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Beauté fatale - Mona Chollet

  • 8 févr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 févr.

Dans Beauté fatale, Mona Chollet décortique les canons de beauté et le marketing qui nous conditionnent dès l'enfance. Dix ans après sa publication, son analyse est plus brûlante que jamais : à l'heure des réseaux sociaux, l'obsession de l'apparence est devenue la norme. Un essai indispensable pour déconstruire les standards de beauté qui nous enchaînent.


Photographie en plongée d'une femme allongée sereinement dans l'herbe haute, les yeux fermés et les cheveux étalés, exprimant un sentiment de liberté et de reconnexion à soi.
L'insoutenable légèreté d'être enfin soi-même, sans filtre ni artifice.

« De nombreuses femmes sont exaspérées de se voir réduites à leur apparence et constatent avec une certaine frayeur à quel point elles ont une conscience aiguë des regards posés sur elles. » Mona Chollet.


Aujourd'hui, nos écrans saturent de corps "parfaits", huilés et mis en scène. Sous couvert de liberté et de "self-empowerment", les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d'une nouvelle soumission : l'injonction d'être désirable et belle en permanence. Cette pression nous pousse à rejoindre, coûte que coûte, des carcans de beauté toujours plus rigides et onéreux, et surtout inacessibles. Le véritable piège réside dans l'objectification persistante des femmes. Même lorsqu'elles pensent agir pour elles-mêmes, elles sont projetées malgré elles dans un rôle d'objet de regard, un regard tantôt critique, tantôt lubrique.


Le problème dépasse la réalité physique notamment à cause de l'usage systématique des filtres sur Instagram ou TikTok qui crée une image de soi (ou des autres) modifiée que l'on finit par poursuivre désespérément dans la vraie vie. Cette course effrénée vers un idéal factice se traduit par un recours massif au bistouri ou au botox, visant à uniformiser les visages et les corps pour qu'ils ressemblent à leurs doubles numériques et à ces critères de beauté et de féminité inaccessibles. Ce que Mona Chollet dénonçait déjà en 2012 dans Beauté fatale a pris une ampleur vertigineuse : les marques ne vendent plus seulement des produits, elles vendent parfois une altération de notre propre reflet, une forme d'aliénation des femmes.


Couverture du livre Beauté fatale de Mona Chollet
© La découverte

La souffrance de la beauté théorisée dans Beauté fatale de Mona Chollet


« Il faut souffrir pour être belle. » Cette phrase, nous l’avons toutes entendue comme une rengaine dès l’enfance. Entre les poupées Barbie, les princesses Disney et le maquillage de nos mères, nous avons grandi dans un monde où la beauté est érigée en valeur suprême, bien avant la liberté ou la fraternité. Mais dans cette société de l'image, l'habit ne fait pas que le moine : il définit notre droit d'exister, surtout pour les femmes. C’est ce système que décortique Mona Chollet dans son essai Beauté fatale. Pour elle, la beauté n'est pas qu'un plaisir esthétique ; c’est une arme, un atout, mais surtout un handicap et une menace.


Un conditionnement dès le berceau


Selon Mona Chollet, les femmes sont conditionnées dès le plus jeune âge à se percevoir comme des objets de regard. Elle y décrypte le Brand Content des marques de luxe qui vendent un rêve inaccessible, souvent basé sur des codes rigides de minceur et de blancheur. Publié en 2012, cet essai était visionnaire. Aujourd'hui, nous sommes les acteurs de ce dictat sur Instagram ou TikTok. On joue avec des filtres pour affiner son nez ou lisser sa peau, cherchant à ressembler à des icônes comme Kim Kardashian ou Angelina Jolie. Sans nous en rendre compte, nous entretenons parfois un rapport malsain à notre propre corps, avec des conséquences parfois dévastatrices. A la fois pour leur corps, trop souvent maltraités, mais aussi pour leur temps et leur argent.


La "société du déchet" esthétique


Le constat est amer : comme les "légumes moches" que l’on jette parce qu’ils ne rentrent pas dans les standards (merci à Intermarché d'avoir prouvé l'absurdité du concept en les réhabilitant), les femmes qui ne correspondent pas aux critères sont symboliquement exclues. C'est une société toxique où la beauté devient « fatale » : il faut être belle pour réussir, au risque d'y perdre sa santé, que ce soit par la dénutrition ou sur une table d'opération.


Des lignes qui bougent


Une dizaine d'années après la parution de cet essai, on voit apparaître des vidéos qui démystifient les poils, le grain de peau, les rondeurs... Une bonne chose pour la diversité de la beauté des femmes. Les consommatrices ne veulent plus de ces femmes-objets «parfaites».


