Juste avant l'Oubli - Alice Zeniter
- 22 févr.
- 4 min de lecture
Dans Juste avant l’Oubli, Alice Zeniter nous entraîne sur les traces d'un auteur de polars devenu légendaire après une disparition mystérieuse, laissant derrière lui le vieux gardien Jock comme seul témoin de son passé. Entre l'analyse des mécaniques du couple et la déconstruction d'un mythe littéraire que le monde s'arrache, ce roman passionnant interroge la frontière ténue entre la célébrité et l'effacement.

Il est des livres que l'on souhaite lire pour percevoir l'évolution du style d'un auteur. Il en est d'autres qu'on ne peut éviter tant le sujet ou l'écrivain nous passionne. Juste avant l'Oubli d'Alice Zeniter appartient un peu à ces deux catégories. Après avoir lu Sombre dimanche, j'ai 'été intriguée par ce titre d'un autre roman d'Alice Zeniter : l'Oubli... mais l'Oubli de quoi ? Allez savoir... Il semble qu'après certains événements tragiques et inévitables, l'oubli s'installe sans que la volonté n'ait son mot à dire.
Ce roman a d'ailleurs reçu le prix Renaudot des lycéens en 2015. Signe d'un succès mérité pour une histoire prenante, presque dévorante. On peut oublier un lieu, une personne, les abandonner pour de bon... mais juste avant l'Oubli, il se joue une histoire assaisonnée d'envies, de doutes, d'amour, de passion et d'impossibilités.

Quelle est l'histoire du roman Juste avant l'Oubli d'Alice Zeniter ?
C’est l’histoire du couple formé par Émilie et Franck. Un couple qui traverse le temps et les épreuves... juste avant l'Oubli. Le récit nous transporte sur une île abandonnée, l'île de Mirhalay, au cœur d'un archipel écossais. La seule raison de la présence du couple est un événement organisé en hommage à un auteur célèbre : Galwin Donnell. Cet auteur de polars est adulé par des chercheurs et des universitaires qui théorisent sur ses textes pendant des journées du patrimoine qui lui sont consacrées.
Au milieu de cette effervescence, on croise des phoques sur la plage, un gardien taciturne et inquiétant, et Franck, l'amoureux d'Émilie. Si Franck est là, c’est pour elle, car Émilie a consacré sa thèse à l’illustre auteur. Il l'aime, et pourtant, lentement, un malaise s'installe. Franck ne se sent pas à sa place sur cette île inhospitalière. Lui, l'infirmier qui sauve des vies, se retrouve à écouter des discours sur les addictions du romancier ou de ses personnages, sur la place des femmes dans ses livres et sur les hypothèses les plus loufoques concernant sa disparition.
L'auteur s'est-il évaporé dans la nature ?
S'est-il suicidé ou noyé ?
Personne ne le sait, et ce mystère ne fait que renforcer l'aura qui plane autour de lui et anime les discussions.
Concernant le suicide dans ce livre, je tiens à vous avertir, surtout si vous êtes sensible à ce sujet. Le suicide est un thème récurrent en littérature, et s'il est parfois difficile d'éviter les ouvrages qui l'évoquent, n'hésitez pas à appeler le 3114 en cas de sentiments difficiles à surmonter, que ce soit avant ou après une lecture.
Citations de Juste avant l'Oubli d'Alice Zeniter
Pour saisir l'essence de ce roman d'Alice Zeniter, j'ai compilé ces citations inspirantes pour vous :
« Rien ni personne ne se démène à produire de la beauté en pure perte. »
« Il voulait que l’amour le fasse sortir de lui-même, qu’il soit une sorte d’épiphanie perpétuée, un arrachement, une mue. »
« Pourquoi demandons-nous au silence de révéler plus que la parole ? »
« Ici, c’est bien le silence qui parle le plus, c’est par l’absence que l’on mesure l’intensité de la douleur. »
« La littérature est une forme de plaisir poussée à son raffinement le plus extrême par des écrivains que le rapport habituel au langage ne satisfait plus. »
« Il y a de plus en plus de gens à avoir suffisamment d’études ou de culture pour qu’on puisse s’étonner qu’ils soient si cons. »
Aller plus loin dans vos lectures de femmes inspirantes
Parce que la voix des femmes ne doit jamais être oubliée, surtout en littérature où leur place se gagne de haute lutte, je vous conseille vivement de lire Toute une moitié du monde d'Alice Zeniter. Cet essai brillant interroge justement l'effacement des femmes dans nos références littéraires. Les personnages féminins écrits par des hommes donnent-ils toujours la pleine mesure de nos sentiments ? N'est-ce pas, là encore, un carcan masculin qui nous dicte nos humeurs et nos réactions ? N'y a-t-il pas de place pour des figures féminines plus inspirantes, plus proches de nos cœurs ? Ne devenons-nous pas des « lecteurs-hommes » lorsque nous lisons exclusivement des récits masculins ?
Avec Alice Zeniter, j'ai compris qu'il était urgent de lire des récits et des romans de femmes. Pour leur redonner toute leur place dans nos bibliothèques, et pour qu’enfin, on ne les oublie plus. Je vous recommande donc de découvrir La Porte de Magda Szabó, ou encore Madelaine avant l’aube de Sandrine Collette. Plongez dans Moi, Tituba sorcière... de Maryse Condé, laissez-vous transporter par Du domaine des murmures de Carole Martinez, ou immergez-vous dans L’autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie et Love de Tony Morrison. Chacun de ces ouvrages propose une immersion dans une littérature portée par de grands personnages féminins, aussi denses que bouleversants.


