L’écriture des femmes : mon podcast pour découvrir des autrices du monde entier

L’écriture des femmes manque cruellement de visibilité. En étudiant leur place dans la littérature, j’ai découvert leur absence des anthologies les plus célèbres. Quand les grands auteurs jouissent de la lumière, les autrices demeurent le plus souvent dans l’ombre. Pourtant, leur talent est immense. Rien, si ce n’est le sexisme ordinaire, ne les entrave dans leur créativité. C’est pour leur redonner la place qu’elles méritent, dans nos bibliothèques et les grands prix, que j’ai créé ce podcast.

« Je suis Marion Marten, et un jour, j’ai réalisé que je n’avais lu presque que des hommes. Alors j’ai décidé de changer ça. Bienvenue dans La bibliothèque de Marion, où l’on célèbre l’écriture des autrices du monde entier. Dans chaque épisode, je vous raconte une lecture qui m’a marquée. »
Telle est l’ambition de ce modeste podcast dédié à l’écriture des femmes. Avec chaque épisode, je vous présente une autrice, un style, une voix en me basant sur mes coups de cœur littéraires présents ou passés. Car pour moi, la littérature permet à la fois d’utiliser le passé pour nourrir le présent et le futur, mais aussi de se nourrir à la source de la création. Elle est comme une meilleure amie : douce, parfois exigeante ou brutale, mais elle nous veut du bien.
Après avoir lu les grands classiques masculins, de Camus à Kessel en passant par Ishiguro, Modiano, Hemingway, ou encore mon préféré, Zweig, j’ai décidé de ne plus lire QUE des autrices. J’avais trop longtemps favorisé, sans même le savoir, des hommes. Bien sûr, il est important de lire ces classiques, pour sa culture personnelle, mais aussi pour leur beauté. Je ne nie pas la puissance littéraire de Romain Gary qui m’habite encore. Néanmoins, ce faisant, nous les lisons AU DÉTRIMENT des femmes et des autrices.
Comme le souligne Alice Zeniter dans Toute une moitié du monde (épisode 3 du podcast), on ne lit que des personnages écrits par des hommes, à tel point qu'on devient presque un homme en ne lisant et en étudiant que des hommes. On en oublie les particularités de l’expérience des femmes. On uniformise la pensée sous le prisme du masculin. C’est édifiant.
Nombreuses sont les femmes primées dont nous n’avons JAMAIS entendu parler à l’école, ou en soirée. On évoque moins aisément la prose des femmes, sauf les plus connues, celles qui ont reçu la consécration du prix Nobel de littérature, comme Han Kang ou Annie Ernaux. Et encore, je me demande combien d'hommes connaissent ces dernières.
C’est un glissement pernicieux, mais réel. En ne mettant pas en avant les livres des femmes sur nos étagères, dans nos bibliothèques, dans nos librairies, dans nos colonnes... on fait comme si elles n’existaient pas. C’est insupportable à constater. Aussi, j’ai pris cette décision clivante, politique ET féministe, mais qui me semble révéler une réelle prise de conscience collective : ne lire que des autrices. De là à écrire que je suis misandre comme Pauline Harmange? Pourquoi pas.
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L'écriture des femmes : les épisodes disponibles
Ce podcast est né d’un constat simple : parler de livres à l’écrit, c’est bien. Mais les faire entendre à voix haute, avec les nuances, les engagements, les partis pris, c’est autre chose. L’écriture des femmes prolonge mon blog La bibliothèque de Marion sous une forme plus directe, plus intime, plus libre.
Chaque épisode est consacré à une autrice et un de ses livres que j’ai chroniqués et lus. Des thèmes puissants ressortent tels des fils conducteurs de ma pensée : les réécritures féministes de la mythologie grecque, les essais féministes, les voix du monde entier que la traduction nous permet enfin d’entendre. Parce que lire des femmes est un choix politique, et en parler aussi.
Voici tous les épisodes disponibles depuis le lancement de ce format, qui vous permet d'écouter, en versions enrichies, mes chroniques parfois très denses!
Épisode 1 - Comment torpiller l’écriture des femmes de Joanna Russ
Le premier épisode de mon podcast sur les livres des femmes pose un constat glaçant et nous révèle comment le patriarcat a historiquement découragé, rabaissé ou effacé les œuvres écrites par des femmes.
Épisode 2 - Une chambre à soi de Virginia Woolf
Pour mieux comprendre pourquoi les femmes n'étaient pas publiées, et rencontraient des obstacles dans leur éducation et émancipation, l'essai de Virginia Woolf est LA référence absolue. L'autrice y indique que les femmes ont besoin d’argent et d’une chambre à elles pour créer. Un texte indispensable qui n’a rien perdu de son actualité, près d'un siècle après sa parution.
