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L’art de perdre - Alice Zeniter

  • 19 mars
  • 4 min de lecture

Récompensé par de nombreux prix littéraires, dont le Prix Goncourt des lycéens, L’art de perdre d’Alice Zeniter est une saga historique sur l’indépendance algérienne du point de vue des descendants de Harkis.


Une femme avec le drapeau algérien pour illustrer le roman L’art de perdre d’Alice Zeniter

« Conformément au plan Challe, une pluie de pierres précieuses s'abat sur le pays à l'automne : opérations Rubis, Topaze, Saphir, Turquoise, Émeraude. La mort qui tombe sur la région du Constantinois a rarement porté d'aussi jolis noms. »

Alice Zeniter


La guerre d'Algérie a été le théâtre d'une horreur absolue. Une guerre qui a mis du temps à être reconnue comme telle. Les cicatrices sont encore à vif pour certains. La haine, mais aussi la tristesse, se ressentent à l'évocation de certains événements particulièrement violents. Avec L'art de perdre, Alice Zeniter propose une fresque historique sur cette période de l'histoire des deux pays. Un texte sur la chute d'un empire, la fin de la colonisation, la fin d'une époque.


Couverture du roman L’Art de perdre d’Alice Zeniter
© J’ai lu

Quelle est l'histoire dans L'art de perdre d'Alice Zeniter ?


L’art de perdre d'Alice Zeniter s'impose comme un roman transgénérationnel majeur. Le récit s'ouvre d'abord à travers le regard d'Ali, en pleine guerre d'Algérie, recruté par l’armée française en Kabylie. Il se poursuit avec l'exil de sa famille en France, contrainte de fuir une terre qui ne voulait plus d'eux, pour s'achever avec Naïma. À 29 ans, cette dernière n'a rien oublié de ses origines et décide de retourner dans ce pays que ses ancêtres ont quitté.


Alice Zeniter nous prévient d'emblée : ce livre a été écrit pour « combler les silences avec la fiction et les recherches ». Le travail historique de l'autrice est exceptionnel et nous fait remonter le temps à travers les événements les plus sombres et complexes de cette période : le massacre de Sétif, celui de Palestro, l'émergence du FLN, la bataille d'Alger ou encore la multiplication des attentats. À ce titre, la lecture des travaux de l'historienne Raphaëlle Branche est indispensable pour mesurer l'horreur des mutilations à Palestro, tout comme le visionnage du film de Gillo Pontecorvo reste une référence absolue pour comprendre la répression menée lors de la bataille d'Alger.


« À l’école, Naïma apprend que la Méditerranée traverse la France comme la Seine traverse Paris », peut-on lire dans l'ouvrage. Cette citation souligne qu'à l'époque, pour de nombreux Français, l'Algérie n'était rien d'autre qu'un département. L’indépendance du pays s'est alors heurtée à une violence inouïe, exacerbée par les exactions terribles des membres de l'OAS s'opposant frontalement à l'État français.


Alice Zeniter dépeint avec une finesse le déracinement de la famille d’Ali. Après le choix tragique entre « la valise ou le cercueil », cet exil les mène en France où ils sont parqués dans des camps de fortune avant de rejoindre des HLM. Ils y affrontent alors le racisme, la honte et l'apprentissage forcé d'une langue et d'un pays qui, en fin de compte, n'ont jamais été véritablement les leurs.


Qu'est-ce que l'art de perdre ?


Le titre du livre d'Alice Zeniter est un emprunt direct à un poème d'Elizabeth Bishop. Une poétesse qui a d'ailleurs eu le prix Pulitzer de la poésie. Elizabeth Bishop estime que « l’art de perdre n’est pas dur à apprendre ». Elle conseille de s’entraîner à perdre des choses insignifiantes (ses clés ou son temps) pour se préparer, petit à petit, à perdre des choses bien plus importantes (comme son pays, un être aimé). Selon elle, la perte est une fatalité, et il faut devenir «maître» dans l'art de perdre pour ne pas se briser. Dans le roman d'Alice Zeniter, cet art devient celui des exilés, de ceux qui doivent apprendre à vivre avec le vide laissé par l’Algérie. Il y a un art dans la perte d'une guerre aussi, cette "sale" guerre qui ne disait pas son nom. La perte de l'"Algérie de papa", la perte d'un pays colonisé, la perte de pouvoir pour la France.


Ces citations de L'art de perdre d'Alice Zeniter


Je pense que l'on peut saisir toute la puissance d’une œuvre à travers ses citations. J’ai compilé pour vous ces citations de L’art de perdre d'Alice Zeniter, un ouvrage magistral qui, rappelons-le, a reçu une demi-douzaine de prix littéraires à sa sortie en 2017.


« C'est long de faire ressurgir du silence un pays, surtout l'Algérie. »


« La vie est faite de fatalités irréversibles et non d'actes historiques révocables. »

« La propagande est un excellent combustible pour la colère. »


« L'amour, c'est toujours le chaos, même dans la joie. »


Aller plus loin dans vos lectures d'autrices

Sur les récits de guerre, je pense immédiatement à une autrice clé : Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature, à qui l'on doit notamment La guerre n’a pas un visage de femme. À travers des récits de femmes interrogées sur leur parcours militaire pendant la Seconde Guerre mondiale, l’autrice biélorusse sonde l’âme humaine et les ressorts de la guerre.


Sur la guerre d’Algérie, je pense aussi à Wassyla Tamzali avec Une éducation algérienne. Dans ce récit, elle revient sur l’indépendance, notamment cette fierté de tout un peuple libéré du joug français, mais aussi sur la radicalisation du pays et la « décennie noire » des années 90. Je pense aussi à Djamila Boupacha de Gisèle Halimi, qui nous raconte l'histoire de cette femme torturée par l'armée française pendant la guerre, un combat juridique et humain qui a marqué l'histoire du féminisme et de la décolonisation.


Il existe de très nombreux récits, essais et témoignages sur la guerre en Algérie. J’en ai lu de très nombreux (Benjamin Stora, Bourdieu, Henri Alleg, etc.) que je recommande pour mieux comprendre l’origine du conflit, ses conséquences et ses horreurs. Pour compléter cette fresque, Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud, offre, lui, le point de vue d’un appelé français. Enfin, un autre livre me revient en mémoire, celui de Joëlle Hureau, La mémoire des pieds-noirs, pour comprendre une partie de la déchirure de l'exil.


Ce sujet, qui touche à des mémoires traumatiques, reste délicat et il convient de le traiter avec respect et compréhension.

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