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La Couleur pourpre - Alice Walker

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La Couleur pourpre d'Alice Walker est un phénomène mondial. Ce roman sudiste a reçu le prix Pulitzer de la fiction en 1983 et a été adapté au cinéma par Steven Spielberg en 1985. Un texte magnifique sur la réalité de la vie des femmes Noires, sur la violence, mais aussi sur la foi et la bonté.


Un coquelicot entouré de barbelés pour illustrer La Couleur pourpre d’Alice Walker

« Quand t'as envie de prier et que l'homme se met devant toi comme si que c'était pour lui, envoie-le balader. Pense aux petites fleurs, au vent, à l'eau, à un gros caillou. »


J'ai envie de commencer cet avis littéraire par cette citation pour illustrer la place de Dieu dans La Couleur pourpre d'Alice Walker. Selon moi, elle apporte une clé de lecture essentielle.


Prononcée par Shug à l'attention de Celie, cette phrase est pleine de douceur, de sororité et de foi. Elle révèle plusieurs thématiques chères à l'autrice : la remise en question d'un "Dieu blanc" dans nos représentations, une image qui exclut une grande partie de l'humanité, et le poids d'une figure masculine qui laisse, là aussi, les femmes sur le carreau. Avec ce précepte d'envoyer balader l'homme lors de la prière pour regarder la nature, on touche à l'essence même de l'œuvre : la création d'un Dieu qui veut que l'on remarque la beauté dans l'adversité, « un beau carré de pourpre dans un champ, par exemple ».


Avec cette prise de conscience, la méchanceté des uns ne pèse plus grand-chose... Comme le rappelle Alice Walker dans la préface de mon édition : « par quelque bonté insondable nous avons reçu les bonnes clés nous permettant d'ouvrir les plus profonds et les plus sombres cachots de notre asservissement émotionnel et spirituel, et de connaître la libération et la paix tant attendues. »


Deux visages superposés, couverture de "La couleur pourpre" par Alice Walker. Texte rouge : "Le roman culte adapté deux fois au cinéma".
© Robert Laffont

Quelle est l'histoire de La Couleur pourpre d'Alice Walker ?


Des années avant de lire ce roman magnifique, j'avais visionné son adaptation par Steven Spielberg. C'était mon film préféré. J'avais tellement pleuré pour les deux soeurs, Celie et Nettie, séparées pendant des décennies par la méchanceté de Mr... J'étais séduite par Shug aussi, sa voix, ses chansons, son histoire. En lisant le livre d'Alice Walker, j'avais l'impression d'entendre le film tant je l'ai regardé de fois. Pourtant, même si je trouve l'adaptation assez fidèle, il manque de nombreux passages passionnants, notamment sur l'histoire en Afrique relatée par Nettie. Ces lettres de Nettie ouvrent une dimension épistolaire essentielle qui lie le destin de Celie à ses racines et à une lutte plus globale.


La violence systémique


Un des thèmes les plus marquants de ce roman est certainement la violence et l'oppression des hommes sur les femmes. Des pères, des maris, qui abusent et battent leurs filles ou leurs épouses pour les dominer et les faire travailler péniblement, comme si elles étaient des esclaves au sein même de leur foyer. On y découvre alors une « double peine » : celle d'être une femme Noire dans un monde misogyne et raciste. Car en plus de supporter les coups à la maison, ces femmes subissent les violences systémiques de la part des Blancs qui les entourent. Des Blancs qui ont colonisé leurs terres, mais aussi leur esprit avec leurs règles et leur Dieu. Le récit s'inscrit dans un monde où la ségrégation raciale était une loi (les lois Jim Crow) jusqu'en 1964. Cette réalité m'évoque les mots de Martin Luther King qui rappelait qu'« une injustice quelque part est une menace pour la justice partout » dans sa Lettre de la prison de Birmingham. Il allait même plus loin en citant Saint Augustin : « une loi injuste n'est pas une loi. »


À travers le regard de Celie, notamment ses longues lettres envoyées au "Cher bon dieu" le lecteur comprend la domination du corps et l’esprit des femmes par le patriarcat. Le corps brisé par l"insexe" d'un père, par la maternité, par les tâches ménagères et le travail au champs. Avec un vocabulaire naïf et attendrissant, on comprend la douleur de Celie, a qui on arrache toute forme d'amour, sa soeur, ses enfants.... Mais fort heureusement, le roman offre une perspective de changement. On voit les hommes évoluer au fil des pages, apprendre à mieux comprendre leurs sentiments et à rejeter leur propre violence.


