top of page

Le consentement - Vanessa Springora

  • 12 févr.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 févr.

Comment le milieu littéraire a-t-il pu couronner d’un prix Renaudot un homme dont les écrits étaient la preuve même de ses crimes ? Dans son récit au scalpel, Le Consentement, Vanessa Springora ne se contente pas de raconter son histoire, elle dissèque la mécanique de l’emprise et le naufrage d'une époque.


Photo en noir et blanc d’une jeune femme avec le signe de se taire en apposant son doigt sur sa bouche

"Je suis sidérée par son refus de voir que cet amour portait en lui son propre échec, dès la première minute, qu’il n’avait aucun avenir possible, puisque G. ne pouvait aimer en moi qu’un moment fugace et transitoire : mon adolescence."


Telle est la triste réalité que raconte Le Consentement de Vanessa Springora. L'autrice démontre qu'entre une enfant et un prédateur, le consentement n'est qu'une illusion tragique. Ce récit de sa relation abusive avec l'écrivain Gabriel Matzneff a été adapté au cinéma par la réalisatrice Vanessa Filho en 2023. Face à cette œuvre, certains médias ont posé la question : fallait-il vraiment l'adapter à l'écran ? Si le thème dérange, il est pourtant essentiel de s'y attaquer de front. Porter cette histoire au cinéma, c’est forcer le regard là où l'on a trop longtemps préféré détourner les yeux. Trop longtemps, la société a été complaisante avec ces prédateurs au nom d'une certaine esthétique, d'une certaine liberté. Le film, tout comme le livre, ne cherche pas à plaire, mais à rendre l'indicible concret. Sans enjoliver.


couverture du livre du récit Le consentement de Vanessa Springora
© Vanessa Springora, Le Consentement, © Le Livre de Poche, 2021, pour la présente édition.

Pourquoi lire "Le consentement" de Vanessa Springora ?


Lire Le Consentement, c’est plonger dans la dissection d'une emprise et d'un naufrage collectif. Vanessa Springora y dénonce un système de violence où, bien souvent, tout commence par la figure du patriarche : un père absent qui laisse le champ libre aux prédateurs, ou un père tyran qui instaure une valse de violences que l'enfant finit par normaliser.


L'autrice nous replonge dans l'atmosphère révoltante de la fin des années 70. Une époque où une certaine élite intellectuelle, au nom du slogan "il est interdit d'interdire", prônait une liberté sexuelle sans limites, allant jusqu'à défendre publiquement la dépénalisation des relations entre adultes et mineurs. Cette lettre ouverte parue dans Le Monde fait aujourd'hui froid dans le dos. Elle interroge violemment la démission des adultes : cette mère complice, ce père qui se défile au moment où sa fille l'appelle au secours par sa maladie, et ce médecin qui, dans une scène atroce, incise le corps d'une enfant pour faciliter le passage du prédateur.


La force magistrale de ce livre réside dans son inversion des rôles. Pendant des décennies, Gabriel Matzneff a enfermé ses victimes dans ses journaux intimes, les transformant en objets littéraires. Ici, Vanessa Springora reprend le pouvoir. En plaçant les citations de l'écrivain en exergue, elle le piège dans sa propre vérité : celle d'un "succube" qui aspire la jeunesse d'une enfant, la poussant à sécher les cours, à perdre pied, à s'effacer. Elle nous invite à relire Lolita de Nabokov pour ce qu'il est : non pas une romance, mais l'histoire d'un ogre (Humbert Humbert) qui sait pertinemment qu'il dévore sa "nymphe" et gâche sa vie.


On ne peut lire ce récit sans repenser à l'archive célèbre de l'INA, où seule la romancière Denise Bombardier osait tenir tête à Matzneff, le "collectionneur de minettes". Alors que l'audience riait aux récits de Matzneff, une seule voix s'élevait. "Monsieur Matzneff me semble pitoyable. Ce que je ne comprends pas, c'est que dans ce pays, la "littérature" serve d'alibi à ce genre de confidences. Parce que ce que nous raconte Monsieur Matzneff, ce sont des abus de pouvoir. Comment s'en sortent-elles, ces petites filles, après coup ?"


Trente ans plus tard, Vanessa Springora a enfin apporté la réponse. Et il aura fallu attendre 2020 pour que la France admette enfin que ce qu'elle adulait comme de la littérature était, en réalité, de la pédocriminalité.


Ces citations de ce récit de Vanessa Springora


J'ai compilé pour vous quelques citations de ce récit très dur, mais important.


"Notre amour est interdit. Réprouvé par les honnêtes gens. Je le sais, car il ne cesse de me le répéter. Je ne peux donc en parler à personne. Il faut faire attention. Mais pourquoi ? Pourquoi puisque je l’aime et que lui m’aime aussi ? Et ses lunettes, sont-elles vraiment discrètes ?"


C’est que, dans les années 70, au nom de la libération, des mœurs et de la révolution sexuelle, on se doit de défendre la jouissance de tous les corps. Empêcher la sexualité juvénile relève donc de l’oppression sociale et cloisonné la sexualité entre individus de même classe d’âge, constitue une forme de ségrégation.

"Notre amour était un rêve si puissant que rien, pas un seul des maigres, avertissement de mon entourage, n’avait suffi à m’en réveiller. C’était le plus pervers des cauchemars. C’était une violence sans nom."


Aller plus loin dans vos lectures


Si l'analyse de ce texte de Vanessa Springora vous a touchés, je vous conseille de poursuivre cette réflexion avec deux ouvrages fondamentaux qui abordent, sous d'autres angles, la question de l'emprise et de l'impunité :


  • La familia grande de Camille Kouchner : Un récit qui a provoqué une déflagration un an après celui de Springora. Elle y dénonce l’inceste commis par son beau-père, un homme de pouvoir protégé par le secret de famille et couvert, lui aussi, par la prescription. C’est une lecture essentielle pour comprendre comment l’omerta s’installe au cœur même des foyers les plus privilégiés.


  • Affaires de femmes d'Anne Bouillon : Pour sortir du récit intime et comprendre les rouages du système judiciaire, le livre de cette avocate pénaliste est incontournable. Elle y raconte son combat quotidien contre les violences masculines et met en lumière les failles d'une justice qui peine encore à protéger les femmes et les enfants.

 

Dans la bibliothèque de Marion, une collection de fragments de littérature féminine, choisie avec soin pour garder une trace de la beauté des mots.

 

 

 

 

Le manifeste

La collection

L'anthologie

Mentions diverses

 Édité avec passion par La bibliothèque de Marion - 2026

  • Instagram
  • YouTube
bottom of page