On ne naît pas soumise, on le devient - Manon Garcia
- 25 janv.
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Dernière mise à jour : 16 févr.
Publié en 2018, On ne naît pas soumise, on le devient de Manon Garcia s'impose comme un véritable "femmage" à l’œuvre féministe fondatrice de Simone de Beauvoir. Entre philosophie et engagement, cet essai décrypte les nuances de la soumission, qu'elle soit volontaire ou subie.

« Il est possible que la domination masculine conduise les femmes à adapter leurs préférences, de sorte qu’elles en viennent à choisir la soumission alors même que ce choix n’est pas objectivement bon pour elles. »
Manon Garcia
Dans On ne naît pas soumise on le devient, Manon Garcia s'inscrit dans les pas de Simone de Beauvoir. Ce texte philosophique et féministe explore la nuance entre domination et soumission, interrogeant même l'ambiguïté du plaisir ou du bénéfice que cette dernière pourrait procurer. En un peu plus de 200 pages, l'autrice retrace l’évolution du rapport homme-femme et l’aliénation féminine. Elle estime que si la notion de domination est désormais bien comprise, celle de la soumission reste un véritable « angle mort » des textes féministes.
Plus récemment, la philosophe a publié Vivre avec les hommes, un essai qui résonne avec l'horreur du procès des viols de Mazan (l'affaire Pélicot). Elle y interroge l'apparente impossibilité d'un vivre-ensemble face à la cruauté des violences masculines et systémiques, évoquant cette pulsion terrifiante où le désir semble ne pouvoir s'exprimer que dans l'anéantissement de l'autre... comme si certains hommes aspiraient à posséder des corps sans vie, à soumettre jusque nos mortes.

Quel est héritage philosophique de Manon Garcia ?
Le titre est, sans surprise, extrêmement accrocheur. En détournant la célèbre formule de Simone de Beauvoir, « On ne naît pas femme, on le devient », Manon Garcia annonce d'emblée la couleur : elle s'inscrit dans un héritage qu'elle s'apprête à réactualiser.
Tout au long de cet essai, l’autrice revient sur l’approche de Beauvoir pour répondre à la question fondamentale : « Qu’est-ce qu’une femme ? ». Pour celles qui hésiteraient encore à se lancer dans la lecture du Deuxième Sexe , l’essai de Manon Garcia constitue une excellente porte d’entrée, plus accessible mais tout aussi exigeante.
Le paradoxe de la liberté
Sur la question de la soumission, Manon Garcia souligne un point crucial : elle a été construite pour paraître « naturelle », morale et normale. On attend des femmes qu’elles restent à leur place, une injonction qui crée un problème philosophique majeur vis-à-vis de la liberté.
L'autrice convoque alors Rousseau pour illustrer un paradoxe fascinant : si ce dernier affirme que nul ne peut se soumettre car tous les hommes naissent égaux, il propose pourtant une éducation radicalement différente pour les filles et les garçons. Cette contradiction historique montre bien comment la soumission féminine a été théorisée comme une exception à la règle de l'égalité.
Pourquoi devient-on soumise selon l'autrice ?
On ne naît pas soumise, on le devient, car nous arrivons dans un monde qui exige des femmes certains comportements et certaines attitudes. Si beaucoup de soumissions sont subies, Manon Garcia ose aborder un sujet tabou : l’intérêt que certaines peuvent y trouver. Se soumettre, c’est parfois s’épargner le risque immense et vertigineux d’être libre. Il est d'ailleurs intéressant de noter que ce raisonnement pourrait s'appliquer aux hommes. Bien qu'ils occupent la place des dominants, ils sont eux aussi soumis à des codes de virilité stricts pour « devenir des hommes » aux yeux de la société. Un thème abordé par Daisy Letourneur dans son essai On ne naît pas mec, on le devient, qui montre que la fabrique du genre masculin est un mécanisme de contraintes et de violence.
La question du consentement
La thèse de Beauvoir nous rappelle qu'il n'y a pas de « destin féminin » biologique, mais un monde construit par des rapports économiques, sociaux et politiques. Manon Garcia prolonge cette réflexion en explorant les « esquives » possibles pour ne pas se soumettre, tout en analysant l'attrait ou la passivité que peut susciter la soumission. Au cœur de cette mécanique complexe réside une question centrale : celle du consentement. Un sujet sur lequel la philosophe a d'ailleurs poursuivi son travail avec un ouvrage dédié publié en 2021.
Ces citations de l'essai de Manon Garcia à retenir
Voici une sélection de citations pour mieux comprendre la pensée de Manon Garcia dans On ne naît pas soumise, on le devient.
"Comme tout livre philosophique, il ne cherche pas à donner des réponses toutes faites, mais à montrer la complexité du monde et des expériences vécues."
Examiner la soumission des femmes aux hommes, c'est étudier la façon dont les hiérarchies de genre dans la société façonnent les expériences des femmes."
"Les machistes sont toujours prompts à conclure que les femmes sont soumises 'parce qu'elles aiment ça' et à dénier ainsi les effets structurels de la domination masculine."
Remettre en cause l'hégémonie du point de vue masculin et étudier le monde du point de vue des femmes permet d'avoir une connaissance plus complète du monde dans lequel on vit."
"La féminité dont la soumission est une des composantes est-elle la féminité de toutes les femmes?"
"Pour comprendre comment fonctionne la soumission féminine, il faut parvenir à tenir ensemble deux niveaux, celui de l'individu, qui fait des choix et qui se comporte de certaines manières, et celui de la société, qui prescrit aux individus des comportements et façonne leurs préférences."
La féminité est construite par les hommes comme une soumission et les femmes se trouvent toujours déjà dans un monde dans lequel la soumission s'apparente à un destin."
"La situation des femmes est indissociable de l'objectification que le regard masculin leur fait subir."
"Le mot "amour" n'a pas du tout le même sens pour l'un et l'autre des sexes et c'est là une source des graves malentendus qui les séparent" - Simone de Beauvoir.
"Il est possible que la domination masculine conduise les femmes à adapter leurs préférences de sorte qu'elles en viennent à choisir la soumission alors même que ce choix n'est pas objectivement bon pour elles."
Aller plus loin dans vos recherches féministes
Pour prolonger la réflexion engagée par Manon Garcia et parfaire votre connaissance de la littérature féministe, je vous invite à découvrir ces ouvrages essentiels :
Sorcières de Mona Chollet
Réinventer l'amour de Mona Chollet
Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle Yon
Les couilles sur la table de Victoire Tuaillon
Le couple et l'argent de Titiou Lecoq
Nous sommes tous féministes de Chimamanda Ngozi Adichie
La chair est triste hélas d'Ovidie
Le sexisme, une affaire d'hommes de Valérie Rey-Robert
Affaires de femmes d'Anne Bouillon
Les femmes ne meurent pas par hasard par Anne Bouillon et Charlotte Rotman
Sans oublier la précieuse Gisèle Halimi, qui a tant nourri la pensée féministe et œuvré pour les droits des femmes aux côtés de Simone de Beauvoir.


