la déconstruction des rôles préétablis. C'est une invitation à avancer avec son temps, à s'ouvrir à l'altérité et à se détacher d'un passé dont le poids pèse finalement sur les deux sexes. Une lecture nécessaire pour quiconque souhaite repenser son quotidien.


Ces citations à retenir dans cet essai de Titiou Lecoq


Pour mieux comprendre le message de l'autrice sur la répartition des tâches ménagères et l'émancipation qui en découle lorsque les compagnons prennent enfin leur part, j'ai compilé ces citations éclairantes.


« À toutes celles qui s'étonnent de mal supporter le désordre, dites-vous que, après l'Église, l'État s'est donné un mal considérable pour former artificiellement ce trait de caractère. »

« L'inégalité qui s'installe avec l'arrivée d'un enfant se confirme à chaque nouvelle naissance. Plus il y a d'enfants, plus les femmes s'occupent du ménage et des gamins, alors que la part des hommes stagne quelle que soit la taille de la fratrie. »


« Plutôt que de culpabiliser les mères, il faudrait que la société revalorise le travail de celles et ceux qui s'occupent des enfants. Les assistantes maternelles, les puéricultrices, les ATSEM, les instits de maternelle sont trop souvent déconsidérées. (...) Leur grille salariale ainsi qu'une forme de mépris social révèlent à quel point nous dévalorisons ces professions. »

« Ce que je ne supporte pas, c'est une société qui d'un côté répète aux filles qu'elles doivent être sexy, et de l'autre qu'elles doivent faire attention à ne pas attiser le désir ; qui considère que l'égalité homme-femme est acquise et qui trouve normal que la liberté de circulation de la moitié de la population soit entravée... »


Aller plus loin dans vos lectures féministes


Si, comme moi, vous aimez vous renseigner sur les sujets de société, je vous invite à découvrir les essais éclairants de Mona Chollet. Dans Sorcières, Réinventer l'amour ou encore Chez soi : une odyssée de l'espace domestique, l'autrice retrace la construction du romantisme patriarcal et l'enfermement des femmes au sein du foyer. Un espace qu'elles sont censées contrôler et astiquer pour être considérées comme « valables », de vraies femmes... (et non comme des « loutres », pour reprendre l'expression de Titiou Lecoq...).


Je vous suggère également l'écoute d'Un podcast à soi de Charlotte Bienaimé. Les deux épisodes consacrés aux paysannes sont particulièrement frappants : ils révèlent la différence de perception entre le travail des hommes et celui des femmes, une invisibilisation qui crée des écarts de revenus considérables, notamment au moment de la retraite. Une cruelle injustice pour ces femmes nourricières.


Le féminisme nous éclaire ainsi sur nos comportements et sur l'inégale répartition des tâches ménagères, mais aussi sur la souffrance qui en découle. Le patriarcat dévalorise systématiquement le travail des femmes, notamment les métiers du « care » qui sont pourtant la clé de voûte de notre société.

 

Dans la bibliothèque de Marion, une collection de fragments de littérature féminine, choisie avec soin pour garder une trace de la beauté des mots.

 

 

 

 

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