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Rien ne s’oppose à la nuit - Delphine de Vigan

  • 21 mars
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 avr.

Avec Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan livre un récit percutant et intime sur la figure de sa mère. En explorant la maladie mentale et les secrets de famille, l'autrice signe une œuvre récompensée par de nombreux prix, portée par une plume pleine de délicatesse.


Un ciel noir étoilé ponctué de nuages blancs pour illustrer Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan.

« L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d'interroger la mémoire. »


Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan est l'un des livres qui m'est le plus cher. Le sujet est difficile, effrayant, et pourtant tellement humain. L'autrice y évoque la maladie mentale de sa mère, Lucile, et son suicide. C’est un thème qui émeut profondément, d'autant plus lorsqu'on a été soi-même percuté par un deuil si particulier, qui laisse sans mots pendant longtemps.


Récompensé par de nombreux prix (Prix du roman Fnac 2011, Prix Renaudot des lycéens 2011, Prix roman France Télévisions 2011 et Grand prix des lectrices de Elle 2012), ce récit est une lecture essentielle et précieuse de ma bibliothèque. Delphine de Vigan y décrit une famille à la fois « joyeuse et dévastée » et décrypte son rapport à l'écriture de sa mère comme un véritable « état d’occupation ».


Couverture du livre Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan.
© Le Livre de Poche

Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan : récit d'un drame familial


Tout commence par une chanson. Celle de Bashung, Osez Joséphine, avec cette phrase qui donne son titre au livre : « Rien ne s’oppose à la nuit ». Une mélodie rythmée par une guitare électrique qui vous électrise, des paroles entraînantes qui dénotent étrangement avec le contenu d’un livre si dur...


« Rien ne s’oppose à la nuit... Rien ne justifie... et que ne durent que les moments doux... »

Ces mots nous en disent long sur la volonté de l’autrice : faire durer les moments doux, comme une dernière caresse à sa mère, et tenter de la raconter avant que l'oubli ne s'installe. Pourtant, ce livre est pétri de douleur et de chagrin. Il explore la bipolarité d'une mère et son suicide final. Delphine de Vigan n’enjolive rien, même si elle nous rappelle que la fiction déforme toujours la réalité, qu’on ne peut jamais démêler avec certitude le vrai du fictif. Ce qu'elle a d'ailleurs démontré avec force dans D'après une histoire vraie qui sème le doute au lecteur sur ce qui relève de la fiction et de la réalité. Un roman dans lequel elle revient d'ailleurs sur l'impact sur elle et sa plume de la publication de Rien ne s'oppose à la nuit.


Expliquer le suicide et la maladie


Dans Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan cherche une explication au geste fatal, une origine qui se situerait dans le traumatisme de l'inceste. Lucile était née "trop belle", et son père l’aurait violée. Dans des missives, elle aurait tenté d'alerter sa famille. En vain. À l'époque, on mettait tout sur le compte de son état psychiatrique. Alors sont apparues les crises, les délires... certaines scènes décrites vous prennent à la gorge. Il est difficile de concevoir qu’une enfant ait assisté à tout cela, et que l'adulte qu'elle est devenue ait découvert la vie de sa mère, des années plus tard, elle qui « voulait mourir vivante ».


Avec ce texte magnifique, l'autrice s’approche du drame, le met au monde et lui donne du poids. Car le suicide, sujet qui prolifère en littérature, effraie autant qu'il passionne. Mais lorsqu'on y est confronté dans la réalité, le regard change. On n’analyse plus le geste avec détachement ; on cherche des explications, on se torture, on culpabilise, on se met en colère. La vie prend un nouveau tournant, plus absurde que jamais. Alors, la littérature devient à la fois un refuge et une épreuve. Écrire semble salvateur, peut-être. Mais raconter la mort d’une mère, et plus encore son suicide, est un exercice périlleux qui transporte le lecteur à la lisière entre la vie et la mort.


