La vie clandestine - Monica Sabolo
- 16 févr.
- 3 min de lecture
La vie clandestine de Monica Sabolo, une enquête sur Action directe, mais aussi un récit sur la quête personnelle de l’autrice. Découverte d'une plume féminine aussi puissante que fragile.

« L'amour était ce lieu clandestin où je me promenais seule. »
Monica Sabolo
Cette citation de Monica Sabolo pose les bases. La Vie clandestine de Monica Sabolo fait partie de ces livres qui vous percutent et vous laissent esseulée. On redoute une lecture pénible, on craint de ne pas réussir à « entrer dedans », et pourtant.
Publié en 2022 chez Gallimard, cet ouvrage nous emporte dans une enquête sur Action directe. On y découvre le groupe terroriste, son organisation, ses membres, ses combats. Mais l'autrice y explore également la mémoire de sa propre vie intime et familiale: c'est cette histoire dans l'histoire qui crée l'attachement profond au livre.
Pourquoi lire La vie clandestine de Monica Sabolo ?
À travers ces pages, nous nous sentons plus proches que jamais d'une époque, celle des années 70 et 80 entre la France et Milan, ville natale de l'autrice. C'est le miracle de la littérature : traverser les époques au présent.
Ce livre est magistral même s'il est difficile tant il est plein d'une humanité fragile, délicate et pourtant si forte. Monica Sabolo nous interroge, nous pousse à comprendre l'autre et nous invite à chercher la vérité derrière les masques. Au cœur de l'ouvrage, une confession terrible vient bousculer le lecteur. On suit alors à la trace l'enquêtrice, l'enfant abusée, la femme. Entre victimes et coupables, on découvre un lot de drames et de vies brisées. Et le temps ne passe pas...

Ces citations de La vie clandestine de Monica Sabolo
J’ai rarement mis autant de temps à lire un livre. C’était, sans nul doute, le temps nécessaire pour laisser infuser cette lecture. Vous trouverez dans ces pages des mots d'une grande beauté, et d'autres d'une vérité criante. Terriblement vrais. Voici mes citations préférées de La vie clandestine de Monica Sabolo.
« On dirait que l'absence [...] appartient au territoire que j'habite. »
« Je suis terrifiée à l'idée que l'on puisse lire dans mon cœur, entrevoir ce qui le constitue, ce qui n'a pas de nom, pas de contours, mais que je porte en permanence, tel un animal endormi. »
« Ne vous approchez pas trop du cœur d'autrui, vous ne serez jamais plus sûr de rien. »
« On dirait qu'il parle d'amour, ou de littérature. De ce point qui brille, là-bas au loin dans l'obscurité, un lieu où l'on serait à la fois compris, aimé, et vivant. »
« Les membres d'Action directe aiment citer cette phrase de Bertolt Brecht : "Qu'est-ce qui est le plus moral : créer une banque ou l'attaquer ?" »
« Il n'y a pas d'âge pour combattre l'injustice. »
« Le bien et le mal se dévorent l'un l'autre. Le jour fait pâlir la nuit, puis la nuit avale le jour. J'ignore ce qui triomphe de la lumière ou de l'obscurité. »
Pour aller plus loin avec d'autres références
Ce livre résonne avec d'autres œuvres majeures qui explorent la mémoire et la condition féminine. Je pense aux écrits d'Annie Ernaux (notamment L'événement ou La femme gelée), Prix Nobel de littérature 2022 : la première femme française à recevoir cette distinction depuis 1901. Je pense aussi à Alice Zeniter et son essai indispensable, Toute une moitié du monde, qui interroge la place des femmes dans la fiction.
Enfin, La Vie clandestine de Monica Sabolo s'inscrit dans cette lignée de récits nécessaires qui brisent le silence sur l'inceste.
Des voix qui s'élèvent, puissantes et singulières :
Triste Tigre de Neige Sinno
Le Consentement de Vanessa Springora
La Familia Grande de Camille Kouchner
L’Inceste ou Vu du ciel de Christine Angot
Toutes ces autrices révèlent, page après page, une vérité que la littérature seule permet de supporter et de transmettre. La vérité sur le berceau des dominations.


