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L'Anarchisme - Emma Goldman

  • Photo du rédacteur: Marion Marten-Pérolin
    Marion Marten-Pérolin
  • 13 juin
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 juin

Faites la rencontre de la pensée anarchiste avec Emma Goldman. Les éditions Nada publient L'Anarchisme d'Emma Goldman, une sélection de textes essentiels pour comprendre le combat de cette militante du siècle dernier, qui faisait trembler l'Amérique.


Affiche noir et blanc sur un mur: FREEDOM FROM THE CONSTRAINTS OF SOCIETY, avec tête de chat stylisée pour illustrer L'Anarchisme d'Emma Goldman

« L'anarchisme : philosophie d'un nouvel ordre social basé sur une liberté qui n'est pas restreinte par des lois humaines, théorie selon laquelle toutes formes de gouvernement reposent sur la violence, et sont donc injustes et nuisibles, mais également inutiles. »


Certains passages dans une librairie ou une bibliothèque nous ouvrent des champs que l'on pensait jusqu'alors inaccessibles. C'est le cas de ma rencontre avec l'anarchisme. Jamais je ne m'étais interrogée sur ce mouvement de pensée ; j'étais pétrie de préjugés et de clichés sur la violence de ses partisans. Je ne comprenais pas, jusqu'à ce que je lise des militantes féministes anarchistes. C'est alors que j'ai pu accéder à un message puissant sur la liberté et le respect de la dignité humaine, notamment celle des travailleurs et des femmes.


Découvrez avec moi L'Anarchisme d'Emma Goldman, un recueil de textes qui offre une définition claire de ce mouvement, de ses valeurs et de ses luttes. Un combat frontal contre la religion, l'État et le capitalisme : des systèmes qui, selon l’autrice, entravent notre liberté et nous enferment dans un monde de labeur absurde.


Couverture beige du livre Emma Goldman, L’Anarchisme, avec grand symbole flamme rose fuchsia et logo Nada.
© Nada

Pourquoi lire L'Anarchisme d'Emma Goldman?


Emma Goldman (1869-1940) était une activiste et militante anarchiste, mais aussi une éditrice et la fondatrice de la maison d'édition Mother Earth, un titre dont on apprécie toute la force évocatrice. Sa trajectoire politique s'accélère lorsqu'elle est profondément affectée par le sort des « martyrs de Chicago ». Cet événement, qui est aux origines du 1er mai suite à une grève au Haymarket Square pour obtenir la journée de 8 heures, se solde par l'arrestation de huit anarchistes et la condamnation à mort de cinq d'entre eux, quatre seront effectivement pendus. Pour Emma Goldman, ce drame marque sa naissance spirituelle et sa libération anarchiste. Une question fondamentale se pose alors: comment accepter l'autorité de l'État, sa répression et sa violence, lorsque celle-ci tue au lieu de protéger ?


Une critique prémonitoire du capitalisme


Dans l'un des textes de ce recueil publié en 1910, l'autrice dressait déjà une critique acerbe du système économique : « Le capitalisme connaît la réussite la plus insolente. » Plus d'un siècle plus tard, le constat reste inchangé. Les critiques fusent face à la prolifération des richesses pour une minorité et l'appauvrissement des autres, un phénomène d'ailleurs largement amplifié par la crise sanitaire du Covid-19. Force est de constater que la répartition des richesses demeure profondément inégale, générant des injustices criantes et déshumanisantes dans de nombreuses régions du monde. Lire L'Anarchisme permet ainsi de comprendre l'origine de cet engagement, cet idéal, et de redécouvrir un terme qui fait peur, souvent ciblé par des discours politiques bien huilés pour le discréditer.


La profusion comme outil d'aliénation


Au sein de ce recueil publié par les éditions Nada, le texte Minorités contre majorités s'impose avec une force particulière. Il interroge la profusion au sein de la société de consommation, ce qui n'est pas sans rappeler l'excellent ouvrage Les besoins artificiels de Razmig Keucheyan. Emma Goldman analyse : « La quantité, au lieu de participer à la paix et au confort de vie, n'a fait qu'accabler davantage les hommes et les femmes. » Cette critique de la surproduction trouve un écho direct dans nos problématiques contemporaines : désastre de la fast fashion, pollution de masse, gaspillage alimentaire... Cette profusion n'est pas un synonyme de liberté pour tout le monde ; au contraire, elle repose souvent sur un esclavagisme moderne qui déshumanise des populations entières à l'autre bout de la chaîne de production.


