Tout le monde peut être féministe - bell hooks
- 12 mars
- 6 min de lecture
Dans Tout le monde peut être féministe, bell hooks signe un texte fondateur qui désacralise la théorie pour en faire une arme de construction massive. Un manuel indispensable pour sortir du patriarcat et imaginer des alternatives basées sur l'amour et la justice.

« Le féminisme est un mouvement pour mettre fin au sexisme. »
bell hooks
Gloria Watkins, plus connue sous son nom de plume bell hooks, est une figure de proue du militantisme féministe afro-américain. Avec plus de 30 publications, elle a choisi ce pseudonyme écrit sans majuscules pour une raison forte : effacer son identité propre derrière la puissance de sa pensée et de ses écrits. Son essai Tout le monde peut être féministe publié en 2020 en France et en 2000 aux Etats-Unis répond à une question fondamentale, souvent mal comprise : qu'est-ce que le féminisme ?

Un combat contre le patriarcat
Aujourd'hui, tout le monde a un avis sur le féminisme, et celui-ci est souvent teinté de négativité, comme s'il s'agissait parfois d'un "gros mot", voire d'une maladie. Pourtant, rares sont ceux à s'être plongés dans des essais féministes ou à avoir été au contact direct de la réalité des femmes, déniant ainsi leur vécu et leur parole.
Avec Tout le monde peut être féministe, bell hooks nous rappelle pourtant que le combat féministe prend racine dans la lutte contre l'oppression des femmes par les hommes et dans les inégalités liées au genre, des injustices amplifiées par la couleur de peau, l'origine sociale et l'orientation sexuelle.
L'intersectionnalité : comprendre des réalités plurielles
À travers le concept d’interracialité (ou intersectionnalité), bell hooks souligne l’importance de lire des autrices de toutes origines et d’écouter les récits des femmes, quels que soient leur statut et leur origine. Le féminisme n’est pas l’apanage des femmes blanches, mais bien une lutte pour l'émancipation de toutes les femmes.
Sur la lutte des classes, bell hooks rappelle donc qu'il est essentiel de penser le féminisme au niveau mondial : à travers le globe, le patriarcat opprime les femmes et maintient nombre d'entre elles dans la pauvreté. Sa conclusion est sans appel : les femmes ne seront libérées du joug du patriarcat que si elles le sont toutes, dans leur ensemble. Car le problème de fond reste le sexisme, et donc le patriarcat qui est, selon elle, un sexisme institutionnalisé.
Une libération pour tous
Ce système patriarcal n'est pas seulement une domination ; c'est aussi une forme de servitude pour les hommes eux-mêmes, enfermés dans des rôles rigides. L'autrice revient d'ailleurs sur l'importance d'analyser le patriarcat sous le prisme masculin dans ses ouvrages À propos d'amour et La volonté de changer.
Rappelant par ailleurs qu'« on ne naît pas féministe, on le devient », bell hooks nous invite à un travail de déconstruction permanent. Il s'agit de remettre en question nos comportements et nos idées reçues pour respecter les autres dans leur ensemble.
« Sans les hommes comme alliés de lutte, le mouvement féministe ne progressera pas. »
L'importance de la sororité
Un des leviers pour le projet féministe repose sur la sororité. « La sororité féministe s'enracine dans un engagement mutuel à lutter contre l'injustice patriarcale, quelle que soit la forme que prend cette injustice », précise-t-elle dans Tout le monde peut être féministe. Cette sororité nécessaire soulève pourtant de nombreuses questions, notamment de classisme et de racisme au sein même des mouvements, car les femmes héritent aussi de comportements sexistes, et de biais.
L'éducation et la transmission au coeur du projet féministe
bell hooks revient aussi sur l'importance cruciale de l'éducation. Elle nous rappelle qu'avant la littérature féministe (dont je cite un panel modeste dans ce blog), il y avait les groupes de parole : la transmission orale comme premier acte de résistance. Elle aborde également un sujet qui résonne tout particulièrement avec mon projet : la place des écrits des femmes, qu'ils soient littéraires ou universitaires. Leur absence historique des cursus classiques a rendu nécessaire la création des Women's Studies (études féministes) pour enfin documenter et enseigner notre histoire.
