Notes sur le chagrin - Chimamanda Ngozi Adichie
- Marion Marten-Pérolin

- 29 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 juin
Publié en 2021, Notes sur le chagrin de Chimamanda Ngozi Adichie est un récit intime né du décès de son père chéri. Mort en 2020 au Nigeria alors que l'autrice était retenue aux États-Unis, elle n'a pu lui rendre les hommages de coutume. Un deuil terrible raconté avec pudeur et gravité.

« Le chagrin vous dit que c'est fini et votre cœur que ça ne l'est pas ; le chagrin essaie de réduire votre amour au passé et votre cœur dit qu'il est au présent. »
On dit que le temps soigne tous les maux. Il est des tragédies qui fracturent cet adage. Le passé ne passe pas. L'amour ne s'éteint jamais. Raconter le deuil d'un parent, surtout pendant le confinement qui nous a empêchés de rendre un ultime hommage à nos défunts, souligne une violence inouïe dans notre rapport à la mort. Un événement que raconte magnifiquement Chimamanda Ngozi Adichie dans Notes sur le chagrin, publié chez Gallimard. Si le cœur nous dit que ce n'est pas fini, peut-être faut-il l'écouter et garder en soi l'amour qu'on a pour la personne qui n'est plus. Elles survivent ainsi en nous, et restent sous une autre forme... avec nous.

Notes sur le chagrin de Chimamanda Ngozi Adichie : L'amour et le deuil confinés
Pendant le confinement, nos vies ont été mises à l'arrêt. Il était alors devenu très compliqué de se déplacer librement dans son propre pays, et impossible de se rendre à l'étranger, même pour un motif impérieux, certains aéroports étant tout simplement fermés. Pourtant, il est des moments de l'existence que les communications en visio ne remplaceront jamais...
L'autrice des romans à succès Americanah, L'Autre Moitié du soleil, L'Hibiscus pourpre ou encore du recueil de nouvelles Autour de ton cou, a posé son cœur sur le papier lors de la perte de son père, survenue pendant cette crise sanitaire mondiale. Aéroports fermés, frontières verrouillées : il lui a été impossible de venir dire un dernier adieu à son «dadounet originel». « Ce qui est en jeu, ce sont des gens bloqués dans les limbes parce qu'ils ne peuvent pas enterrer leur être cher », décrit-elle.
Une double peine qui a décuplé son chagrin, puisqu'elle a dû vivre cette séparation brutale depuis un autre continent. C'est de ce déchirement qu'est né Notes sur le chagrin. Je connais des personnes qui, en raison des mesures sanitaires, n'ont pas pu accompagner leurs proches, restés seuls à l'hôpital lors de leur dernier souffle. Je pense que cette tragédie laissera des traces indélébiles dans les cœurs...
Pourquoi lire Notes sur le chagrin de Chimamanda Ngozi Adichie ?
L'autrice partage avec ses lecteurs l'intimité de sa douleur et de sa colère. Elle revient sur le deuil à l'heure du confinement et des restrictions drastiques qui ont rendu impossibles les déplacements essentiels. Une telle brutalité méritait bien des écrits pour être exorcisée. Mais Chimamanda Ngozi Adichie nous illumine aussi en convoquant des anecdotes joyeuses sur son père et sur sa famille. Elle nous montre à quel point les enfants peuvent se révéler protecteurs à leur tour, à travers de tendres confidences sur sa propre fille. En bref, je vous recommande chaleureusement ce livre, ainsi que toutes les autres œuvres de cette autrice que j'affectionne tant. Lire ses écrits, les partager, c'est faire connaître une voix puissante de la littérature africaine et soutenir l'autrice, à mes yeux c'est elle qui définit le mieux le terme igbo... « Ome Ife Ukwu » : celle qui fait de grandes choses.
Ces citations marquantes de Notes sur le chagrin de Chimamanda Ngozi Adichie
Pour partager avec vous la beauté de la réflexion de l'autrice sur le deuil et le chagrin, j'ai sélectionné ces quelques citations.
« La nouvelle me fait l'effet d'un déracinement brutal. Je suis arrachée au monde que je connais depuis l'enfance. »
« Le chagrin est un enseignement cruel. On apprend combien le processus du deuil peut être brutal, combien il peut être lourd de colère. »
« Comment le monde peut-il continuer à tourner, à inspirer et expirer sans rien de changé, alors que dans mon âme c'est une déroute permanente ? »
« "Jamais" est entré dans ma vie pour y rester. "Jamais" semble si injustement punitif. Pour le restant de mes jours, je vivrai en tendant les mains vers des choses qui ne sont plus là. »
La poésie des mots igbos
Chimamanda Ngozi Adichie parsème son récit de mots issus de sa langue maternelle, l'igbo :
« Ka chi fo » : Bonne nuit.
« Enwerom nsogbu chacha » : Je n'ai pas le moindre problème, je vais parfaitement bien.
« Ndo » : Un mot traduit par « désolé », mais doté d'un poids métaphysique et affectif bien plus large et profond que notre simple formule de politesse.
Aller plus loin dans vos lectures d'autrices du monde entier
Sur le deuil d'un parent, il existe de nombreux textes, tous plus émouvants les uns que les autres. Cet exercice délicat pousse l'écrivain dans ses derniers retranchements : il publie alors l'essence même de l'amour, l'encre de son cœur.
Récits de deuil : quand le chagrin est apatride
Ces textes nous enseignent une chose fondamentale : l'amour d'un parent et la douleur de sa perte sont universels.
La Place et Une femme d'Annie Ernaux : L'autrice prix Nobel s'est pliée à cet exercice douloureux, avec une écriture pleine de pudeur pour raconter la mort de son père, puis celle de sa mère.
Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan : Un récit bouleversant où l'autrice explore la maladie psychique de sa mère et sa mort brutale, cherchant dans les souvenirs une vérité partagée.
Interroger le lien parental et maternel
Dans la catégorie des romans explorant les relations parentales et leurs complexités, d'autres œuvres incontournables méritent une place de choix dans votre bibliothèque :
Contours du jour qui vient de Léonora Miano : Un roman puissant qui interroge la défaillance maternelle et la résilience d'une jeune fille dans une Afrique hantée par ses propres traumatismes.
Moon Tiger de Penelope Lively : Ce chef-d'œuvre britannique (prix Booker) examine, à travers les souvenirs d'une femme sur son lit de mort, ce que signifie être mère.
Enfin, pour quitter la tragédie et embrasser une note plus lumineuse, je ne peux que vous conseiller la superbe série télévisée Anne with an E (adaptée du roman Anne… de Green Gables de Lucy Maud Montgomery). Elle met en scène une famille adoptive aimante, merveilleuse et atypique, prouvant que les liens du cœur sont parfois aussi puissants, si ce n'est plus, que les liens du sang.


