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La Porte - Magda Szabó

  • 27 janv.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 févr.

Publié en 1987, La Porte de Magda Szabó est un chef-d’œuvre de la littérature hongroise qui n'a cessé de conquérir le monde. Récompensé par le prix Femina étranger en 2003, ce roman a également été sacré « meilleur livre de l’année » par le New York Times en 2015.


Porte ancienne en noir et blanc
La porte : frontière entre le secret et le sacré. Retour sur le huis clos bouleversant de Magda Szabó.

« Quand on a le cœur percé d'une lame acérée, on ne s'effondre pas aussitôt. »


Je suis triste, d'une tristesse immense. Refermer ce roman m’a laissé le cœur en miettes. Je me sens un peu fâchée contre Emerence, l'une des protagonistes de La Porte de Magda Szabó. Mais je ne vous dirai pas pourquoi : cette colère, vous devrez la découvrir et la traverser en lisant ce texte sublime. Je ne pouvais pas lâcher ce livre et, pourtant, je redoutais d'avancer trop vite. Je sentais venir l'inévitable, et je voulais désespérément l'empêcher. C'est un livre magnifique, tout simplement. Il existe des œuvres ainsi, que l'on voudrait ne jamais terminer pour qu'elles fassent toujours partie de notre vie. À l’image d'Emerence, ce personnage qui semble immortel tant il irradie de caractère et de force.


© Le Livre de Poche
© Le Livre de Poche

C'est l'histoire d'un amour...


Ce roman figure parmi les recommandations de lecture d’Alice Zeniter dans son essai L’Autre Moitié du monde, où elle interroge la place des femmes dans la littérature et les modèles que nous offrent les grands auteurs. Ce n'est pas un hasard si elle cite La Porte comme une référence majeure : Emerence est un personnage hors du commun.


Selon Alice Zeniter, ce qui touche au cœur de cette intrigue, c'est le conflit entre des êtres qui, pourtant, « essaient de bien faire, essaient d’entendre l’autre, de le laisser exister au lieu de s’arc-bouter sur des postures antagonistes ». Elle résume cette œuvre mieux que je ne saurais le faire, alors je lui laisse la parole :


Ce livre, traduit par Chantal Philippe, est entièrement construit autour de la relation entre deux femmes : la narratrice, une écrivaine bourgeoise, et Emerence, la concierge de l'immeuble. (...) Ce que raconte le roman, tout du long, c'est une relation entre deux femmes, infiniment plus complexe que la compétition ou la lutte. C'est l'histoire d'un amour qui n'est pas vraiment filial, pas vraiment amical, qui se construit peu à peu, par des actes discrets ou dans d'intenses moments de crises, un amour qui se fige parfois, qui recule brusquement, se lasse par instant et s'émerveille de lui-même à d'autres. »

J'ai aimé chaque instant de cette lecture, malgré les larmes qui m'ont accompagnée. On s'attache aux personnages au point de les idéaliser ; ils viennent parfois combler un vide en nous, celui laissé par des êtres chers, ou réveiller des souvenirs enfouis. Ce que nous enseigne Emerence est inestimable : c'est une leçon de foi, d'entraide malgré les drames, d'abnégation et d'un amour inconditionnel qui s'impose sans jamais se laisser dompter.


Citations de ce roman de Magda Szabó


Cette lecture fait partie de mes plus belles découvertes, et pour garder son souvenir, j'ai compilé quelques citations magnifiques:


"Je n'ai pas écrit ce livre pour Dieu, il connaît mes entrailles, ni pour les ombres, elles sont témoins de tout, me surveillent à chaque instant, éveillée ou endormie, mais pour les hommes."


Je n'aime pas mes propres secrets, encore moins ceux des autres."

"Quand le temps change brusquement, le soleil sort des nuages gris, mais jamais d'une manière aussi inattendue, si contraire à la logique."


"L'affection est un engagement, une passion emplie de risques et de dangers."


Aujourd'hui, je sais ce que j'ignorais alors, l'affection ne peux s'exprimer de manière apprise, canalisée, articulée, et je n'ai pas le droit d'en déterminer la forme à la place de quelqu'un d'autre."

"Les choses doivent se passer comme il faut, même la mort."


"Celui qu'on ne peut pas aider, c'est qu'il n'a pas besoin d'aide, si elle en avait assez de la vie, personne n'avait le droit de la retenir."


L'écriture n'est pas un maître facile, les phrases laissées en place ne peuvent jamais être reprises avec la même qualité, la nouvelle formulation s'écarte de la ligne du texte dont plus rien ne garantit alors la tenue."

"Ils veulent la paix, vous le croyez? Moi pas, qui achèterait les fusils, quelle raison donnerait-on pour pendre ou piller, et d'ailleurs si le monde n'a jamais connu la paix universelle, pourquoi devrait-il la connaître aujourd'hui?"


"Je n'ai besoin de personne s'il n'est pas entièrement à moi."


Lorsqu'on commet l'impardonnable, on ne s'en rend pas toujours compte, mais quand on l'a fait, quelque chose en nous le sait. Je me suis dis que cette tension en moi était due au trac, mais c'était le remords."

"Plus une chose est simple, moins elle est facile à partager."


"Quand on a le coeur percé d'une lame acérée, on ne s'effondre pas aussitôt."


Aller plus loin avec la littérature féminine


Je vous conseille vivement de poursuivre votre découverte d'autrices incontournables en plongeant dans l'œuvre d'Alice Zeniter : Sombre dimanche, L'Art de perdre ou encore Juste avant l’Oubli. Puisqu'il est ici question d’émotions pures, je tiens aussi à partager un autre livre, dans un tout autre registre, qui m’a laissé un sentiment d’une puissance rare : Beloved de Toni Morrison. Là encore, il est question de femmes et de drames profonds. Chimamanda Ngozi Adichie est également une autrice à suivre absolument: Americanah, par exemple, ou encore L'Autre Moitié du soleil, où l'on suit le destin de femmes incroyables.


Ces lectures m'amènent à réfléchir aussi à la place des femmes dans la littérature. Force est de constater que dans notre imaginaire, le « male gaze » est omniprésent : les grands auteurs ont toujours adoré raconter les femmes (pensons à Madame Bovary de Gustave Flaubert, par exemple). Pourtant, nous ne prêtons pas toujours attention à la perspective des œuvres que nous consommons. C'est pour cette raison que j'ai aimé m'immerger dans les réflexions d'Alice Zeniter et suivre une partie de ses recommandations. Lire des femmes,c'est aussi réapprendre à voir le monde à travers des yeux qui ne cherchent pas à nous dominer, mais à nous raconter. À mon tour, je vous les transmets comme autant de fils à suivre.

 
 

 

Dans la bibliothèque de Marion, une collection de fragments de littérature féminine, choisie avec soin pour garder une trace de la beauté des mots.

 

 

 

 

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