Tant pis pour l'amour - Sophie Lambda
- il y a 2 jours
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Love bombing, gaslighting, hoovering… Dans Tant pis pour l'amour, Sophie Lambda met des mots sur l'enfer des relations toxiques. Une bande dessinée autobiographique aussi percutante qu'indispensable pour reconnaître les mécanismes de la manipulation et trouver la force de partir.

Les mensonges construits par les manipulateurs sont complexes et souvent difficiles à détricoter. Alors, on se met à douter de soi. On se dit que l'on est le problème ; cela ne peut pas être autrement puisqu'on "aime" l'autre et qu'il prétend nous aimer aussi. La cristallisation de Stendhal est si puissante... Tant pis pour l'amour de Sophie Lambda revient sur les mécanismes de manipulation des pervers narcissiques. Il y a indéniablement du gaslighting dans ces méthodes. Hélène Frappat, une autre autrice phare de ma bibliothèque, développe d'ailleurs dans son essai sur le sujet comment cette technique de manipulation psychologique peut provoquer un réel effondrement de la personnalité chez la victime. Cette dernière se retrouve alors incapable de faire la différence entre la réalité et les mensonges de son bourreau. La manipulation est un outil de domination, notamment des hommes sur les femmes, extrêmement puissant et il est important d'en comprendre les rouages, par exemple avec ce témoignage de Sophie Lambda.

Quelle est l'histoire racontée par Sophie Lambda dans cette BD ?
Tant pis pour l'amour est un roman graphique autobiographique qui analyse une histoire d'amour avec un pervers narcissique. Visuellement, la BD est aussi mignonne que trash : elle passe du monde des Bisounours au film d'horreur en quelques planches. Heureusement, l'autrice manie l'humour avec finesse pour ne pas perdre le lecteur dans la violence de cette relation toxique. Sophie Lambda retrace avec précision les différentes étapes de l'emprise, de la lune de miel jusqu'à la rupture.
Petit lexique de la manipulation psychologique
Pour nous faire comprendre l'enfer de son quotidien avec "Marcus", son ex-compagnon au prénom anonymisé, l'autrice met en lumière les véritables "techniques" de guerre psychologique utilisées par les manipulateurs, et leurs conséquences destructrices sur la victime :
Le Love Bombing et l'idéalisation : Cette première phase où le manipulateur vous submerge d'amour et d'attentions pour vous rendre dépendante.
Le Gaslighting : Une manipulation mentale qui pousse la victime à douter de sa propre santé mentale et de ses souvenirs.
Le Hoovering : Les tentatives de "réaspiration" où le manipulateur revient à la charge dès que vous tentez de vous éloigner.
Les Flying Monkeys (les singes volants) : Les sbires ou l'entourage du manipulateur qui envoient des messages anonymes ou agissent pour vous déstabiliser.
Le mot d'ordre : Garder son énergie pour fuir
Bref, autant d'armes pour enfermer la victime dans une spirale douloureuse et infernale. Ce qu'explique Sophie Lambda à travers son témoignage, c'est qu'il ne faut pas toujours essayer de rationaliser ou de comprendre le comportement du pervers narcissique. Il n'y a rien de logique dans sa démarche ou celle de ses sbires. Le conseil le plus précieux de cette BD est de garder son énergie pour se sortir de cette histoire. Les actes et le temps finissent toujours par dévoiler ce qu'on ne veut pas croire, ou pas voir... tant pis pour l'amour donc, mais place à la délivrance.
Pourquoi lire Tant pis pour l'amour de Sophie Lambda ?
Quand on tombe amoureux, tout devient beau. On est enfin avec une personne en qui on a assez confiance pour se rapprocher et se livrer. On respire ensemble, on s'apprivoise, on se confie nos peines et nos rêves. Cette période est idéale et le fait de trouver l'amour, comme une aiguille dans une botte de foin, nous enlève un poids immense des épaules : celui de la solitude. On devient plus légers, on aime et on est aimés : il n'y a rien de plus beau. Mais parfois, la période idyllique ne dure pas. On s'est un peu trompés sur l'autre, et sur soi. En temps normal, on peut décider de partir, mais dans le cas d'une emprise psychologique, c'est infiniment plus difficile.
Dans cette bande dessinée, l'autrice raconte comment elle a réussi à mettre fin à une relation où elle subissait violences psychologiques, chantage au suicide, infidélités... et surtout un terrible lavage de cerveau. Son ex lui mentait et lui répétait que ses propres actes toxiques étaient de sa faute. Il la faisait douter d'elle-même, jouait avec la réalité et, le pire, c'est qu'il reproduisait exactement le même schéma destructeur avec d'autres femmes...
Au-delà du genre : décrypter le lien pathologique
Attention cependant, Sophie Lambda le rappelle : les femmes aussi peuvent être manipulatrices. Il ne s'agit pas ici de blâmer tous les hommes de la Terre ni de les taxer de manipulateurs dès qu'une relation échoue. Ce qui est décrit ici, c'est la mécanique précise d'une relation toxique et systémique. C'est ce qui arrive « quand deux névroses se rencontrent et qu'un lien pathologique se crée », comme l'explique si bien le journaliste Mathieu Palain dans sa puissante enquête sur les mécanismes de la violence Nos pères, nos frères, nos amis, Dans la tête des hommes violents.
Le choc des images
Le dessin permet de faire passer l'indicible. En lisant ces pages, on ressent un chagrin pour l’autrice. Accompagnée par des professionnels de la santé pour surmonter ce traumatisme, Sophie Lambda a écrit et dessiné son histoire pour s'en défaire, et pour nous offrir une boussole indispensable.

