La Malbaise - Margaux Terrou
- 25 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 févr.
Entre la montée en flèche des violences banalisées par le porno et l’épuisement des désirs féminins, la sexologue Margaux Terrou tire la sonnette d’alarme dans son premier essai, La Malbaise.

« Il est là le drame : la sexualité n'est ni plus ni moins que l'extension de notre société.
En son sein, se rejouent les combats de tous les jours, les mêmes rapports de force, consciemment ou non. »
Margaux Terrou, La Malbaise.
Dans son premier essai, La Malbaise, la sexologue Margaux Terrou dresse un état des lieux de la sexualité en France. En croisant études statistiques et témoignages de patients, elle révèle un paradoxe frappant. Alors que le sexe est partout, les hétérosexuels n'ont jamais semblé aussi déconnectés de leurs désirs.

Pourquoi lire La Malbaise de Margaux Terrou?
Lire cet essai de Margaux Terrou, c’est tenter de déconstruire les « scripts sexuels » que la société nous impose. C’est un essai des plus intéressant pour sortir de la culpabilité, comprendre les blocages liés aux psychotraumatismes et pour remettre le corps au centre de l'équation. Ce livre est un guide de survie pour réenchanter une intimité trop souvent sacrifiée sur l'autel de la performance ou des injonctions patriarcales.
Que nous raconte cet essai sur la sexualité?
L'autrice pose une question fondamentale : comment être une femme désirante dans un monde qui nous objectifies? Aujourd’hui, les pratiques sexuelles (fellations, sodomie, étranglements) sont en hausse, calquées sur une industrie pornographique où 90% des actes mis en scène comportent une forme de violence. Margaux Terrou nous alerte : à force de reproduire ces schémas sans les interroger, de nombreuses femmes finissent par s'y «abîmer». Ce dégoût pour une sexualité hétérosexuelle pauvre mène parfois à une «grève du sexe», comme le théorise Ovidie dans La chair est triste hélas.
Une haine des femmes qui s'invite au lit
Le livre ne fait pas l'impasse sur la dimension politique du sexe. Entre la misogynie galopante portée par les comptes masculinistes sur les réseaux sociaux et l'absence criante d'éducation au consentement, le lit reste un des berceaux de la domination patriarcale. L'autrice rappelle que beaucoup de jeunes hommes sont aujourd'hui formés en ligne à la haine des femmes. Comment alors espérer des relations apaisées quand le partenaire ne cherche qu'à dominer, ignorant la douleur (endométriose, vaginisme) ou l'absence de désir de l'autre ? Il semble que ce soit là une des raisons de la montée en puissance du célibat féminin.
Déconstruire pour mieux reconstruire
Margaux Terrou insiste sur l'urgence d'une éducation sexuelle réelle : nommer les corps, apprendre le respect, et sortir du modèle phallocentré issu de la pop culture. Elle propose des pistes concrètes pour réinventer son propre « script érotique ».
Accompagner les blocages via des thérapies comme l’EMDR pour traiter les traumatismes passés.
S'intéresser vraiment aux besoins de l'autre, au-delà de la performance.
Refuser les critères de beauté impossibles et les injonctions (poids, poils, âge) pour se réapproprier son image.
Ce que nous apprend Margaux Terrou dans La Malbaise, c'est qu'il n’y a pas de normalité en matière de sexualité. L'urgence est de créer un cadre propice à l'intimité et au respect au sein du couple. Le féminisme, avant tout un mouvement de liberté et d'émancipation, apporte ici les clefs pour faire société jusque sous la couette.
Ces citations à retenir de La Malbaise de Margaux Terrou
Certaines citations sont essentielles à mes yeux pour comprendre La Malbaise de Margaux Terrou sur la sexualité hétérosexuelle. En voici quelques-unes.
"Plus d'un.e Français.e sur trois n'est pas satisfait.e de sa vie sexuelle... Qu'est-ce qu'on attend pour faire la révolution ?"
Il y a quelque chose de pourri au royaume de la baise."
"J'aime à dire que la sexualité des couples hétérosexuels est le berceau de la domination patriarcale."
"On apprend concrètement aux hommes à tordre le consentement des femmes."
La sexualité dans laquelle nous baignons aujourd'hui est pensée autour du plaisir masculin, les femmes ne sont là, dans les représentations, que comme vecteur de ce plaisir."
"La charge sexuelle est la somme des injonctions qui tombe sur les femmes dès lors qu'elles se mettent en couple : de la préoccupation permanente d'être apprêtée pour plaire à l'autre, pour satisfaire son désir, en passant par la prise en charge exclusive ou quasi exclusive de la contraception..."
"La tête, le coeur et les ovaire des femmes sont entravés par des siècles de domination."
Aller plus loin avec ces essais féministes
La question de la sexualité est le point de bascule des relations hétérosexuelles. Pour approfondir ces réflexions, je ne peux que vous conseiller la lecture de Manon Garcia, notamment Vivre avec les hommes ou On ne naît pas soumise, on le devient. À travers ces deux essais philosophiques, elle décortique la mécanique de la soumission féminine et la persistance de la violence masculine, jusque dans l'intimité.
Aussi, pour saisir l'aspect systémique de cette violence et la montée en puissance inquiétante des idéologies masculinistes, le travail de Pauline Ferrari dans Formés à la haine des femmes est indispensable... et pour comprendre comment notre société minimise ces agressions sous couvert de spécificité culturelle, je vous renvoie à l'ouvrage de Valérie Rey-Robert, Une culture du viol à la française.
Enfin, parce que la théorie ne doit pas occulter le vécu, je vous invite à écouter les récits des premières concernées. La lecture de Triste tigre de Neige Sinno est à ce titre un choc nécessaire. Elle y relate l'inceste dont elle a été victime et analyse les répercussions dévastatrices de ce traumatisme sur sa vie sexuelle future. Et pour compléter ce tour d’horizon, l'épisode « Que faire de nos fantasmes de violence ? » du podcast d'Arte, Un podcast à soi, offre une clé de compréhension précieuse sur les ambiguïtés de nos propres désirs.