Épisode 3 - Toute une moitié du monde d’Alice Zeniter
Avec ce livre qui n'est ni un roman, ni un essai, mais plutôt une promenade dans le monde de la fiction, l'autrice nous explique comment la littérature a trop longtemps été racontée à travers un regard uniquement masculin. Avec cette lecture, on saisit mieux pourquoi il est indispensable de réclamer notre place dans les récits, dans les prix littéraires et dans l'imaginaire collectif.
Épisode 4 - Le Désir dans la cage d’Alissa Wenz
Mel Bonis, compositrice du XIXe siècle injustement oubliée confirme ce qui a été décrit par les autrices plus haut. On passe de la théorie à la pratique en nous intéressant à un destin particulier. On comprend mieux la tension (voire l'impossibilité) entre la création artistique et les tâches domestiques imposées aux femmes. Comment créer quand on a un bébé qui hurle à côté, qu'on doit quémander quelque argent pour se fournir en papier...?
Épisode 5 - Frankenstein de Mary Shelley
Publié anonymement en 1818, ce roman gothique est une référence absolue de toute bibliothèque féministe. On se demande qui est le véritable monstre de cette histoire ? Mary Shelley interroge ce que la société fait à ceux qu’elle rejette. Et le fait qu'elle ait publié ce texte anonymement en dit long sur la réalité de l'écriture des femmes, qui a toujours été empêchée. La liberté d'expression, oui, mais pas pour les femmes. Son oeuvre a d'ailleurs également été attribuée à son époux...
Épisode 6 - Circé de Madeline Miller
Je suis tombée amoureuse de sa plume et j'ai dédié cet épisode à Madeline Miller qui est une figure essentielle dans le paysage des réécritures féministes des grands mythes. La célèbre sorcière des mythes grecs, exilée parce qu’elle dérange les dieux en raison de ses pouvoirs incontrôlables, elle devient le symbole de l'oppression des femmes et de leurs savoirs. Un portrait intime et féministe d’une femme qui apprend à se connaître loin du regard des dieux, et des hommes qu'elle change en pourceaux pour en révéler la vraie nature.
Épisode 7 - Méduse de Jessie Burton
La Gorgone est certainement un des mythes les plus injustes de la mythologie grecque. Condamnée par Athéna, aucun homme ne peut regarder sans se pétrifier. Avec ses serpents sur la tête, c'est elle qui devient monstrueuse après avoir été violée par Poseidon. Jessie Burton propose une autre fin possible à ce mythe, car dans le mythe classique Méduse est décapitée par Persée (rien que ça...).
Épisode 8 - Moi, Tituba sorcière... de Maryse Condé
Maryse Condé, prix Nobel alternatif 2018, mérite ici toute notre attention. Car si les écrits des femmes sont invisibilisés, les écrits des femmes racialisées le sont encore plus ! Et les figures historiques sont tout simplement supprimées des archives, comme si elles n'étaient pas dignes d'être racontées. C'est donc un premier roman indispensable pour comprendre l'intersectionnalité à travers l'histoire vraie de Tituba, sorcière de Salem effacée par l’Histoire... à qui l’autrice redonne une voix, un destin, et une humanité.
Épisode 9 - Le Dieu des Petits Riens d’Arundhati Roy
Dans ma quête d'écrits du monde entier, j'ai plongé dans les lauréates du Booker Prize. Primée en 1997, Arundhati Roy livre une leçon de spiritualité dans ce roman où deux jumeaux se heurtent aux injustices de la vie et des adultes. L'autrice nous transporte dans un monde où le divin se cache dans les petits riens.
Épisode 10 - La Sorcière de Marie NDiaye
Avec ce roman court et intense qui réhabilite la figure de la sorcière, Marie NDiaye plonge dans le merveilleux pour explorer la puissance féminine et la transmission de secrets oubliés.
Épisode 11 - Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan
Il s'agit certainement d'un des livres les plus difficiles de ma bibliothèque tant le sujet me touche personnellement. Ici Delphine de Vigan met à nu les secrets de famille pour comprendre la maladie mentale de sa mère, la bipolarité. Avec douceur et force, l'autrice revient sur le suicide de celle-ci, et nous bouleverse pour toute la vie.
Épisode 12 - Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon
Entre essai et récit, Adèle Yon signe une enquête sur le traitement réservé aux femmes dans les institutions psychiatriques au XXe siècle, notamment la lobotomie. Ce que le patriarcat a fait à la santé mentale des femmes est insupportable, terrifiant et pourtant bien réel. Car le sexisme et la misogynie se retrouvent À TOUS LES NIVEAUX de la société, même chez les soignants.