Ces citations à retenir dans cette BD
Il y a dans ces pages comme un air de déjà-vu pour quiconque a déjà été confronté à la manipulation, au narcissisme ou à la violence verbale. L'autrice pointe avec justesse ce doute permanent sur une prétendue jalousie, surtout lorsque les actes dénotent complètement avec les paroles. On assiste également à cette absence totale de remise en question du manipulateur qui s'arrange toujours pour se placer en victime. C'est le principe même du "persécuté persécuteur", qui adopte et manipule à sa guise les rôles du Triangle de Karpman : la Victime, le Sauveur et le Persécuteur. Voici les trois citations puissantes, tirées de l'œuvre et du parcours de Sophie Lambda, qui résonnent comme des déclics de guérison :
« Je suis allée chercher de l'aide, c'était le premier pas. "Parler de ses peines, c'est déjà se consoler", disait Camus. »
« Ça demande beaucoup de courage de se regarder en face. Ça fait mal au ventre parfois.»
« Ce n'est qu'en écrivant cette BD que j'ai découvert les raisons profondes. Toutes mes failles à moi, elles étaient bien là avant lui, il n'avait fait qu'en profiter. Je devais reprendre ma place. »

Aller plus loin dans vos lectures
Ce qui est formidable avec cette bande dessinée, c'est qu'elle ne se contente pas de raconter : elle nous fournit des armes pour décrypter la dévalorisation de soi et nous donne plusieurs références littéraires majeures pour éviter de reproduire un schéma amoureux dévastateur (et malheureusement pas si rare).
À la fin de l'ouvrage, Sophie Lambda liste également les numéros d'urgence pour se faire aider en cas de violences conjugales, ainsi que le fameux "Violentomètre". Cet outil d'auto-évaluation est indispensable pour savoir si l'on doit être vigilant ou fuir immédiatement une relation. Évidemment, le chantage au suicide se situe très haut sur cette échelle de la violence psychologique, au même titre que les violences verbales, physiques ou le viol.
Pour réussir à publier cette BD et à comprendre sa propre relation toxique, l'autrice a énormément étudié la mécanique des manipulateurs et la notion d'emprise. Voici les ouvrages clés qu'elle conseille et qui ont nourri sa reconstruction :
Les manipulateurs et l'amour d'Isabelle Nazare-Aga
Les vampires psychiques de Stéphane Clerget
Pourquoi trop penser rend manipulable de Christel Petitcollin
Le bonus de ma bibliothèque : Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois


