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La chair est triste hélas - Ovidie

  • 19 janv.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 févr.

Avec La chair est triste hélas, Ovidie explore la face sombre de la sexualité hétérosexuelle. Elle y livre un témoignage brut sur la dépossession de soi et l'épuisement des corps face à des modèles normatifs. Une réflexion nécessaire sur la reconquête de son propre désir et de son intimité.


Dans son essai percutant, Ovidie explore cette lassitude intime où l'absence de désir devient un acte de résistance.
Dans son essai percutant, Ovidie explore cette lassitude intime où l'absence de désir devient un acte de résistance.

"Ce texte est la fureur qui m'embrase et me consume."


C’est par cet aveu brûlant qu'Ovidie définit son ouvrage La chair est triste hélas. Ni véritable essai, ni manifeste théorique, ce livre est avant tout un exutoire, le cri de celle qui a décidé que le silence n'était plus une option. En à peine cent pages, l'autrice livre une confession radicale qui bouleverse notre vision des rapports : celle d’une femme qui, après avoir longtemps "donné son corps", choisit l'abstinence. Quatre années de retrait nécessaire pour s'extraire d'une sexualité hétérosexuelle devenue asservissante.


©Éditions Points
©Éditions Points

Pourquoi lire La chair est triste hélas d'Ovidie?


Ovidie dissèque avec précision l’esthétique et la mécanique des interactions contemporaines. Des injonctions de beauté (chirurgie, maquillage) aux normes relationnelles basées sur des échanges matériels et affectifs inégaux, elle interroge: que reste-t-il du désir authentique sous le poids de la performance? Elle lève le voile sur une réalité physique trop souvent passée sous silence : la douleur des femmes. Entre la pose du stérilet, l'endométriose, les mycoses ou la dyspareunie, elle dénonce cette souffrance intériorisée pour ne pas rompre le contrat d’un plaisir qui, trop souvent, ignore le corps féminin.


Un imaginaire colonisé par le Male Gaze


L'ouvrage dénonce la standardisation de nos fantasmes, hérités d'une culture cinématographique et littéraire saturée par le male gaze. Dans ce schéma narratif rigide (préliminaires, pénétration, éjaculation) la jouissance féminine est la grande absente. Ovidie souligne ce décalage des rythmes qui transforme l'acte en corvée. Les femmes supportent, rallongent ou simulent pour satisfaire leur partenaire, s'oubliant dans une pratique qui ne les respecte plus dans leur chair.


De la culture du porno à la culture du viol


Dans le sillage de #MeToo, l'autrice revient sur la banalisation des violences masculines faites aux femmes. Elle pointe du doigt l'industrie pornographique qui norme les rapports à travers le prisme du gore et de la brutalité (étranglements, gifles).


On pense ici aux travaux de chercheuses comme Valérie Rey-Robert qui rappelle que ces gestes, reproduits par mimétisme dans l'intimité, sont les marqueurs de la culture du viol. Comment envisager une relation sereine quand le consentement est bafoué au nom d'un fantasme de domination ? La prise de conscience est brutale : le viol conjugal, longtemps impensé par la loi, prend racine dans ce déséquilibre où le désir de l'un l'emporte sur l'intégrité de l'autre.


Vers une entente nouvelle


Ce texte électrique, incarné au théâtre par Anna Mouglalis, n'est pas un adieu au désir, mais un appel à la lucidité. Grâce à ces enquêtes et à ces témoignages, les mœurs évoluent. Il s'agit désormais de déconstruire pour, peut-être, réinventer une rencontre hétérosexuelle véritablement saine, où le lit redeviendrait un espace de liberté... et non de contrainte et de danger.


Ces citations de La chair est triste hélas d'Ovidie


Voici des citations féministes de La chair est tiste hélas d'Ovidie, j’ai volontairement écarté ses confidences les plus crues pour ne garder que la substance de son combat, celui de la réappropriation du corps et du droit au retrait.


"J’ai repensé à ces innombrables rapports auxquels je m’étais forcée à consentir, par politesse, pour ne pas froisser les ego fragiles."


Il m’est apparu totalement inégalitaire de me plier un exercice unilatéral, alors que mon propre plaisir avait, de tout, évidence, toujours été absent de la sphère de pensée, de mes partenaires, qu’il s’agisse, d'amants éphémères ou de ceux qui m’ont passé la bague au doigt."

"Avec cette grève du sexe, et ce début de quarantaine, je ne peux m’empêcher d’interroger sur ma valeur sociale en tant que femme."


L’hétérosexualité n’a rien de gratuit, c’est un système purement vénal, et depuis que le monde est monde, les femmes échangent le sexe contre quelque chose. Des biens matériels, de la sécurité, de l’amour, de la revalorisation. Elles ne baisent jamais totalement gratuitement avec les hommes et ce pour une simple raison : les hommes hétérosexuel, baisent mal."

"Oui, je l’affirme, nous vivons sous le régime de la terreur, le terme est à peine exagéré. Terreur qu’ils nous harcèlent dans la rue ou sur les réseaux sociaux, qu’ils nous frappent, qui nous violent, qu'ils nous tuent. Terreur qu’ils décident à notre place de notre contraception, de notre volonté d’avorter."


Aller plus loin avec ces essais sur la sexualité


Si vous souhaitez approfondir cette thématique, plusieurs ouvrages offrent un éclairage précieux. Je pense notamment à l'essai La Malbaise de Margaux Terrou : en sa qualité de sexologue, elle nous invite à réenchanter nos ébats pour les libérer des schémas normatifs et phallocentrés. Dans un registre plus graphique, le succès fulgurant de Jouissance Club de Jüne Plã témoigne d'un désir collectif de redécouvrir le plaisir avec inventivité.


Cette réflexion me conduit également vers Moi, les hommes je les déteste de Pauline Harmange. L'autrice y revendique une misandrie politique qui rejoint, par certains aspects, le vœu d'abstinence d'Ovidie, à savoir : une volonté de se désengager des dynamiques de pouvoir traditionnelles.


Enfin, pour celles et ceux qui préfèrent le format télévisuel, la série Sex Education est devenue une référence incontournable. À travers les aventures de lycéens en quête de repères, nous suivons Otis, fils de sexologue, qui s'improvise médiateur au sein de son établissement. Entre deux cours, il initie ses camarades aux notions de respect et de consentement, levant avec justesse les tabous qui pèsent sur cet âge où l'éducation sexuelle fait encore trop souvent défaut.

 

Dans la bibliothèque de Marion, une collection de fragments de littérature féminine, choisie avec soin pour garder une trace de la beauté des mots.

 

 

 

 

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