Épisode 13 - Le Bal des folles de Victoria Mas
Toujours sur le sujet complexe sur la médecine (réservée aux hommes pendant longtemps) et les femmes, le premier roman de Victoria Mas apporte le coup de grâce. XIXe siècle, Salpêtrière : des femmes internées pour avoir osé exister. Un premier roman historique glaçant sur la violence institutionnelle et médicale faite aux femmes.
Épisode 14 - La différence invisible de Julie Dachez
La neurodivergence au féminin confirme les errances médicales qui découlent d'un monde pensé par des hommes et pour des hommes. Comment comprendre que les femmes autistes existent d'une part, et qu'elles ne ressemblent pas aux hommes autistes de l'autre ? Cela semble très difficile à comprendre pour tous ces hommes qui nous expliquent la vie (référence à Rebecca Solnit que je vous conseille de lire). Aussi, le coût de ce sexisme ordinaire est extrêmement élevé pour les femmes (et la société) avec de nombreux diagnostics tardifs. Une fois le diagnostic posé, c’est toute une vie à rembobiner. Cette bande dessinée met en lumière l’autisme féminin, sous-diagnostiqué et encore méconnu.
Épisode 15 - La Végétarienne de Han Kang
Peu de femmes, en plus de 100 ans d'existence, ont été couronnées par le Prix Nobel de littérature. J'ai voulu lire les heureuses élues dont Han Kang fait partie. Avec ce court roman, le lecteur fait la rencontre d'une femme qui décide du jour au lendemain, à cause d'un rêve, de ne plus manger de viande. Ce qui semble anodin devient un signe de résistance, de contrôle de son corps et de sa vie qui sont trop souvent soumis au regard des autres, de l'époux, du père, de la famille, du corps médical... Han Kang interroge les frontières du corps des femmes.
Épisode 16 - Moon Tiger de Penelope Lively
J'ai un rapport à la lecture très particulier. Je lis par salve sur un même sujet, une même autrice, un même prix littéraire. Ici j'étais dans ma phase d'analyse de certains Booker Prize. Primée en 1987, Moon Tiger de Penelope Lively présente un personnage des plus intrigants, Claudia H. Une journaliste indépendante qui reconstitue l’histoire du monde (notamment de la seconde guerre mondiale) à travers sa propre mémoire, depuis son lit d'hôpital à l'aube de sa mort.
Épisode 17 - La Couleur pourpre d’Alice Walker
Parce que les grands prix littéraires saluent peu les écrits des femmes, on en compte peu, mais des plumes ô combien magnifiques. C'est le cas de l'écriture d'Alice Walker. Prix Pulitzer 1983. Avec Celie, Nettie, Shug, l'autrice porte au monde des personnages inoubliables. Un roman féministe et humain sur la résistance des femmes noires dans l’Amérique ségrégationniste.
Épisode 18 - Beloved de Toni Morrison
Prix Nobel, Prix Pulitzer 1988... Toni Morrison est certainement une de mes autrices favorites. Entre réalisme historique et récit de fantômes, Toni Morrison explore ici la mémoire hantée de l’esclavage et de ses cicatrices indélébiles, à travers les yeux d'une mère qui veut protéger ses enfants du monde raciste dans lequel ils vivent captifs.
Épisode 19 - Triste tigre de Neige Sinno
Prix Femina et Prix Goncourt des Lycéens 2023 ce récit témoignage est un texte qui hante longtemps. Neige Sinno y dénonce l’inceste, la complicité de la société, et ouvre un horizon de reconstruction des victimes sur les cendres d'un monde violent envers les femmes, et les enfants. Un monde qui tolère plus qu'il ne condamne la pédocriminalité, qui est MAJORITAIREMENT le fait... des hommes.
Épisode 20 - Dans le jardin de l’ogre de Leïla Slimani
Les premiers romans ont une place particulière dans ma bibliothèque, on découvre les thèmes chers aux autrices, et on peut suivre l'évolution de leur plume. A mes yeux les premiers romans sont l'essence même de l'écrivain. Avec le premier roman de Leïla Slimani, on découvre Adèle, mère et épouse en proie à une addiction sexuelle compulsive. L’autrice explore la condition féminine dans le mariage et interroge la violence dans la sexualité.
Et pour aller plus loin, si vous cherchez par où commencer, ma pile à lire vous donne une idée de la ligne éditoriale de ce blog avec plus de 60 livres d'autrices à découvrir ensemble.
