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De la poésie féminine

  • 11 mars
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 avr.

Parce que de nombreuses poétesses sont tombées dans l'oubli, voici un petit recueil de poèmes et de citations de ces plumes parfois méconnues. De la poésie féminine pour éveiller les consciences, sans violence, sur la condition des femmes qui n'a jamais cessé d'inspirer de grands mouvements d'âmes.


Un livre ouvert avec une paire de lunettes et des fleurs, pour représenter la poésie féminine.

« Quand sera brisé l'infini servage de la femme... elle sera poète, elle aussi ! »

Arthur Rimbaud


Voici les mots visionnaires de Rimbaud dans sa célèbre Lettre du Voyant (1871). Il y prédisait un temps où la femme, libérée, trouverait l'inconnu et des mondes d'idées nouveaux. Pourtant, comme le souligne Sylvie Brunet dans La petite anthologie des poétesses françaises cet avenir était déjà là, tapi dans l'ombre des salons et des mémoires effacées. Ce silence n'est pas un hasard. Dans son essai Les Grandes Oubliées, Titiou Lecoq analyse ce mécanisme d'effacement des femmes au fil du temps : elles ne sont pas absentes de l'histoire, elles en sont systématiquement gommées par ceux qui l'écrivent, des hommes.


Parlons un peu de ces poétesses dont le nom et les écrits sont tombés dans l'oubli. On vante toujours Hugo, Flaubert ou Baudelaire, pour ne citer qu'eux. Pourtant, de leur temps, ils admiraient eux-mêmes des femmes pour leurs plumes magnifiques et se pressaient dans leurs salons littéraires. Le temps passe et les femmes disparaissent de notre patrimoine littéraire. Pour preuve : on n'étudie pas les poèmes de femmes comme ceux des hommes. Pourtant, il y a eu Sappho (vers le VIIe siècle av. J.-C.), l'une des premières voix poétiques de l'humanité. On nous enseigne pourtant plus aisément Jean de La Fontaine dès l'enfance, comme si aucune place n'était possible à ses côtés pour une poétesse... Il y a aussi eu Enheduanna, la première poètesse connue, ou encore La Pythie...


Un autre exemple criant du sexisme ambiant (volontaire ou non) : on ne choisit de se souvenir de Louise Colet qu'à travers le mot de rupture que lui a adressé Flaubert (d'une élégance fort discutable), et que l'on pouvait lire sur une affiche au bord de la plage, du côté de Trouville...


« Madame, J’ai appris que vous vous étiez donné la peine de venir, hier, dans la soirée, trois fois chez moi. Je n’y étais pas ; et, dans la crainte des avanies qu’une telle persistance de votre part pourrait vous attirer de la mienne, le savoir-vivre m’engage à vous prévenir : que je n’y serai jamais. J’ai l’honneur de vous saluer. »


Pour saluer sa mémoire, je vous propose de découvrir un poème de Louise Colet, très à propos puisqu'il est dédié aux femmes. Ce texte n’a pas pris une ride, alors qu’il a été écrit en 1854 ! Il mériterait sa place à côté du texte de rupture de Flaubert sur le bord de la mer... et même un peu partout sur nos murs pour que la sororité règne et que l'on se souvienne de cet héritage : notre matrimoine. Il nous aide à comprendre enfin le sens du féminisme, le vrai : celui qui ne fait pas de l’homme un ennemi, mais qui élève tout un chacun vers l’égalité et la dignité. Découvrez d'autres poétesses dans cet article d'anthologie de poésie féminine.


Recueil de poèmes écrits par des femmes


Les inflexions de l'âme n'appartiennent pas qu'aux hommes, les femmes peuvent aussi faire entendre leurs voix, et faire chanter leurs âmes... De l'amour heureux, à l'amour malheureux, en passant par les élégies maternelles, la perte d'un être cher, d'un enfant, les poétesses nous transportent avec douceur dans leur univers et leur époque avec talent.


Sommaire de ce recueil de poésie féminine


À une aimée de Sappho (VIIe siècle av. J.-C.)


Il goûte le bonheur que connaissent les dieux

Celui qui peut auprès de toi

Se tenir et te regarder,

Celui qui peut goûter la douceur de ta voix,


Celui que peut toucher la magie de ton rire,

Mais moi, ce rire, je le sais, il fait fondre mon cœur en moi.

Ah ! moi, sais-tu, si je te vois,


Fût-ce une seconde aussi brève,

Tout à coup alors sur mes lèvres,

Expire sans force ma joie.

Ma langue est là comme brisée,


Et soudain, au cœur de ma chair,

Un feu invisible a glissé.

Mes yeux ne voient plus rien de clair,

À mon oreille un bruit a bourdonné.


Aux Femmes de Louise Colet (1854)


Femmes, à vous mes chants, ma pitié, mon amour,

Toutes vous me semblez une part de moi-même,

Je lis dans vos douleurs et les peins tour à tour,

Toutes vous m'êtes soeurs et toutes je vous aime.