Beauté fatale est un essai explosif contre l'aliénation. Mona Chollet y signe un texte fondamental sur l'anorexie, le bistouri, la publicité et le cinéma. C'est une analyse de l'aliénation des femmes qui se transmet de génération en génération. Si l'on voit parfois du mieux, on voit aussi le pire. Ce livre est là pour remettre les points sur les "i" et nous inviter à reprendre le pouvoir sur notre image.


Ces citations de Beauté fatale de Mona Chollet


Dans Beauté fatale de Mona Chollet, j'ai souligné de nombreuses citations féministes essentielles pour comprendre l'autrice et sa thèse sur le conditionnement des femmes.


"La célébration des 'rapports de séduction à la française', (...) traduit le désir de maintenir les femmes dans une position sociale et intellectuelle subalterne."


"Une règle immuable veut que, lorsqu'un groupe social se vit - à tort ou à raison - comme assiégé, agressé, menacé dans son identité, il renforce les contraintes qu'il exerce sur les deux sexes et en particulier son contrôle sur l'allure et le comportement de 'ses' femmes".

"Le sociologue Pierre Bourdieu définissait la jupe comme 'un enclos symbolique'".


"En 2004, le député qui, à l'occasion du bicentenaire de la naissance de George Sand, voulut faire abroger l'ordonnance de la préfecture de Paris interdisant aux femmes de s'habiller en homme essuya un refus, au prétexte troublant que 'la désuétude était manifeste'".


"Les hôtesses de l'air d'Air France "n'ont conquis leur droit au pantalon qu'en 2005".


"Ce n'est pas le vêtement en lui-même qui pose problème : c'est l'assignation à un vêtement et, à travers lui, à un certain rôle."

"Dans un monde défiguré, pollué, tenaillé par la peur (...) notre apparence, comme l'agencement et la décoration de notre cadre de vie, est au moins quelque chose sur quoi nous avons prise."


"Ces mises en scène ne font après tout que traduire notre avidité sans bornes pour un idéal féminin associé toujours plus étroitement à la jeunesse et à la fraîcheur."


"La société néglige les désordres créées par "l'inégalité des rôles esthétiques" entre les femmes et les hommes."


"De nombreuses femmes sont exaspérées de se voir réduites à leur apparence et constatent avec une certaine frayeur à quel point elles ont une conscience aiguë des regards posés sur elle."


"Ils ne peut y avoir de critique sociale sans un minimum de généralisation."

Mona Chollet et ses essais féministes engagés


Journaliste et autrice incontournable, Mona Chollet explore depuis des années les rouages du machisme et du patriarcat pour mieux les déconstruire. À travers ses ouvrages, elle décrypte les schémas qui nous emprisonnent et propose de nouveaux récits. On lui doit notamment le best-seller Sorcières : La puissance invaincue des femmes (2018), ainsi que Réinventer l'amour : Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles (2021), deux essais majeurs pour comprendre les enjeux féministes contemporains. Plus récemment, elle a publié Résister à la culpabilisation: Sur quelques empêchements d’exister.


Aller plus loin dans vos lectures féministes


Dans la même lignée, je ne peux que vous recommander l'essai de Titiou Lecoq, Les Grandes Oubliées : Pourquoi l'Histoire a effacé les femmes. L’autrice y analyse l’effacement systématique des femmes à travers les âges. Elle démontre comment le récit historique a été manipulé pour justifier les violences et cette haine presque viscérale trop souvent opposée au "deuxième sexe". Une lecture indispensable pour compléter votre réflexion. Je pense aussi à l'essai On ne naît pas soumise, on le devient de Manon Garcia. En s'appuyant sur l'œuvre de Simone de Beauvoir, l'autrice retrace la construction sociale de la soumission féminine. Un livre brillant pour comprendre pourquoi il est parfois si difficile de s'extraire des attentes patriarcales.


Dans la catégorie récit, je pense aussi à Atteindre l'aube de Diglee. Un magnifique "femmage" à sa grande-tante, explorant la transmission, les secrets de famille et la vie des femmes de l'ombre. Et dans la catégorie fiction, je pense à 2060 de Lauren Bastide. Dans ce roman dystopique, l'autrice nous projette dans une vision apocalyptique et féministe du futur avec un personnage principal féminin atypique, loin des carcans actuels.

 

Dans la bibliothèque de Marion, une collection de fragments de littérature féminine, choisie avec soin pour garder une trace de la beauté des mots.

 

 

 

 

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