Olive Kitteridge - Elizabeth Strout
- 4 mai
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Dernière mise à jour : 5 mai
Avec Olive Kitteridge d'Elizabeth Strout, plongez trente ans dans la vie d'une femme. Ce roman polyphonique en treize étapes interroge avec justesse la maternité, le couple, l'amour, la vie et la mort. Récompensé par le prix Pulitzer en 2009, ce chef-d'œuvre a également été adapté en série en 2014.

« Dans une thérapie, c'est toujours la mère qui en prend pour son grade.»
La lecture d'Olive Kitteridge d'Elizabeth Strout a précisément quelque chose de thérapeutique. À travers ce personnage atypique, l'autrice nous dépeint une mère tyrannique, et pourtant débordante d'amour. Elle ne comprend pas la distance de son fils et cherche sans cesse ce qu'elle a bien pu faire de mal pour qu'il s'éloigne d'elle, cette professeure de mathématiques ferme et exigeante qui fait peur à tout le monde. Car la figure maternelle est au cœur de ce roman qui a reçu le prix Pulitzer, un roman dédié à la mère de l'autrice.
À travers une promenade de trente ans dans la ville de Crosby, dans le Maine, on rencontre des héros ordinaires. Ce récit se lit comme une suite de nouvelles tissées d'amour, de compromis, de cicatrices, de drames, de colère et d'espoir... Certaines pages, particulièrement émouvantes, m'ont évoqué un autre chef-d'œuvre : L'Amour aux temps du choléra de Gabriel García Márquez, même si certains passages y vieillissent mal, notamment ceux sur les conquêtes très jeunes de Florentino. Dans le roman d'Elizabeth Strout aussi, l'amour prend tout son sens à l'approche de la mort et l'on réalise, parfois trop tard, que c'est « un vrai cadeau de pouvoir connaître quelqu'un pendant tant d'années. »

Quelle est l'histoire du roman Olive Kitteridge d'Elizabeth Strout?
Olive Kitteridge d'Elizabeth Strout, c'est avant tout l'histoire d'une mère, possessive, intransigeante, impatiente. Mais c'est aussi le portrait d'une femme étriquée dans son rôle d'épouse, qui rêve parfois d'autre chose et s'éprend dès qu'elle se sent un tant soit peu considérée. Le couple y est dépeint comme un paradoxe : à la fois prison et espace de liberté. Cette thématique est percutante car elle souligne comment les femmes s'oublient parfois dans leur maternité (et leur couple). L'équilibre entre "femme" et "mère" est un fil rouge difficile à tenir. Pour preuve, les figures maternelles qui croisent la route d'Olive sont multiples : certaines sont abandonniques, d'autres étouffantes, quand quelques-unes semblent presque parfaites. À chaque page, on sent la puissance de l'amour maternel, mais aussi les ravages de son absence. Ce sont souvent les grandes secousses de la vie qui révèlent l'importance de ce lien ou qui, au contraire, nous en éloignent pour de bon, à l'image du fils d'Olive.
Des hommes ordinaires et la force du lien
Le roman nous fait également découvrir des hommes ordinaires, comme Henry, le pharmacien. Toujours positif et bienveillant, Henry est aimé de tous, au point que personne ne semble comprendre ce qui le lie à Olive. C'est peut-être là la définition de l'amour : une forme de patience infinie, de résilience et de compréhension profonde de l'autre qui échappe aux autres.
Sur trente ans, le couple est exposé aux épreuves et aux tentations. Pourtant, la beauté de cette histoire réside dans la force du lien : les êtres finissent par se souder entre eux "comme des os". Et l'on sait que les fractures font terriblement mal... Cette réflexion essentielle sur le couple rappelle la lecture de Clair de femme de Romain Gary.
Après tout, la vie n'est-elle pas faite des grandeurs et des petitesses de chacun d'entre nous ? Ne faut-il pas saisir chaque petit trésor, chaque petite secousse, et les chérir à tout prix ?
Ces citations à retenir dans ce roman Prix Pulitzer de la fiction
Parce que la littérature nous offre de précieux enseignements sur la saveur de l'existence, sa substance aussi, j'ai compilé pour vous ces citations du roman Olive Kitteridge d'Elizabeth Strout.
« On s'habitue à ce qui nous entoure, sans s'y habituer vraiment. »
« C'était toujours triste, quand on pensait à la marche du monde. Et on était toujours à l'aube d'une nouvelle ère. »
« Ça devait être comme ça, dans la vie : parfois, la prise de conscience survenait trop tard.»
« On ne sait jamais tout — ceux qui le croient ont tort. »
Aller plus loin dans vos lectures d'autrices
Cette lecture d'Olive Kitteridge d'Elizabeth Strout fait écho avec d'autres œuvres majeures de ma bibliothèque.
Sur les questions de maternité, elle me rappelle par exemple l'âpreté de Dans le jardin de l'ogre de Leïla Slimani ou les interrogations de Contours du jour qui vient de Léonora Miano. On ne peut s'empêcher d'évoquer également la précision d'Annie Ernaux dans Une femme ou La Femme gelée pour la description des figures maternelles et de ce rôle dans la société.
Pour rester dans le sillage du prix Pulitzer, le roman Beloved de Toni Morrison s'impose comme une référence absolue. Cette thématique se prolonge avec Les Sentinelles de Jayne Anne Phillips, où la relation entre la mère et sa fille ConaLee illustre une forme troublante de parentification.
Au final, on aime Olive pour sa franchise, son honnêteté et sa rigueur, tout comme on peut la détester pour ses manies et sa dureté. Elle demeure une figure profondément humaine, tendre à sa manière et surtout pleine d'amour...