Pourquoi lire La Couleur pourpre d'Alice Walker ?


Lire La Couleur pourpre d'Alice Walker est essentiel pour comprendre la puissance du message sur le divin, mais aussi sur l'histoire du racisme et de l'esclavage, notamment aux États-Unis, en Europe et en Afrique. C'est un roman exceptionnel. Une telle puissance s'en dégage, portée par des personnages qui semblent avoir habité Alice Walker pour donner naissance à ce texte incontournable.


La place des femmes y est particulièrement marquante. On voit que les hommes les violentent, veulent les soumettre au point qu'elles finissent par avoir « plus de bleus sur leur peau que de baisers ». Cette oppression, à la fois physique et psychique, les enferme dans un rôle si étroit qu'il semble asphyxiant. Pourtant, c'est ensemble que ces femmes s'émancipent. En brisant l'isolement, elles donnent libre cours à leur passion, à leur foi et à leur amour. La relation entre Celie et Shug Avery, notamment, transforme la douleur en une force de vie créatrice. Elles ne sont plus des victimes, mais des femmes qui choisissent leur destin.


Ces citations de ce roman d'Alice Walker


Pour partager avec vous la beauté des mots d'Alice Walker dans La Couleur pourpre, voici des citations choisies.


« Cher bon Dieu, J'ai quatorze ans. J'ai toujours été bien sage. Alors peut-être que vous pouvez me donner un signe pour savoir ce qui m'arrive. »


« Toute ma vie j'ai été forcée de me battre, elle me dit. Avec mon père, avec mes frères. Mêmes avec mes cousins et mes oncles. C'est dur pour une fille, dans une famille où y a que des hommes. mais jamais j'aurais cru voir ça un jour dans mon foyer. »

« Depuis qu'on est mariés il a qu'une chose dans la tête c'est de me forcer à lui obéir. C'est pas une femme qu'il veut, c'est un toutou. »


« C'est la première fois qu'on donne mon nom à une bien belle chose. »


« Ce sont les images qui sont trompeuses, celles qui illustrent le texte, car tous les personnages sont des Blancs et on en vient à penser que tout le monde est ainsi dans la Bible. »

« Et l'insexe c'est un tour du diable qui en a d'autres dans son sac. »

« On est sur terre pour se poser des questions. S'interroger et interroger les autres. En se posant ces questions, à soi et aux autres, sur les grandes choses de la vie, on apprend plein de trucs sur les petites, par hasard. Mais on n'en sait pas plus sur les grandes choses. Plus je me pose des questions, plus je réflechis, et plus j'ai d'amour en moi. »

Aller plus loin dans vos lectures de récits féminins


Si vous cherchez à approfondir la compréhension de la Traite Atlantique et de ses racines, je vous conseille vivement de lire La Saison de l'ombre de Léonora Miano. Elle y décrit le rapt des hommes dans les villages africains pour le compte des Occidentaux, vue du côté de celles qui restent, les mères.


Dans la lignée des Prix Pulitzer de la fiction, deux autres monuments complètent parfaitement cette réflexion :

  • Beloved de Toni Morrison :

    Publié quelques années après le texte d'Alice Walker, il revient sur l'horreur des plantations et ces lois injustes aux conséquences dramatiques pour la maternité et la liberté.

  • Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur d'Harper Lee :

    Un livre précieux qui explore le racisme et l'injustice dans le Sud des États-Unis à travers le regard de l'enfance.


Autant de textes puissants qui dénoncent l'injustice et le racisme, toujours portés par ce point de vue féminin qui nous est si cher sur ce blog.

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