Du domaine des Murmures - Carole Martinez
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Du domaine des Murmures de Carole Martinez nous plonge dans une époque de ferveur et de ténèbres. Pour échapper à un mariage forcé, la jeune Esclarmonde choisit de s'emmurer vivante. Entre le fracas des Croisades en Terre sainte et le silence d’un secret terrible, l'autrice nous propose une épopée lyrique sur la quête de liberté d'une femme "encagée" dont la voix traverse, encore aujourd'hui, les murs de l'oubli.

Du domaine des Murmures de Carole Martinez, lauréat du prix Goncourt des lycéens en 2011, nous offre un portrait de femme aux convictions inébranlables. Esclarmonde est une héritière directe de l'Antigone de Jean Anouilh : une jeune fille prête à quitter la société des hommes pour la pureté de ses croyances. En choisissant de se retirer du monde pour ne plus en subir les lois, et surtout pour refuser celles d'un père inique, elle tente de s'élever au-dessus de sa condition. Pourtant, dans le silence de sa cellule de pierre, elle se retrouve bien vite rattrapée par sa propre réalité physique : son corps de mortelle, avec ses besoins, ses désirs et ses failles.

Quelle est l'histoire de ce roman de Carole Martinez ?
Dans le roman Du domaine des Murmures de Carole Martinez, le choix d'Esclarmonde de s'emmurer vivante n'est pas qu'un acte de dévotion : c'est une fuite désespérée pour échapper à sa condition de femme. Un choix qui la protège finalement d'un secret inavouable, celui de l'inceste. Ce thème, tristement universel, résonne avec mes lectures récentes, comme La familia grande de Camille Kouchner ou L'Inceste de Christine Angot.
Ici, la relation au père est d'une toxicité absolue : un homme dont la colère franchit toutes les limites, sacrifiant l'innocence de sa propre fille sur l'autel de sa puissance. Dans ce contexte, la religion occupe une place ambivalente. La cellule de la recluse, initialement perçue comme une prison, se transforme paradoxalement en un lieu de pèlerinage pour les âmes en peine. En s'emmurant, Esclarmonde sacralise sa blessure et transforme son silence en une force mystique qui attire les foules.
Qui sont les personnages principaux Du domaine des murmures de Carole Martinez ?
Le personnage principal est Esclarmonde, dont nous suivons les songes et les visions depuis sa cellule. Elle incarne la résistance face à l'autorité. À ses côtés, son père, le seigneur des Murmures, occupe une place centrale et un rôle terrible : il est le visage de cette domination masculine dont elle cherche à s'extraire.
Parmi les autres figures marquantes, on retient aussi :
Lothaire, un soupirant d'Esclarmonde dont le destin bascule lors d'un mariage avorté. Son repentir soudain tient du miracle et modifie profondément le cours du récit.
Douce, la belle-mère. D’abord hostile, elle devient une figure clé en finissant par soutenir Esclarmonde, illustrant une sororité inattendue.
Bérangère, Jehanne et Yvette : Ces personnages féminins enrichissent la lecture. L'une assume sa nature et sa sensualité, tandis que l'autre cherche son émancipation, offrant ainsi un panorama complet des conditions féminines de l'époque. La nourrice quant à elle est garante du savoir et de la tradition. Figure de l'ombre, elle représente cette transmission orale et instinctive qui lie les femmes entre elles au-delà des murs de la cellule d'Esclarmonde...
Ces citations du roman Du domaine des Murmures de Carole Martinez
J'ai compilé plusieurs citations Du domaine des Murmures de Carole Martinez pour en partager l'essence avec vous.
« Je suis l’ombre qui cause.
Je suis celle qui s’est volontairement clôturée pour tenter d’exister.
Je suis la vierge des Murmures. »
« J’aurais tant aimé ne pas déplaire à mon père. »
« Qu’il faisait doux au matin de ma mort ! »
« Seuls les hommes sont assez cruels pour rendre les mères responsables des actes de leurs enfants. »
Aller plus loin dans vos lectures de femmes inspirantes
Au cours de ma lecture, je n'ai pu m'empêcher de penser au roman Madelaine avant l'aube de Sandrine Collette. Ce texte nous propose un personnage principal tout aussi poignant que celui de Carole Martinez, ancré dans la description d'une époque brutale du point de vue du « petit peuple ». Dans certains passages Du domaine des Murmures, notamment sur les difficultés agraires et la figure imposante du maître des Murmures, on pourrait croire que les deux romans se répondent. L’un présente le quotidien des paysans, tandis que l’autre dépeint l’univers des maîtres qu’ils servaient.
Ce sont deux points de vue féminins fascinants : d'un côté Madelaine, une fille pleine de force, de conviction, mais aussi de violence ; de l'autre Esclarmonde, la sainte emmurée. Toutes deux sont harcelées par la folie des hommes, et toutes deux tentent, à leur manière, de s'en affranchir. De Marie à Marie-Madeleine, ces deux romans touchent au Divin.


