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Le livre des heures - Anne Delaflotte Mehdevi

  • 29 janv.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 févr.

Le Livre des heures d'Anne Delaflotte Mehdevi nous ouvre les portes du Paris médiéval. Ce texte sélectionné pour le Prix des Libraires-Télérama 2023, est une ode à l’art de l’enluminure et à la puissance de l'amour au XVe siècle.


ouverture du livre Le Livre des heures d'Anne Delaflotte Mehdevi, un roman sur la reliure et la reconstruction de soi.
Un destin de femme au Moyen Âge, entre quête d'émancipation et création.

« Fichue fille, que n'es-tu née garçon. » - Anne Delaflotte Mehdevi


Cette phrase, qui résonne comme un défi lancé au destin, résume à elle seule l'âme du Livre des heures d’Anne Delaflotte Mehdevi. Véritable machine à voyager dans le temps, ce roman nous transporte avec une précision rare dans le Paris médiéval du XVe siècle. Au fil des pages, l'autrice ressuscite tout un monde : ses mœurs, ses croyances profondes et la minutie fascinante de l’artisanat d'autrefois. Au cœur de ce récit à la fois doux et puissant, nous suivons Marguerite, une femme de caractère qui tente de se faire une place là où la société préférerait l'effacer.


Livre des heures d’Anne Delaflotte Mehdevi
©Collection Folio

L'histoire de ce roman d'Anne Delaflotte Mehdevi


Nommée en hommage à Sainte Marguerite, protectrice des femmes enceintes, l’héroïne de ce roman refuse pourtant le destin biologique qu’on lui assigne. Marguerite n'aspire qu'à une chose : s'émanciper par sa passion, la peinture.


Une histoire d'émancipation


En observant le travail des hommes dans l'atelier familial, elle apprend à voir la vie en couleurs et rêve de reprendre le flambeau de son père et de son grand-père. Mais au XVe siècle, sortir de sa condition féminine est un combat de chaque instant. Alors que son trousseau est prêt depuis ses seize ans et qu’on presse son mariage, Marguerite s'y refuse. Elle s'est fait une promesse : elle ne se mariera pas tant qu'elle n'aura pas atteint l'excellence, qu'il s'agisse de fabriquer les pigments ou de les coucher sur le parchemin. L’autrice nous offre des descriptions magnifiques sur les matériaux précieux nécessaires à l’époque pour créer les couleurs, et sur le labeur acharné de ces artisans pour se fournir en matières premières dans un Paris profitant d'une paix relative.


Pourquoi j'ai aimé ce livre d'Anne Delaflotte Mehdevi


Ce roman m’a touchée pour plusieurs raisons :

  • La plume est simple, sans descriptions à rallonge, mais d’une grande force évocatrice. On sent qu'Anne Delaflotte Mehdevi a baigné dans le milieu des relieurs à Prague pendant des années : son respect pour l'objet-livre transpire à chaque page.

  • L'autrice observe avec finesse l'évolution des liens au sein de cette famille, entre un frère jumeau malade, Jacquot, et une mère d'une grande dureté.

  • Marguerite détourne cet ouvrage religieux pour en faire un espace de confession, une sorte de journal intime chromatique.

    « Un livre d'heures est le type le plus courant d'ouvrage médiéval enluminé. Il offrait au laïc une collection de textes, de prières et de psaumes illustrés, constituant le recueil de base pour la pratique religieuse. »

  • Imaginez une jeune femme du XVe siècle, aussi libre que talentueuse... C’est un portrait merveilleux, plein de passion et de lumière. Au-delà de la belle et douce histoire d'amour, c'est l'amitié et la quête de liberté que j'ai préférées.


Vivre de son talent, conquérir sa liberté par le travail et une bonne étoile, malgré les carcans sociaux... C’est un livre féministe qui s'ignore presque, ou du moins qui le dit avec une douceur infinie. Un récit sur le rêve accessible à force de persévérance.


Ces citations du roman d'Anne Delaflotte Mehdevi


Voici des citations soulignées au fil de ma lecture de ce roman qui m'a marquée par sa douceur et sa force.


"Comment faire tenir le monde entier dans le paysage d'un tableau ?"


"Avoir chez soi une fille qui regimbe, est pire que puce dans sa chausse."


Chacun participe à l'Histoire, par son action ou par omission, chacun apporte son petit caillou."

"Le sentiment est éphémère, mais le temps qu'on le tient en vaut mille autres."


"Un beau livre d'heures requiert jusqu'à 8 mois de la vie d'un peintre."


"La méchanceté est un excellent divertissement, qui se vend."


Peut-être qu'en temps de paix, les hommes font violence aux femmes pour se tenir prêts ? Pour quand la guerre reviendra, pour garder le goût de la proie."

"Les hommes sont des alliés ou des menaces."


"L'amour, pour cet autre rencontré au hasard, qui ne nous doit rien, à qui on ne doit rien, qu'on reconnaît et désire absolument, qui justifie tout."


Aller plus loin dans vos lectures féministes


Cette lecture entre en résonance avec l'essai passionnant de Titiou Lecoq, Les Grandes Oubliées. Cette autrice féministe y retrace l'histoire de ces métiers autrefois féminins, que l'on a peu à peu "masculinisés" pour reléguer les femmes au foyer et les effacer de l'espace public. Ce silence historique me ramène inévitablement à Olympe de Gouges et à sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Son texte nous rappelle que la cause des femmes fut la grande absente de la Révolution française, une réalité trop souvent passée sous silence sur les bancs de l'école. Je dédie cette lecture à toutes celles qui ont marqué l'Histoire, mais que le patriarcat a tenté de plonger aux oubliettes.

 
 

 

Dans la bibliothèque de Marion, une collection de fragments de littérature féminine, choisie avec soin pour garder une trace de la beauté des mots.

 

 

 

 

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