A vos persécuteurs je parle sans détour,

Malgré leur ironie ou leur lâche anathème ;

Car le mal est immense et l'instant est suprême,

Les secrets de nos coeurs éclatent au grand jour.


Notre rédemption est l'oeuvre qu'on médite :

L'amour se réjouit, l'impureté s'irrite

De voir la liberté qui nous donne la main.


L'esclave, qu'écrasait l'antiquité barbare,

Entrevoyait le jour, pressentait la fanfare

Des temps où finirait son douloureux chemin.

(Ce qu'on rêve en aimant)


Madrigal - Les Amoureux de Madeleine de Scudéry (1664)


L'eau qui caresse ce rivage,

La rose qui s'ouvre au zéphyr,

Le vent qui rit sous ce feuillage,

Tout dit qu'aimer est un plaisir.

De deux amants l'égale flamme

Sçait doublement les rendre heureux,

Les indifférents n'ont qu'une âme,

Lorsque l'on aime, on en a deux.


Portrait des Français de Fanny de Beauharnais du poème (1776)

Vers choisis


Tous vos goûts sont inconséquents :

Un rien change vos caractères ;

Un rien commande vos penchants.

Vous prenez pour des feux ardents

Les bluettes les plus légères.


Elégies maternelles de Victoire Babois (1805)

Vers choisis


Quel changement terrible ! hélas ! ces heureux jours,

en vain je les appelle, ils ont fui pour toujours.

Depuis l'instant affreux où tu me fus ravie,

Et qui dut être, hélas ! le dernier de ma vie,

(...)

Rien ne peut de t'aimer remplacer l'habitude (...)

Le courage n'est plus où n'est plus l'espérance.


Sans l'oublier de Marceline Desbordes-Valmore (1819)

Vers choisis


Sans l'oublier on peut fuir ce qu'on aime,

On peut bannir son nom de ses discours,

Et, de l'absence implorant le secours,

Se dérober à ce maître suprême,

Sans l'oublier !


Rêverie et L'Amour d'Elisa Mercoeur (1827- 1828)

Vers choisis


Rêverie (1828)


Qu'importe qu'en un jour on dépense une vie,

Si l'on doit en aimant épuiser tout son coeur.


L'Amour (1827)


Riant ou pénible mensonge,

De la raison fatal sommeil ;

L'amour n'est bien souvent qu'un songe

Dont la vieillesse est le réveil.


Petit Poème érotique de Renée Vivien (1908)

Vers choisis


Moi qui voudrais chanter, je demeure muette,

Je désire et je cherche et surtout je regrette...


L'Offrande à la nature d'Anna de Noailles (1901)


Nature au cœur profond sur qui les cieux reposent,

Nul n’aura comme moi si chaudement aimé

La lumière des jours et la douceur des choses,

L’eau luisante et la terre où la vie a germé.


La forêt, les étangs et les plaines fécondes

Ont plus touché mes yeux que les regards humains,

Je me suis appuyée à la beauté du monde

Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.


J’ai porté vos soleils ainsi qu’une couronne

Sur mon front plein d’orgueil et de simplicité,

Mes jeux ont égalé les travaux de l’automne

Et j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés.


Je suis venue à vous sans peur et sans prudence

Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,

Ayant pour toute joie et toute connaissance

Votre âme impétueuse aux ruses d’animal.


Comme une fleur ouverte où logent des abeilles

Ma vie a répandu des parfums et des chants,

Et mon cœur matineux est comme une corbeille

Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.


Soumise ainsi que l’onde où l’arbre se reflète,

J’ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs

Et qui font naître au cœur des hommes et des bêtes

La belle impatience et le divin vouloir.


Je vous tiens toute vive entre mes bras,

Nature. Ah ! faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour,

Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure

Que ne visitent pas la lumière et l’amour…


Aller plus loin dans vos lectures de femmes


Si vous souhaitez approfondir votre découverte de la poésie féminine, il existe plusieurs ouvrages accessibles qui permettent de réhabiliter ces voix sans se ruiner. Personnellement, j'ai eu un coup de cœur pour La Petite Anthologie des poétesses françaises de Sylvie Brunet. C'est un ouvrage de poche, puissant et très abordable. Je vous recommande également Une anthologie de la poésie féminine de Françoise Chandernagor. Parce que l'on peut aimer les grands poètes classiques tout en refusant l'exclusion des femmes de ce genre littéraire, je vous invite enfin à découvrir les réflexions d'Alice Zeniter. Dans son essai Toute une moitié du monde, elle décortique avec la place des femmes dans la fiction et l'importance de se réapproprier nos récits pour ne pas être invisibilisées ou silenciées...

 

Dans la bibliothèque de Marion, une collection de fragments de littérature féminine, choisie avec soin pour garder une trace de la beauté des mots.

 

 

 

 

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