Booker Prize : ces autrices qui ont décroché le grand prix
- Marion Marten-Pérolin

- il y a 2 jours
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Le Booker Prize (ou Prix Booker, dans la langue de Molière) est une prestigieuse récompense britannique. Depuis sa création en 1968, il célèbre les romans de fiction rédigés en anglais. Comme pour d'autres distinctions littéraires, l'absence des femmes certaines années a fait scandale... Voici la liste des lauréates de ce prix historique.

L'histoire des grands prix littéraires est révélatrice d'un biais de genre persistant dans la consécration des grands textes. Si l'écriture des femmes a toujours été empêchée, voire torpillée, comme le révèle si bien Joanna Russ dans son essai, la répartition des autrices primées par rapport aux hommes laisse songeur...
Pour le Booker Prize, on ne compte qu'un tiers de femmes lauréates depuis sa création en 1968. On fait le même constat pour le prix Goncourt, le prix Nobel de littérature ou le Pulitzer : la parité n'est jamais atteinte, et l'invisibilisation des écrits des femmes est parfois tellement criante que celles-ci doivent se soulever pour se faire entendre.
Au-delà de la beauté du verbe, il est aussi question de retombées économiques pour ces autrices. On constate à quel point ce déséquilibre n'est pas accidentel, mais systémique. Il ne révèle en rien une prétendue infériorité littéraire au féminin, mais bien une construction sociale qui valorise le monde du point de vue masculin, tout en dévalorisant le regard de l'autre moitié de l'humanité, pourtant tout aussi universel.
Booker Prize : la liste des autrices primées
J'ai comptabilisé pour vous les autrices qui ont été récompensées par le Prix Booker.
En voici la liste intégrale :
Bernice Rubens : The Elected Member (1970)
Nadine Gordimer : Le Conservateur (1974)
Ruth Prawer Jhabvala : Chaleur et poussière (1975)
Iris Murdoch : La Mer, la mer (1978)
Penelope Fitzgerald : Offshore (1979)
Anita Brookner : Hôtel du Lac (1984)
Keri Hulme : The Bone People (1985)
Penelope Lively : Moon Tiger (1987)
A.S. Byatt : Possession (1990)
Pat Barker : La Route fantôme (1995)
Arundhati Roy : Le Dieu des Petits Riens (1997)
Margaret Atwood : L'Assassin aveugle (2000)
Kiran Desai : The Inheritance of Loss (2006)
Anne Enright : Le Rassemblement (2007)
Hilary Mantel : Wolf Hall (2009)
Hilary Mantel : Bring Up the Bodies (2012)
Eleanor Catton : Les Luminaires (2013)
Anna Burns : Milkman (2018)
Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre (2019)
Margaret Atwood : Les Testaments (2019)
Samantha Harvey : Orbital (2024)
Bon à savoir : En 2026, une Française était en lice pour l'international Booker Prize, Marie NDiaye avec The Witch (la traduction de son roman La Sorcière chroniqué sur ce blog). Le prix a finalement été décerné à Yáng Shuāng-zǐ pour son ouvrage Taiwan Travelogue.
Prix Booker : une affaire de choix et d'image
De 2002 à 2019, la distinction s’est appelée le Man Booker Prize. Ce nom venait du sponsor de l’époque, le fonds d'investissement Man Group (fondé par un certain James Man au XVIIIe siècle). Pourtant, le retrait de leur parrainage en 2019 a été accueilli par beaucoup avec un soulagement teinté d’ironie. Même s’il s’agissait d’un simple nom de famille, afficher un énorme « MAN » en lettres capitales sur l'un des prix littéraires les plus prestigieux au monde commençait à faire franchement désordre... Surtout les années où le jury oubliait purement et simplement de récompenser des femmes ! Le prix est depuis revenu à son nom d'origine, plus neutre : le Booker Prize.
Prix littéraires : l'histoire d'une absence et d'une lutte
D'ailleurs, le Women's Prize for Fiction a justement été créé pour contrer l'absence de femmes dans les sélections du Booker Prize, notamment en 1991 où aucune autrice ne figurait sur la shortlist ! Depuis 1996, ce prix célèbre chaque année l'excellence des autrices. Pour l'édition 2026, c'est l'Américaine Virginia Evans qui a remporté le prix pour son premier roman The Correspondent.
Victoires au féminin et consécrations au masculin
Remporter le Booker Prize est un exploit, le décrocher deux fois reste extrêmement rare pour une écrivaine. Dans toute l'histoire du prix, seules Hilary Mantel et Margaret Atwood ont réussi ce doublé. Elles sont au Booker Prize ce que Barbara Kingsolver est au Women's Prize for Fiction : des plumes incontournables.
Cet état de fait cache une réalité bien plus sombre dans l’histoire des grands prix littéraires : alors que leurs alter ego masculins cumulent parfois les honneurs, les femmes, elles, continuent de se heurter à un plafond de verre, invisibilisées sciemment ou non par les jurys.
Quand on sait le combat que représente l'accès à la reconnaissance, ce doublé tient de la pure résistance littéraire. D'ailleurs, le traitement réservé aux auteurs masculins offre un contraste intéressant : un écrivain comme Salman Rushdie a été doublement sacré au-delà du prix initial, en remportant le Booker of Bookers (1993) puis le Best of the Booker (2008) pour son roman Les Enfants de minuit. Une consécration absolue qui confirme à quel point l'élite de l'élite littéraire reste majoritairement masculine.