S'émanciper des entraves


L'objectif de l'anarchisme devient alors limpide : se délivrer de ses entraves mentales, puisque selon l'autrice, « l'autorité structurée et l'État ne servent qu'à assurer ou protéger la propriété et le monopole », notamment en imposant un mode de vie unique et standardisé. Pour s'émanciper, l'individu doit se révolter contre ce qui le bride afin de conquérir une véritable égalité économique. Un sujet brûlant d'actualité, alors que les débats s'intensifient en France autour de la justice fiscale, de l'impôt sur le revenu ou de la refonte des cotisations pour redonner de l'attractivité aux salaires.


Ces citations à retenir dans L'Anarchisme d'Emma Goldman


Pour saisir l'essence des textes d'"Emma la rouge" et mieux comprendre l'anarchisme, voici des citations choisies dans cet essai :


« L'individu instruit et la masse ignorante ne jugent pas sur la base d'une connaissance approfondie du sujet, mais d'après des rumeurs ou de mauvaises interprétations. »

« L'anarchisme est donc à l'irréfléchi ce que le croque-mitaine des contes de fées est à l'enfant : un monstre menaçant résolu à tout dévorer sur son passage ; en bref, la violence et la destruction. »


« Plus on offrira de libertés et de possibilités à chacun, plus cela bénéficiera à l'individu comme au collectif, et plus la société sera créative et constructive. Voilà, en résumé, l'idéal auquel j'ai consacré ma vie. »

Aller plus loin dans vos lectures sur l'anarchisme


Les essais sur l'anarchisme ne sont pas encore nombreux dans ma bibliothèque, mais je peux vous conseiller une magnifique bande dessinée biographique : Emma Goldman : Femme et anarchiste, par Léa Gauthier et Hélène Aldeguer. Sur cette même thématique, j'avais également été subjuguée par la justesse des propos d'une autre figure historique, Teresa Claramunt, dans Femmes, unissons-nous (aux éditions Nada également). À travers ses discours pour libérer les ouvriers des patrons et pour alerter sur les violences policières étatiques, cette militante espagnole, contemporaine d'Emma Goldman, fait écho à notre époque.


Un siècle plus tard, si peu de choses semblent avoir changé : les outils diffèrent, mais la répression, la domination de l'argent et la corruption du pouvoir restent les mêmes. Bien sûr, nos sociétés occidentales ont conquis des droits sociaux majeurs et un confort de vie inédit depuis l'époque de ces pionnières, des victoires obtenues non par la passivité, mais par les révolutions, l'action directe et la puissance des syndicats. Pourtant, malgré ces conquêtes populaires, les dynamiques d'aliénation, elles, se sont simplement déplacées.


Pour preuve, les débats actuels autour de la taxation des plus riches, parfaitement décryptés dans l'essai percutant de Gabriel Zucman, Les milliardaires ne paient pas d'impôt sur le revenu (et nous allons y mettre fin).


Ou encore l'essor de l'IA générative, entraînée par des travailleurs sous-payés au Kenya et ailleurs dans le monde, une forme d'exploitation invisible qui rappelle étrangement les chaînes de production dénoncées par Emma Goldman, et qui met en péril des activités humaines qualifiées comme la rédaction ou la traduction, réduites à relire en quantité des textes industriels générés par des machines pour augmenter la productivité et baisser les coûts : mais à quel prix ?


Tout est une question de point de vue, et chaque dérive mérite qu'on s'interroge dessus et qu'on alerte, par mesure de précaution. Pour conclure, les mots de l'autrice sonnent ici comme une prophétie : «La richesse du monde n'est-elle pas aux mains de quelques-uns seulement? Ne sont-ils pas les rois absolus, les maîtres de la situation ?»

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