L'insupportable violence des hommes envers les femmes
La violence des hommes envers les femmes fait l'objet d'une attention médiatique élevée, mais elle est trop souvent traitée avec des biais. Ces actes sont régulièrement relégués à la rubrique des faits divers alors qu'il s'agit de violences systémiques. Elles sont même euphémisées, alors qu'elles font partie d'une culture : celle du viol et du féminicide (théorisés notamment par Valérie Rey-Robert et Ivan Jablonka).
La littérature actuelle nous prouve encore une fois les défaillances étatiques pour protéger les femmes. Les féminicides évoqués dans La nuit au cœur de Nathacha Appanah (Prix Goncourt des lycéens 2025 et Prix Femina 2025) nous révèlent ces manquements... qui sont loin d'être des cas isolés. De la prise de conscience à la prise de mesures réellement efficaces, il y a encore du chemin. Pour mettre fin aux violences masculines, il faut les regarder en face, mais aussi les punir plus fermement. A la racine du problème, il y a aussi l'éducation des garçons qui pose question. Transformer le système qui protège les auteurs de violences sexistes et valorise la domination sous toutes ses formes.
Le contrôle du corps des femmes
L’asservissement du corps des femmes passe par une multitude d'injonctions et de libertés à défendre. Le féminisme propose une véritable révolution, jusque dans le confort des vêtements et le regard que les femmes portent sur elles-mêmes, enfin libérées des diktats sexistes (maquillage, épilation, etc.).
Des injonctions impossibles
Ces pressions révèlent parfois des désastres sur la santé des femmes, comme l’anorexie ou la boulimie, nés de la volonté de correspondre à des critères de beauté inatteignables. Je pense ici à Beauté fatale de Mona Chollet, qui décortique parfaitement ces injonctions.
Les droits reproductifs
bell hooks aborde aussi l'épineuse question des droits reproductifs (éducation sexuelle, contraception, avortement), un sujet qui reste brûlant avec le recul du droit à l'IVG dans de nombreuses régions du monde. Elle nous rappelle que le féminisme est intrinsèquement pro-choix. On peut ne pas souhaiter avorter pour soi, tout en reconnaissant à une autre personne la liberté de choisir pour elle-même. Ce positionnement fait écho aux textes phares de Gisèle Halimi, comme La Cause des femmes. Il faut « faire échec à l'échec », comme elle le clamait dans sa célèbre plaidoirie lors du procès de Bobigny:
« Supposez l’erreur. L’erreur dans le choix du contraceptif, dans la pose du diaphragme. L’échec, l’erreur, l’oubli… Voulez-vous contraindre les femmes à donner la vie par échec, par erreur, par oubli ? Est-ce que le progrès de la science n’est pas précisément de barrer la route à l’échec, de faire échec à l’échec, de réparer l’oubli, de réparer l’erreur ? C’est cela, me semble-t-il, le progrès. C’est barrer la route à la fatalité et, par conséquence, à la fatalité physiologique. »
Ces citations de Tout le monde peut être féministe de bell hooks
Certaines citations de Tout le monde peut être féministe de bell hooksn'ont pas pris une ride. On comprend la richesse de ce manifeste par la puissance de ces paroles qui transmettent des clés essentielles pour le projet féministe.
« Pour faire simple, le féminisme est un mouvement qui vise à mettre fin au sexisme, à l'exploitation et à l'oppression sexiste. »
« Le féminisme est antisexiste. »
« On ne naît pas féministe, on le devient. »
« Quand règne la domination, l'amour fait défaut. »
« La domination patriarcale des hommes dans le mariage et le couple est la cause principale de rupture et de divorce dans notre société. »
Aller plus loin dans vos lectures féministes
Parce que la littérature féministe permet de comprendre les inégalités de la société patriarcale, je vous invite à lire Les grandes oubliées de Titiou Lecoq, qui revient sur cet effacement des femmes des manuels scolaires. Dans la même lignée, je vous suggère Formés à la haine des femmes de Pauline Ferrari, qui nous montre le danger des sphères masculinistes, à travers les réseaux sociaux notamment. Je pense aussi aux essais féministes de Chimamanda Ngozi Adichie, notamment Nous sommes tous des féministes, qui rejoint ce texte de bell hooks. Autant de littérature féministe pour comprendre pourquoi certaines femmes prônent la misandrie, comme Pauline Harmange... avec Moi les hommes, je les déteste.