Raconter les survivants


Les survivants rongent les questions comme des os, dans l’incompréhension la plus totale. Puis, une explication naît. On s’y accroche. Et on réalise l’étendue de notre impuissance à saisir l'insaisissable. On retourne tout, on s'épuise, et finalement, on veut rendre le défunt immortel. Lui redonner la parole, le retrouver le temps de quelques pages. Le comprendre, lui pardonner et se pardonner de n’avoir pas été là au bon moment, au bon endroit.


Ces citations de Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan


Pour prolonger la lecture de Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan, j'ai compilé pour vous quelques citations.


« J'écris Lucile avec mes yeux d'enfant grandie trop vite, j'écris ce mystère qu'elle a toujours été pour moi, à la fois si présente et si lointaine, elle qui, lorsque j'ai eu dix ans, ne m'a plus jamais prise dans ses bras. »

« La coordination est à l'écriture ce que le montage est à l'image. Telles que j'écris ces phrases, telles que je les juxtapose, je donne à voir ma vérité. Elle n'appartient qu'à moi.»


« Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. »

« Lucile était un rempart de silence au milieu du bruit. »


Aller plus loin dans vos lectures sur le thème de la santé mentale


De plus en plus de textes abordent la question de la santé mentale, notamment celle des femmes et les traitements qui leur sont réservés. Il en ressort que la société, dans son ensemble, peine à comprendre, à tolérer et à soigner ces pathologies qu’elle ne s'explique pas toujours, mais qu'elle provoque parfois. De là à écrire que le patriarcat porte une responsabilité dans l'émergence des maladies mentales, il n’y a qu’un pas. Ce qui transparaît ici, c’est l'impact des abus et la difficulté pour les victimes de mener une vie normale après de tels sévices. On pense bien sûr à l’inceste, évoqué dans Rien ne s’oppose à la nuit, mais aussi à la violence dans sa globalité : la violence masculine systémique envers les femmes.


Je pense notamment à un texte qui a fait grand bruit, Mon vrai nom est Élisabeth d’Adèle Yon, qui revient sur l’histoire de son arrière-grand-mère, internée et lobotomisée pour ne pas avoir correspondu aux attentes de la société : être une "bonne mère" et une "bonne épouse". Je pense aussi au livre Le Bal des folles de Victoria Mas, qui nous révèle les traitements brutaux infligés aux femmes jugées "hystériques" à la Pitié-Salpêtrière sous l’autorité de Charcot. À travers ces récits, on perçoit la violence sociétale et la misogynie à l’encontre des femmes "déviantes", insoumises ou simplement différentes.


Pour prolonger cette immersion dans les méandres de la psyché, je vous suggère deux autres ouvrages marquants. L'Intranquille de Gérard Garouste un récit puissant où l'artiste raconte son combat contre la bipolarité, autrefois appelée psychose maniaco-dépressive. Enfin, je pense au texte sublime En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut qui aborde la bipolarité maternelle à travers le regard émerveillé et tragique d'un petit garçon.


Quand la place des femmes n’était pas du côté des soignants, mais des soignées, cela laissait la porte ouverte à de nombreux abus. Sur ce thème, les essais Sorcières de Mona Chollet ou Les Grandes Oubliées de Titiou Lecoq sont essentiels pour comprendre l’histoire de l'effacement des femmes et de la chasse aux sorcières. Ils analysent ce que la misogynie produit comme violence physique et psychique.


Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan est l’un de ces textes qui vous bouleversent pour toujours. Dans cette lignée des récits qui explorent les conséquences des traumatismes sur l'adulte, je pense également à Triste Tigre de Neige Sinno (sur l'inceste) ou à La Petite Fille sur la banquise d’Adélaïde Bon (sur les suites d'un viol d'enfant). Ce que l'on comprend avec ces récits, c’est que la reconstruction est un chemin coûteux, que la parole est souvent déniée et que l'expérience des victimes est trop souvent balayée. En somme, que notre société ne protège pas encore suffisamment les enfants et les femmes, et encore moins les malades mentaux...

 
 

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